Ingérence américaine: Fréchette se rétracte et minimise les risques pour l'élection
Après avoir sonné l'alarme en affirmant être «préoccupée» par de possibles ingérences étrangères dans la campagne électorale québécoise, la cheffe caquiste Christine Fréchette a complètement changé de ton en fin de journée vendredi. Elle assure maintenant qu'il n'y a «rien» qui laisse croire que ces allégations sont fondées et que l'intégrité du scrutin n'est pas menacée.
En mêlée de presse à Trois-Rivières, Mme Fréchette a tenté de calmer le jeu après les révélations des médias de Québecor voulant que le groupe de réflexion américain Defense Analyses and Research Corporation (DARC) propose des stratégies pour déstabiliser le Canada et soutenir financièrement le Parti québécois (PQ). Un haut fonctionnaire québécois aurait été alerté dès le début septembre par son homologue fédéral.
«Pour moi, il n'y a pas de nature à craindre pour l'intégrité du processus électoral québécois. [Ce sont] des allégations qui se retrouvent dans un document qui existe sur le web», a déclaré la première ministre sortante.
Un revirement qui soulève des questions
Ce changement de discours contraste fortement avec ses déclarations de midi, en marge du congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM). À ce moment, elle se disait «très préoccupée par cette situation» et rappelait aux électeurs qu'«il y a un seul principe qui va nous guider pour le choix du prochain gouvernement, c'est que ce ne sont que les Québécois qui doivent avoir la possibilité d'influencer le choix du prochain gouvernement».
Que s'est-il passé entre ces deux prises de parole? Selon Mme Fréchette, les équipes du ministère de la Sécurité intérieure lui ont indiqué que ces allégations n'avaient rien de surprenant. «J'ai écouté les équipes du ministère de la Sécurité intérieure, et eux nous disent que c'est quelque chose qui [n'est] pas nécessairement surprenant pour eux», a-t-elle expliqué.
Un gouvernement Legault informé dès janvier?
La cheffe caquiste a aussi révélé avoir appris en lisant l'article de Québecor que le gouvernement précédent, celui de François Legault, avait été informé dès le début de l'année 2026 d'une possible tentative d'ingérence américaine lors d'une rencontre des premiers ministres provinciaux à Ottawa. «M. Lafrenière avait été mis au courant, mais il ne m'en a pas informé», a-t-elle précisé, citant son ministre de la Sécurité intérieure.
Cette absence de communication interne agace. Comment se fait-il que la cheffe du parti n'ait pas été mise au courant de ces informations sensibles? La transparence promise par la CAQ semble avoir des limites.
Ottawa reste prudent
Du côté fédéral, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand a déclaré ne pas avoir de preuve d'ingérence américaine dans la campagne électorale québécoise. «Si je vois quelque chose et si c'est nécessaire, je vais les mentionner à mes homologues, y compris le secrétaire [Marco] Rubio. Si j'ai la preuve, c'est un enjeu important. À ce moment-ci, je n'ai pas la preuve», a-t-elle affirmé.
Aucune mise en garde n'a d'ailleurs été émise par le Mécanisme de réponse rapide du Canada, qui surveille l'ingérence étrangère en ligne avec ses partenaires du G7.
PSPP dénonce un «timing étrange»
Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon n'a pas manqué de soulever les contradictions de la CAQ. «S'il y avait un risque sérieux de détournement de notre élection et que la CAQ le savait en janvier, elle avait l'obligation de le dire et d'avertir tout le monde pour qu'on se mobilise. Si le risque n'était pas sérieux et c'est pour ça qu'ils n'ont rien dit, pourquoi la CAQ vous donne cette information-là à deux jours du scrutin par anticipation? C'est ça la question qu'il faut se poser», a-t-il lancé.
Une mise au point tardive
Dans une déclaration écrite transmise en fin d'après-midi, Mme Fréchette a affirmé avoir été prévenue «samedi dernier de l'existence de publications du groupe DARC». Son équipe aurait ensuite informé le ministre de la Sécurité intérieure et communiqué avec le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) mardi. Une rencontre avec le SCRS s'est tenue mercredi.
«Sans la sortie médiatique de ce matin, je ne vous parlerais pas de tout ça aujourd'hui. Les sujets qui relèvent des services du renseignement ne font normalement pas l'objet de sorties publiques, mais les articles parus aujourd'hui nécessitent des précisions», a-t-elle ajouté.
En mêlée de presse en fin de journée, la cheffe caquiste a finalement reconnu: «J'ai pas tout dit ce midi. J'étais dans le feu de l'action. Écoutez, je me suis adressée à 2500 personnes alors que cet article-là sortait. Et là, rapidement, j'ai voulu faire un point de presse avec vous. Les évènements se sont précipités. J'ai pas dit 100 % de ce que je voulais dire.»
Une explication qui convaincra difficilement les électeurs, à deux jours d'un scrutin où la confiance envers les institutions est plus que jamais au cœur des préoccupations. La CAQ joue un jeu dangereux en minimisant des allégations qu'elle jugeait pourtant préoccupantes quelques heures plus tôt.
Avec Antoine Trépanier et Mylène Crête, La Presse