Manuel Tadros, 50 ans de carrière: «J'aime toutes les facettes de mon métier!»
Il y a des carrières qui traversent les époques sans jamais perdre leur flamme. Celle de Manuel Tadros en est une. À l'aube de ses 70 ans, le comédien d'origine égyptienne célèbre cette année un demi-siècle de métier, et il n'a pas l'intention de ralentir. Mieux: il est la tête d'affiche de Georges, à La Licorne, où il incarne un père borné, mais furieusement bienveillant, fou de ses enfants. Égyptien en prime.
«Et le 30 octobre, ça va faire 60 ans que je suis au Québec. Depuis 60 ans, ma vie est ici!», ajoute en souriant celui qui est aussi chanteur, compositeur, interprète et doubleur. Originaire du Caire, il a également fait du cinéma, mais pas assez à son goût. «Ça n'a pas adonné!»
Manuel Tadros est un peu clown, assurément bon joueur, constate-t-on d'emblée, alors qu'il part se maquiller avant l'entrevue, revient avec une variété de lunettes, dont une paire de fumées, avant de se mettre carrément à chanter, entre deux clics du photographe, pour rire. Il y a de la joie dans l'air.
Un rôle sur mesure, après des décennies de personnages stéréotypés
Et il ne chôme pas. Après avoir été de la distribution de Frères (Nathalie Doummar), chez Duceppe, plus tôt cette année, le revoilà sur une scène montréalaise avec un nouveau rôle sur mesure, qu'il interprétera en alternance avec Antoine Yared, petits soucis de santé obligent.
Ce qui a de quoi le réjouir. En 50 ans de carrière, disons que les personnages égyptiens n'ont pas couru les rues. «J'ai souvent joué le Marocain, le Latino, l'Italien», confirme-t-il. L'immigrant de service, ose-t-on? «Un peu... Ça ne me dérangeait pas, mais maintenant, ça me dérange un peu. Je n'aime pas être limité à faire ça!»
Avec Georges, un père égyptien comme lui (il a deux fils, dont il est également très fier, dont un certain Xavier Dolan), c'est autre chose. «J'ai pu jouer en pensant aux gens de ma famille!» Depuis le début, c'est d'ailleurs à lui que Nathalie Doummar a pensé pour incarner le rôle, une variation sur son propre paternel.
«Depuis toujours!», confirme celle qui signe cette pièce et incarne aussi sa fille sur scène, alors que Neil Elias interprète le fils. Non sans raison: Manuel Tadros et son père se sont vaguement connus enfants, en Égypte. «Manu, c'était le petit tannant dans le bus! Quand ils se sont recroisés, des années plus tard, Manu était devenu acteur. Un acteur égyptien! Je me suis dit: c'est la seule personne qui peut interpréter mon père!»
La victoire de la diversité sur les planches québécoises
Certes, un monde les sépare. Georges, dans la pièce, est un homme conservateur, dépassé par les évènements et le progressisme de ses enfants. Manuel Tadros a grandi dans une famille beaucoup plus artiste. Mais ils partagent une même «bonhommie», souligne-t-elle. Et puis, ils ont cette même répartie, typiquement égyptienne. «C'est vraiment un peuple de bons vivants. Et Manu comprend tout ça!»
«Georges adore dire: OK d'abord [prononcé exagérément à la québécoise], reprend Manuel Tadros, c'est mignon comme tout. C'est une bonne pâte, il est très attaché à ses enfants!» Et tranquillement, pour ses enfants justement, il va déconstruire toutes ses «vieilles valeurs», une couche de préjugés à la fois.
«Et ce qui est le fun avec cette histoire, c'est que tous mes amis égyptiens ont quelque chose à voir avec Georges», ajoute-t-il, en se félicitant de cette ouverture nouvelle à la diversité sur la scène théâtrale québécoise. «Surtout à La Licorne et chez Duceppe, il y a un mouvement qui me fait verser des larmes», ajoute-t-il, tout à coup émotif.
«Vous avez vu Mama (aussi signée Nathalie Doummar)? J'y étais avec ma femme, rwandaise, en passant, nous étions debout, en larmes et en applaudissant à tout rompre, et je lui ai dit: “C'est la victoire de la diversité, mon amour! Enfin une brèche qui s'ouvre! Une pièce avec 12 Arabes, c'est un tour de force!”»
Et il était grand temps, croit-il. «Les gens apprennent à nous connaître, au lieu d'avoir peur. L'étranger fait peur par ignorance! [...] Et il faut que l'on continue, ça suffit, les vieilles affaires, une fois de temps en temps pour la culture générale [...], mais sinon je trouve que le théâtre moderne touche plus les gens, parce qu'ils s'y reconnaissent!»
Un homme qui ne connaît pas le cruise control
Il a de quoi célébrer, disions-nous, mais il ne se repose pas sur ses lauriers pour autant. Ce serait bien mal le connaître. En novembre, Manuel Tadros lance en outre un album, «une première en 45 ans!», sourit-il. «J'ai toujours l'impression que je suis au commencement.» Et cette semaine, il inaugure une salle de spectacle, à son auberge des Cantons-de-l'Est (le Manoir Sweetsburg). Pardon? «On a eu un coup de cœur!», dit-il en riant, devant l'ébahissement général que suscite chaque fois la nouvelle. «Je cherche des projets qui m'amusent [...]. Je n'ai jamais été sur le cruise control. Jamais, jamais!» Ça, on l'avait deviné.
FAQ
Qui est Manuel Tadros?
Manuel Tadros est un comédien, chanteur et doubleur québécois d'origine égyptienne, installé au Québec depuis 60 ans. Il célèbre cette année ses 50 ans de carrière.
Que joue Manuel Tadros actuellement?
Il incarne le rôle-titre de Georges, une pièce de Nathalie Doummar présentée à La Licorne, à Montréal, en alternance avec Antoine Yared.
Quel est le lien entre Manuel Tadros et Xavier Dolan?
Xavier Dolan est le fils de Manuel Tadros. Le comédien est très fier de ses deux fils.
Quels sont les projets récents de Manuel Tadros?
En plus de la pièce Georges, il lancera un album en novembre et inaugure une salle de spectacle à son auberge des Cantons-de-l'Est.