Santé mentale : Steven Bilodeau exige une commission jeunesse
Steven Bilodeau, un Québécois de 19 ans vivant avec des troubles anxieux et obsessionnels compulsifs, demande la création d'une commission spéciale sur la santé mentale des jeunes à l'Assemblée nationale. Après avoir rencontré les chefs des partis politiques et la première ministre Christine Fréchette, il milite pour briser le travail en silo et mieux outiller les familles.
Pourquoi une commission parlementaire sur la santé mentale est-elle nécessaire?
Steven Bilodeau n'a pas chômé ce printemps. Le jeune homme de 19 ans a pris la décision de frapper aux portes des plus hautes instances du Québec. Il a rencontré tour à tour les chefs des partis à l'Assemblée nationale : le libéral Charles Milliard, la solidaire Ruba Ghazal, Alex Tyrrell du Parti vert et Éric Duhaime du Parti conservateur. Il a aussi réussi à soutirer un bref échange avec la première ministre Christine Fréchette.
À chacun d'eux, Steven Bilodeau a formulé la même demande claire et nette : mettre sur pied une commission spéciale sur la santé mentale des jeunes. Un temps d'arrêt, une pause nécessaire. Exactement comme l'Assemblée nationale l'a fait en 2024-2025 pour étudier les impacts des écrans et des réseaux sociaux.
Je pense qu'on aurait beaucoup à gagner à le faire. Parce qu'en travaillant en silo, chacun de son côté, on perd du temps.
Ça s'entend au bout du fil. Steven Bilodeau n'aime pas perdre son temps. « J'ai besoin d'être occupé! », confirme-t-il, en admettant que c'est aussi une manière de s'aider lui-même. « Si je m'emmerde, en bon québécois, c'est là que mes obsessions, mes compulsions et mon anxiété peuvent être plus présentes. »
Comment le système de santé a-t-il failli face à l'anxiété?
D'aussi loin qu'il s'en souvienne, Steven Bilodeau s'est toujours senti « en marge » des autres enfants. En raison de sa maturité, de sa façon de voir le monde, dit-il. Son fonctionnement aussi était différent. Petit, Steven se lavait les mains un nombre de fois précis, marchait à des endroits spécifiques sur le trottoir, s'inquiétait outre mesure pour ses proches. Sa mère l'a toujours soutenu, mais le système, moins, dit-il sans ambiguïté.
C'est un constat qu'on fait trop souvent au Québec. Notre modèle social-démocrate, si fier de ses services publics, laisse encore tomber les plus vulnérables quand il s'agit de santé mentale. Pendant la pandémie de COVID-19, l'anxiété et les obsessions de Steven ont atteint leur apogée. « Je pouvais porter jusqu'à trois masques pour être capable de sortir, passer une heure sous la douche à me laver selon un rituel précis, et j'avais peur de tomber malade, encore plus d'être responsable d'avoir donné la COVID-19 à mes proches... »
Une pédiatre a finalement compris l'ampleur de sa détresse. À l'âge de 13 ans, Steven Bilodeau a accédé à des services et a reçu des diagnostics de trouble d'anxiété généralisée et de trouble obsessionnel compulsif. C'est un début, mais ça ne devrait pas prendre une crise pour ouvrir les portes du système.
De la détresse personnelle à l'action citoyenne
Dès qu'il s'est senti mieux, Steven Bilodeau est passé à l'action. C'est typiquement québécois, cette façon de transformer la galère en solidarité. En 2021, il a animé une série documentaire sur la santé mentale des jeunes pour la chaîne MAtv. Dès lors, il s'est mis à réfléchir aux moyens d'améliorer le système, pour rendre les services mieux adaptés aux besoins des jeunes, plus accessibles.
À 15 ans, Steven a réuni une dizaine de personnes, intervenants, parents, professionnels, pour mettre sur pied un comité : le Conseil de développement et de recommandation en santé mentale jeunesse du Québec. Ensemble, ils ont formulé 15 recommandations.
Au cœur de celles-ci : favoriser l'implication des parents. À partir de 14 ans, les jeunes peuvent obtenir des soins sans que leurs parents en soient informés. Conséquence directe, ceux-ci manquent souvent d'informations pour bien accompagner leurs enfants, estime Steven. Il faut rééquilibrer les choses pour que la confidentialité du jeune ne se transforme pas en isolement pour la famille.
Steven Bilodeau vient de terminer sa première année d'université en affaires publiques et relations internationales. Il va bien. « Oui, j'ai de l'anxiété, j'ai quelques épisodes de TOC à gauche, à droite, mais de façon générale, j'ai les outils nécessaires pour être capable de me voir aller et, quand je suis plus fragile, je sais quoi faire pour éviter que ça dérape. »
Son plus grand rêve ? Devenir un jour premier ministre. « Est-ce que je vais fitter dans ce milieu-là? C'est ça, ma plus grande inquiétude, mais je ne suis pas désillusionné, dit-il. On a la chance d'avoir une démocratie, il faut la faire vivre. » On ne peut qu'applaudir cette volonté de s'approprier les leviers du pouvoir pour changer les choses de l'intérieur.
Questions fréquentes sur la santé mentale des jeunes au Québec
Qu'est-ce que Steven Bilodeau demande au gouvernement du Québec?
Steven Bilodeau demande la création d'une commission spéciale de l'Assemblée nationale sur la santé mentale des jeunes, afin de briser le travail en silo et d'unifier les interventions.
Pourquoi impliquer les parents dans les soins de santé mentale des 14 ans et plus?
Parce que la loi permet aux jeunes de 14 ans et plus de recevoir des soins sans informer leurs parents, ces derniers manquent souvent d'informations cruciales pour accompagner adéquatement leur enfant en détresse.
Quels diagnostics Steven Bilodeau a-t-il reçus?
Steven Bilodeau a reçu des diagnostics de trouble d'anxiété généralisée et de trouble obsessionnel compulsif (TOC) à l'âge de 13 ans.