Type A ou type B : et si on arrêtait de se mettre dans des boîtes ?
Vous êtes plutôt du genre à planifier chaque minute de votre journée ou à laisser la vie vous surprendre ? Depuis quelques mois, les réseaux sociaux ont remis au goût du jour une théorie vieille de près de 70 ans : celle des personnalités de type A et de type B. Née dans les années 1950, popularisée par TikTok, elle s'est infiltrée dans nos conversations comme dans notre façon de nous définir. Mais cette étiquette, aussi pratique soit-elle, est-elle vraiment bonne pour nous ?
Une théorie née dans les années 1950, remise au goût du jour par TikTok
En 1959, deux cardiologues ont proposé l'idée qu'un certain profil de personnalité, dit « type A », serait plus à risque de maladies coronariennes. Stressés, compétitifs, ambitieux, impatients et obsédés par la gestion du temps : voilà comment on décrivait ces individus. Tous les autres, sans distinction, étaient classés dans le type B, une simple catégorie fourre-tout.
Soixante-dix ans plus tard, la science a largement déboulonné le lien entre ce type de personnalité et les problèmes cardiaques, comme le rappelle Jean-Sébastien Boudrias, professeur au département de psychologie de l'Université de Montréal. Et surtout, l'idée même qu'il n'existe que deux types de personnalité est faillible. « En sciences sociales, toutes les teintes de gris existent », souligne le professeur.
Pourtant, sur les réseaux sociaux, la dichotomie fait fureur. Les générations Y et Z se sont emparées des termes, les ont redéfinis et les utilisent pour se présenter, se comprendre et se rassembler. Le type B n'est plus simplement « ce qui n'est pas A », mais son opposé : décontracté, tête en l'air, spontané.
Judith Little-Daudelin : « Je suis de type A et j'en suis fière »
Judith Little-Daudelin, musicienne dans la mi-trentaine, assume pleinement son étiquette de type A. « Le retard des autres va me gosser, mais mon retard à moi, c'est inacceptable », lance-t-elle en riant. Pour elle, être de type A, c'est rechercher la structure, savoir comment les choses fonctionnent et optimiser son temps.
Mais elle reconnaît que cette rigidité cache parfois une part d'anxiété. « Autant c'est une habileté d'organiser les choses, autant ça part d'une place d'anxiété que les choses ne soient pas faites ou qu'elles ne soient pas bien faites. Ça permet de gérer cette anxiété. »
Pour Judith, s'afficher comme type A est devenu un acte d'affirmation. « J'ai grandi à l'époque de la chill girl, quand il était bien vu de ne pas faire de vagues, d'être cool avec quoi que ce soit. Mais dans les faits, c'est super nocif, à la longue, de réprimer ses besoins. De m'ancrer dans ce terme, d'en faire un badge d'honneur, ça fait que je vis mieux avec ces aspects de ma personnalité. »
Se catégoriser : un besoin humain, mais un piège ?
Sonia Lupien, neuroscientifique et directrice du Centre d'études sur le stress humain de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, est beaucoup plus critique. « Internaliser qu'on appartient à une catégorie, ça empêche de se définir. Est-ce que l'humain a besoin de ça ? »
Selon elle, le retour en force de ces étiquettes s'explique en partie par le besoin de générer du contenu en ligne. Mais aussi par un désir plus profond : celui d'appartenir à un groupe. « Avec les réseaux sociaux, on revient à un désir ardent et instinctif de se définir pour ne pas être exclu », observe-t-elle.
Le problème, c'est que ces catégories nous enferment. « On est plein de choses à la fois et de trop se catégoriser fait qu'on s'enferme dans un carcan et qu'on internalise des préjugés. Il faut se méfier de ça », avertit la neuroscientifique.
Et si la vérité était dans la nuance ?
Entre le type A hyper-organisé et le type B insouciant, il y a tout un spectre. La plupart d'entre nous se reconnaîtront dans certains traits de l'un et de l'autre, selon les contextes. Et c'est peut-être là que se trouve la véritable richesse de notre personnalité.
Alors, plutôt que de choisir votre camp, pourquoi ne pas simplement vous permettre d'être, tout simplement ? Après tout, comme le rappelle Sonia Lupien, l'humain est complexe et multiple. Réduire sa personnalité à une étiquette binaire, c'est peut-être se priver de toute sa profondeur.
FAQ : Tout savoir sur les personnalités de type A et B
Quelle est l'origine de la théorie des types A et B ?
La théorie a été proposée en 1959 par deux cardiologues, qui pensaient que certains traits de personnalité (compétitivité, impatience, stress) étaient liés à un risque accru de maladies coronariennes. Cette hypothèse a depuis été largement remise en question par la science.
Pourquoi les types A et B sont-ils si populaires sur les réseaux sociaux ?
Les termes ont été repris et redéfinis par les générations Y et Z, notamment sur TikTok. Ils permettent de se présenter rapidement, de trouver des points communs et de créer un sentiment d'appartenance, ce qui est très valorisé sur les plateformes sociales.
Est-il scientifiquement valable de se définir comme type A ou B ?
Selon les experts, la dichotomie est trop simpliste. Les sciences sociales reconnaissent une grande variété de nuances entre les deux extrêmes. Se catégoriser de manière binaire peut même nous enfermer dans des préjugés et limiter notre compréhension de nous-mêmes.