Les Manon en skate : une sororité qui roule pour la santé mentale
Elles sont une vingtaine, de 20 à 53 ans, et chaque semaine, elles envahissent les skateparks du Grand Montréal. Pas pour la compétition, mais pour la solidarité. Rencontre avec les Manon, un groupe de femmes qui ont troqué la honte de l'âge adulte contre une planche à roulettes et une thérapie de groupe pas comme les autres.
Comment est née la gang des Manon ?
Tout a commencé il y a deux ans, au skatepark intérieur le Taz, sur l'avenue Papineau. Geneviève Tremblay, mère de deux garçons qui pratiquent le skate, cherchait un cours pour adultes. Il n'y en avait pas. Elle a donc organisé le premier cours elle-même. La plupart des participantes étaient des femmes dans la quarantaine. Les entraîneurs, de jeunes hommes d'environ 18 ans, les vouvoyaient « gros comme le bras », se souvient-elle. Et surtout, ils les appelaient toutes « Manon ». « Pour une raison que j'ignore, ils m'appelaient toujours Manon, raconte-t-elle en riant. Ils se trompaient. Ils étaient sûrs que je m'appelais Manon. Après lui avoir dit quelques fois, dans des cours différents, que je ne m'appelais pas Manon, j'ai lâché prise. J'ai dit aux filles : Il n'y a rien à faire, il nous prend pour une gang de Manon. » Ainsi est née la légende.
Un groupe qui brise la honte de skater à 40 ans
Au départ, elles étaient sept sur Facebook. Aujourd'hui, le groupe compte près de 170 membres. Toutes les femmes sont les bienvenues, qu'elles soient débutantes ou expertes. Chaque jeudi, elles se donnent rendez-vous dans un skatepark de Montréal ou de ses rives, entre 8 et 15 par séance. « On se coache entre nous, explique Geneviève Tremblay. Celles qui skatent depuis plus longtemps vont coacher celles qui viennent d'arriver. »
Naya Koussa, 34 ans, de Laval, a commencé le skate il y a neuf mois après avoir accompagné sa sœur et ses enfants dans un skatepark. « Je me suis pété la gueule, j'ai une cicatrice ici, s'exclame-t-elle en pointant son avant-bras. J'ai fait : oh, c'est malade, je veux devenir bonne ! C'est ce qui m'est passé par la tête. J'ai juste aimé le fait que c'était casse-cou. J'étais absolument incompétente. » Mais au début, elle se rendait au skatepark seule. « Chaque fois que j'allais skater, je restais un bon 10 minutes à hésiter dans mon auto. J'ai fini par trouver une routine, qui était d'aller skater de 22 h à 23 h quand le skatepark était complètement vide. J'allais skater seule. C'était ma stratégie. » C'est son conjoint qui lui a parlé des Manon. Depuis, elle ne rate presque aucun rendez-vous.
Skate-jase : quand la planche devient prétexte à la solidarité
L'ambiance est amicale, conviviale et détendue. Qu'elles aient 20, 30, 40 ou 50 ans, elles discutent, rient et s'encouragent avec ardeur. « Les filles que j'ai découvertes dans ces groupes-là, c'est de l'or en barre », lâche Clotilde Gravel, une Lavalloise de 40 ans. Chantal Daigle, 52 ans, est « une des plus vieilles Manon ». Elle compare le groupe à une « sororité ». « Parfois, on appelle ça skate-jase. Tu peux arriver ici et parler de cycle menstruel, de frustration de vie, de travail... en même temps, on skate. Ça amène quelque chose d'intéressant. »
Naya Koussa, de son côté, compare sa rencontre avec les Manon à une « histoire d'amour ». « Je suis tout le temps avec ces filles-là, lâche-t-elle. C'est rendu un groupe de thérapie ! Quand j'ai vécu des moments difficiles, elles sont débarquées chez nous avec des bières. Elles sont venues jusqu'à Laval ! On se connaissait depuis huit mois. C'est pour ça que j'ai un gros, gros attachement. J'y crois vraiment, à ce que font les Manon. »
FAQ : Ce qu'il faut savoir sur les Manon en skate
Comment rejoindre les Manon ?
Le groupe est ouvert à toutes les femmes qui pratiquent ou souhaitent pratiquer le skate. Il suffit de demander à rejoindre le groupe Facebook privé « Les Manon en skate ».
Est-ce que les hommes peuvent participer ?
Non, le groupe est réservé aux femmes, pour créer un espace sécuritaire et sans jugement. Les hommes sont les bienvenus comme spectateurs ou partenaires de skate, mais pas comme membres.
Quel est l'objectif du groupe ?
L'objectif est de briser l'isolement et la honte liés à l'âge adulte dans un sport souvent perçu comme jeune. C'est un mélange de pratique sportive, de soutien moral et de socialisation.
Y a-t-il des frais pour participer ?
Non, le groupe est gratuit. Chaque membre apporte sa propre planche et son équipement de protection.