Rage du raton laveur : Montréal se prépare à l'arrivée de l'épidémie
Alors que l'épidémie de rage du raton laveur progresse en Montérégie, Montréal passe à l'action. Dès cette semaine, la métropole commence à immuniser les ratons laveurs et les moufettes de son territoire en distribuant des appâts vaccinaux dans ses grands parcs. Une opération de protection qui vise à éviter que le virus ne s'installe durablement sur l'île.
La biologiste Marianne Gagnier, coordonnatrice provinciale de la surveillance et du contrôle de la rage au ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), nous a fait découvrir les coulisses de cette opération. En plein cœur du parc Jean-Drapeau, à deux pas du pont Jacques-Cartier et de la Biosphère, elle lance quelques appâts vaccinaux au pied d'un gros érable doté d'une cavité en hauteur. « Des arbres creux, les ratons vont aller là-dedans », explique-t-elle, pour dormir durant le jour.
Une menace qui se rapproche dangereusement
La possibilité que la rage du raton laveur atteigne la métropole s'accroît à mesure que les animaux infectés s'en approchent. Le cas confirmé le plus proche de Montréal a été détecté à Candiac, en juillet, loin du foyer initial de Saint-Armand. Les ratons laveurs sont susceptibles d'emprunter des ponts ferroviaires ou de passer sous la structure d'un pont routier pour entrer sur l'île. Plus rarement, ils peuvent aussi monter sur un camion ou un train et se déplacer sur de grandes distances ; un raton laveur (qui n'était pas atteint de la rage) a d'ailleurs pris le train de banlieue de Toronto, en 2015.
La situation est d'autant plus préoccupante que trois personnes ont été attaquées par un chat porteur du virus, en juillet, en Montérégie, et ont dû recevoir un traitement post-exposition. La rage est mortelle dans 100 % des cas, y compris chez les humains, dès que les symptômes apparaissent.
Des défis urbains bien réels
Distribuer des appâts vaccinaux en milieu urbain présente des défis particuliers. Il faut cibler avec une grande précision les endroits fréquentés par les ratons laveurs. « Leur domaine vital est généralement plus petit », explique Marianne Gagnier, ce qui veut dire qu'ils parcourent de très petites distances entre le lieu où ils dorment et celui où ils se nourrissent. La biologiste recherche autant des fèces au pied des arbres, qui trahiraient la présence de ratons, que des cavités en hauteur.
« Là, il y a un beau trou [dans un tronc d'arbre], mais c'est trop clean autour », dit-elle en montrant un gros arbre au milieu d'un espace gazonné. Le risque qu'un écureuil « vole » les appâts vaccinaux, qui ont l'apparence d'un ravioli vert et qui dégagent une odeur sucrée, serait trop grand.
Règle générale, la densité de ratons laveurs n'est pas plus grande en milieu urbain que rural, et tourne autour de 15 bêtes par kilomètre carré. Le parc Jean-Drapeau, avec ses 2,7 km, n'en compte probablement pas plus d'une quarantaine. Seul le mont Royal fait exception à la règle, avec une très forte densité, « parce que les gens les nourrissent », se désole la biologiste, qui rappelle qu'il ne faut jamais nourrir ni toucher les animaux sauvages.
Pire qu'en 2006-2009
Avec 259 cas d'animaux infectés par la rage du raton laveur en date du 31 août, l'épidémie qui sévit depuis près de deux ans est beaucoup plus importante que celle qui avait duré de 2006 à 2009, durant laquelle 104 cas avaient été recensés en Montérégie et en Estrie. « La situation n'est pas maîtrisée », constate Marianne Gagnier, qui prévient qu'il faudra plusieurs années pour venir à bout de l'épidémie et qui rappelle l'importance de faire vacciner les animaux de compagnie.
« On est une poignée de personnes en Amérique du Nord qui travaillent sur la rage du raton laveur, on échange constamment [sur les meilleures approches] », indique-t-elle. Parmi les nombreux facteurs expliquant la plus grande propagation de cette épidémie, les autorités soupçonnent fortement que des déplacements d'animaux infectés par des humains y ont contribué, tant elle a fait des bonds rapides sur de grandes distances.
Des ressources humaines et financières supplémentaires seront d'ailleurs ajoutées prochainement, mais les opérations ralentiront avec l'arrivée du temps froid, puisque les appâts vaccinaux ne sont plus efficaces quand ils gèlent.
Un plan d'action pour la métropole
Le MELCCFP formera ce mercredi cinq employés de la Ville de Montréal pour qu'ils poursuivent au cours des prochaines semaines l'épandage d'appâts vaccinaux dans une dizaine d'autres grands parcs de la métropole, de l'emblématique parc du Mont-Royal au parc Angrignon en passant par le Jardin botanique, le Grand parc de l'Ouest et différents parcs nature.
Cette mobilisation est essentielle pour protéger la santé publique et notre écosystème urbain. La vigilance citoyenne est de mise : il ne faut jamais nourrir les animaux sauvages et il est crucial de faire vacciner nos animaux de compagnie.