Sondage choc: la CAQ s'effondre, le PQ fonce vers un gouvernement majoritaire
La campagne électorale québécoise vient de prendre un tournant décisif. Selon le plus récent sondage Synopsis-La Presse, la Coalition avenir Québec (CAQ) s'effondre dans les intentions de vote, ouvrant la voie à un gouvernement majoritaire du Parti québécois (PQ) de Paul St-Pierre Plamondon. Les chiffres, recueillis auprès de 1000 Québécois entre le 24 et le 27 septembre, soit après le dernier débat des chefs, confirment une tendance lourde: les caquistes ont perdu sept points en deux semaines, et dix depuis le début de la campagne.
« Tous les gains qui ont été faits en précampagne et au début de la campagne ont été effacés », constate Youri Rivest, associé chez Synopsis. Avec seulement 17 % des intentions de vote, la CAQ glisse en troisième place, à égalité avec le Parti conservateur du Québec (PCQ) d'Éric Duhaime, qui poursuit sa progression avec un gain de trois points depuis les débats.
Pourquoi la CAQ s'écroule-t-elle dans les sondages?
Le problème de la CAQ, explique Youri Rivest, c'est la dispersion de son vote. « Son vote est dispersé, un peu homogène, moins efficace. Éric Duhaime, avec le même genre d'appuis, il va ramasser des sièges parce que son vote est efficace et concentré régionalement », souligne-t-il, particulièrement dans la grande région de Québec.
La cote personnelle de la cheffe caquiste Christine Fréchette est en chute libre. Elle a perdu six points au titre du chef qui ferait le meilleur premier ministre, et plus de la moitié des Québécois (54 %) ont maintenant une opinion défavorable d'elle. « Il y a eu une espèce de petite lune de miel suite à son élection à la tête de la CAQ. Ça lui a permis de faire une précampagne où elle était toute seule sur la glace. Mais l'âpreté de la campagne électorale, le fait d'être sous attaque tout le temps, ça a été difficile », analyse Youri Rivest.
Ancienne ministre importante du gouvernement Legault, Christine Fréchette pouvait difficilement rompre avec le bilan des huit années au pouvoir de la CAQ. La guerre tarifaire, son enjeu de prédilection au déclenchement de la campagne, est aussi passée à l'arrière-plan. « Je pense que c'est Mark Carney qui incarne le champion dans cet enjeu-là, et sa popularité est encore très forte », signale le sondeur.
Le PQ domine chez les francophones: le chiffre clé
Le PQ avance de deux points et se retrouve à 30 % des intentions de vote. Il entre en zone majoritaire grâce à sa domination dans l'électorat francophone: il récolte deux fois plus d'appuis que ses rivaux (36 % contre 18 % pour la CAQ et le PCQ). « Ce qui compte, le chiffre-clé, c'est vraiment l'avance chez les francophones. À 18 %, c'est vraiment substantiel », estime Youri Rivest.
Paul St-Pierre Plamondon creuse l'écart comme meilleur premier ministre potentiel, gagnant deux points pour atteindre 26 %. Il domine maintenant dans toutes les catégories de leadership: compétence, changement, vision claire de l'avenir du Québec, compréhension des Québécois, capacité de décision et même protection dans le contexte de la guerre commerciale avec les États-Unis.
Chaude lutte à Québec, hégémonie libérale à Montréal
La bataille est rude dans la grande région de Québec, où le PCQ et le PQ sont au coude-à-coude (31 % et 30 % respectivement). La CAQ est à 20 %, le PLQ à 13 % et Québec solidaire (QS) à 5 %. Les 55 ans et plus, qui gardaient la CAQ dans la course jusqu'ici, changent de camp: le PQ est maintenant leur parti favori à 34 %, distançant clairement la CAQ (26 %) et le PLQ (25 %).
Sur l'île de Montréal, le PLQ est toujours en tête à 38 %, tandis que QS est deuxième à 22 %. « Comme c'est anémique pour le Parti libéral chez les francophones, on peut présumer que QS est premier chez les francophones sur l'île de Montréal. Donc il y a une bonne concentration de votes pour QS. Garder leurs châteaux forts de l'île, c'est tout à fait plausible pour eux », note Youri Rivest.
Dans le 450, l'écart se creuse en faveur du PQ qui y récolte 32 % des intentions de vote, suivi d'une quasi-égalité entre la CAQ et le PLQ (22 % et 21 %).
Québec solidaire et le PLQ: des trajectoires opposées
Québec solidaire enregistre un gain de deux points pour se retrouver à 13 %, porté notamment par les 18-34 ans qui le préfèrent (25 %) au PQ (22 %). Seul le Parti libéral du Québec ne profite pas de la débandade caquiste: il fait du surplace à 22 %, perd un point chez les francophones et croupit à 13 % dans cet électorat.
Chez les 35-54 ans, le PQ demeure le parti préféré (32 %), même si ce groupe d'âge est le plus favorable au PCQ (23 %).
Et maintenant?
Avec le scrutin du 5 octobre qui approche à grands pas, la question est de savoir si la CAQ peut éviter la déroute complète. Youri Rivest hésite à dire que la CAQ serait « rayée » de la carte électorale, mais ses gains potentiels seraient selon lui le résultat « d'accidents à gauche et à droite », « d'épiphénomènes ».
Les données du sondage, après répartition des 13 % d'indécis, dressent le portrait d'une élection qui pourrait redessiner en profondeur le paysage politique québécois. Le PQ de Paul St-Pierre Plamondon semble avoir le vent dans les voiles, porté par une base francophone solide et une perception de changement qui séduit toutes les générations.
Reste à voir si les électeurs confirmeront cette tendance dans les urnes. Une chose est certaine: la campagne électorale québécoise n'a pas fini de nous surprendre.