Le cellulaire dans la chambre : l'ennemi silencieux des couples québécois ?
Premier réflexe au réveil, dernier geste avant de s'endormir. Le téléphone intelligent s'est invité dans nos chambres à coucher, et il gruge bien plus que notre sommeil. Selon des expertes consultées par La Presse, il menace aussi la complicité des couples. À l'heure où les écrans règnent en maîtres, comment redonner sa place à l'intimité ?
Pourquoi le téléphone est-il un obstacle à l'intimité ?
Pour la psychologue et conférencière Rose-Marie Charest, le problème ne se limite pas à la qualité du sommeil. « C'est un handicap à l'intimité, parce qu'à partir du moment où le téléphone est là, on est moins présent à l'autre », explique-t-elle. Lorsque chacun regarde son écran, les occasions de connexion diminuent. « Et le risque, c'est qu'on s'ennuie ensemble », ajoute-t-elle.
Cette absence de disponibilité n'est pas sans conséquences. « Si j'ai un problème dont j'ai envie de parler avec mon conjoint puis qu'il est sur son téléphone, ça se pourrait que je me dise que ce n'est pas le bon temps pour lui en parler. Ça finit que ce n'est jamais le bon temps », souligne Mme Charest.
Claudia Bélanger, enseignante à Pointe-aux-Trembles, a instauré une règle stricte dans sa famille : les cellulaires restent au rez-de-chaussée, pour les parents comme pour leurs garçons de 13 et 17 ans. « La chambre, c'est fait pour se reposer », résume-t-elle. Vingt ans après le début de leur relation, elle est convaincue que cette habitude profite à son couple. « Quand mon chum est sur son cellulaire, il est dans sa bulle. Et de mon côté, je suis dans ma bulle. On est ensemble, mais pas vraiment ensemble », confie-t-elle.
Comment le cellulaire affecte-t-il la connexion dans un couple ?
Selon Kanica Saphan, fondatrice du cabinet Le Sofa Sexologique, le téléphone revient souvent dans les discussions lorsque des couples confient ne plus se sentir aussi proches. « C'est grâce aux discussions qu'un couple se sent connecté, dit-elle. Même si c'est seulement 10 minutes d'échanges avant de dormir à la place de scroller pendant 10 minutes, cela a un impact. »
Elle observe surtout cette réalité chez les couples de longue date. L'experte nuance toutefois : « Je ne veux pas qu'on démonise le téléphone. Il faut plutôt se demander à quoi il sert et s'assurer de contrebalancer intentionnellement avec des moments de connexion humaine. »
Quels sont les effets sur le sommeil ?
Pour Josée Demers, le téléphone est devenu une tentation lorsqu'elle se réveille dans la nuit. « Je me dis : Bon. Je ne vais quand même pas aller faire du jogging à 4 h du matin. Qu'est-ce que je fais ? Alors je prends mon cellulaire », raconte-t-elle. Son conjoint est persuadé que cette habitude nuit à son sommeil. « Il a sans doute raison de penser que si je ne l'avais pas, je finirais par me rendormir », note la femme de 54 ans.
Marie-Annick Lalande, qui travaille en communications à Montréal, a récemment adopté une nouvelle habitude : son téléphone dort désormais à l'extérieur de la chambre. « Je prenais mon téléphone pour regarder quelque chose, je me mettais à regarder d'autres choses, à scroller un peu », confie-t-elle. Elle apprécie cette déconnexion, qui lui évite de tomber sur un courriel de travail ou une notification avant de s'endormir.
Comment les couples peuvent-ils reprendre le contrôle ?
Selon la psychologue Rose-Marie Charest, mieux vaut éviter d'imposer une interdiction du jour au lendemain. « Il faut y aller petit à petit », conseille-t-elle. Kanica Saphan invite également les couples à discuter ouvertement de leurs attentes. « Il faut être intentionnel », dit-elle.
Au bout du compte, rappelle Rose-Marie Charest, l'enjeu n'est pas seulement de réduire son temps d'écran, mais bien de remettre le couple au cœur de ses priorités : « Ça donne plus d'importance aux personnes, ça donne plus d'importance à la relation. »
Dans un monde où les notifications nous tirent sans cesse vers l'extérieur, peut-être que la plus grande révolution intime commence par un simple geste : laisser son cellulaire en bas.