Lire pour rester libres: huit ex-ministres sonnent l’alarme sur les budgets scolaires
Éric Bouchard | Quebec tribune | 12 août 2026
En cette Fête du livre québécois, huit anciens ministres de la Culture et de l’Éducation du Québec tirent la sonnette d’alarme. Dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui, ils dénoncent la décision du gouvernement caquiste de supprimer la protection des budgets dédiés à l’achat de livres neufs dans les écoles. Une mesure technique, disent-ils, mais aux conséquences profondes pour notre démocratie et notre identité collective.
Pourquoi cette décision inquiète-t-elle?
En juin dernier, Québec a fusionné plusieurs enveloppes budgétaires en éducation sous le vocable « projets pédagogiques », sans maintenir l’obligation de renouveler les collections des bibliothèques scolaires. Résultat: des milliers d’élèves, surtout dans les milieux défavorisés, risquent de perdre l’accès à des livres neufs. Or, comme le rappellent les signataires, l’école est souvent le seul point d’accès au livre pour ces jeunes.
Un constat alarmant sur la littératie
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Une étude récente de la Fondation pour l’alphabétisation révèle que 47 % des 16 à 24 ans n’ont pas le niveau de littératie nécessaire pour être pleinement autonomes dans notre société. Les jeunes lisent moins, la lecture longue recule, et les écrans accaparent notre temps. Mais ce n’est pas qu’une question d’habitudes culturelles: c’est une menace directe pour notre capacité à penser par nous-mêmes.
La lecture, école de la liberté
« La lecture n’est pas uniquement un loisir ou un outil pédagogique, écrivent les ex-ministres. Elle est une école de la liberté intellectuelle. » Elle nous apprend à suivre un raisonnement complexe, à confronter nos idées, à développer l’empathie. Et surtout, elle crée du lien social. Les clubs de lecture qui fleurissent dans les bibliothèques, les librairies et même sur les réseaux sociaux en sont la preuve: autour d’un livre naissent des dialogues, des débats, du commun.
Un enjeu de citoyenneté
Les bibliothèques scolaires ne sont pas un service accessoire. Elles sont le premier lieu où se construit la citoyenneté. « Chaque livre que nous mettons entre les mains d’un enfant est une promesse: celle d’un citoyen plus libre d’esprit, plus éclairé et mieux préparé à faire vivre notre démocratie », insistent les signataires. Dans un contexte où la désinformation galope, où les occasions de dialogue se raréfient, investir dans le livre, c’est investir dans notre avenir collectif.
Que faire?
Les huit anciens ministres, de Louise Beaudoin à Luc Fortin, en passant par Line Beauchamp et Maka Kotto, appellent le gouvernement à revenir sur sa décision. « Célébrons le livre québécois en lui accordant la protection nécessaire », concluent-ils. Un appel qui résonne particulièrement fort en ce 12 août, alors que le Québec met à l’honneur sa littérature.
Photo: La Presse.ca