Pier-Luc Funk sans masque: la santé mentale derrière le rire
Après dix ans de matchs d'impro, de trophées et de prix du public, Pier-Luc Funk a raccroché son chandail de la LNI en mai dernier. Une retraite à 32 ans qui en a étonné plus d'un, et sur laquelle le joueur vedette revient sans détour dans La dernière saison, une série documentaire qui débarque jeudi sur l'Extra de Tou.tv. Oubliez l'amuseur public. Le voici à découvert, dans l'envers du décor.
Et c'est assez courageux. En trois épisodes d'une cinquantaine de minutes, la série ratisse plus large qu'on pourrait le croire. Anxiété de performance, compétitivité, tocs variés. Pier-Luc Funk s'attaque de front à un sujet dont peu d'artistes osent parler: sa santé mentale.
«L'impro a sauvé ma vie»
Il commence assez raide, avec deux affirmations qui donnent le ton: «Je pense que l'impro a sauvé ma vie. Si j'avais pas eu ça, je pense que j'aurais rien eu.» C'est aussi ce qu'on comprend au fil du visionnement, qui revient sur cette dernière saison d'improvisation, du premier match à la finale, en coulisses, mais aussi sur scène, extraits choisis et très divertissants inclus.
Au passage, on apprend comment l'impro est entrée dans sa vie, avec plusieurs entretiens avec des proches, dont sa mère, émouvante. La série survole aussi l'histoire de la LNI avec François-Étienne Paré, Yvan Ponton et Claude Legault, notamment, avec qui Pier-Luc Funk partage plusieurs constats.
Derrière le masque de l'amuseur
Grand amateur de séries documentaires sportives comme Break Point sur le tennis ou The Last Dance sur le basket, Pier-Luc Funk est celui à qui revient l'idée originale de cette série. Certains trouveront le projet prétentieux, et il le sait. Sauf que l'intention n'est pas de se vanter. Tout le contraire. Loin du glam et des singeries.
«Suivre les humains me fascine, explique-t-il en entrevue. Je voulais montrer ce qui se passe derrière le masque. Présenter la pression qu'on peut se mettre, en tant qu'artiste qui fait du divertissement.»
Parce que oui, Pier-Luc Funk dort mal, se tape la tête, et se soumet à une série de rituels envahissants: agencer son slip à la couleur de son chandail, relire son nom sur son étiquette avant d'enfiler ledit chandail, religieusement se fixer dans le miroir, avant de sauter dans le ring. «Et les gens ne se doutent pas!»
Même sa productrice, chez Pamplemousse média, l'a mis en garde: «Es-tu bien sûr? Les gens vont voir qui tu es pour vrai», paraphrase-t-il. Et il le dit, mi-rieur, mi-sérieux, à la caméra: voici son côté sombre.
Un clown triste?
Pier-Luc Funk, un clown triste, ose-t-on? «De moins en moins, dit-il. Mais je pense que n'importe qui qui aime faire rire, ça camoufle un mécanisme de défense. Faire rire, ça nourrit toutes mes carences!»
Alors qui est pour vrai Pier-Luc Funk? «Je n'étais pas bon à l'école, pas bon dans les sports, je n'avais pas beaucoup d'amis, et je me suis fait écœurer à l'école», résume-t-il. La première fois qu'il s'est senti compétent, qu'il a vu qu'il avait un certain talent, c'est en improvisant. «Et ça a été ma bouée de sauvetage.»
Quand la compétition devient toxique
L'impro a prouvé à Pier-Luc Funk qu'il pouvait réussir. Les matchs l'ont amené au sommet de sa gloire, avec toute la gratification et l'adrénaline que vous pouvez imaginer. Tout le bon, quoi. Jusqu'à ce qu'il atteigne un point de saturation. Et que l'aventure finisse par lui amener plus de mal que de bien. On résume, mais à le voir ronger ses ongles, une vraie boule de nerfs avant chaque match, on n'a pas de mal à le croire.
À noter que ça n'est pas tant l'impro, l'enjeu, que les games, précise-t-il, avec les points, gagner, perdre, tout donner pour se rendre en finale. Bref, la compétition. Certes, on fait des sketches en jogging, sourit-il, on ne gagne pas de médailles olympiques, mais il y a une anxiété de performance.
La suite pour Pier-Luc Funk
Pier-Luc Funk ne tire évidemment pas un trait sur sa carrière. De la distribution de la série Angles morts, ces jours-ci, il planche en outre sur un spectacle solo, Funk dans la jungle, à l'affiche prochainement. Il va toujours jouer, improviser, mais sans compétitionner.
L'improvisateur et acteur croit d'ailleurs que plusieurs spectateurs intenses et compétitifs comme lui risquent de se reconnaître ici, toutes disciplines sportives, académiques ou artistiques confondues. Vous avez raté des réunions de famille, le travail vous gruge, mais il vous arrive aussi de vous y étourdir? Voilà. À méditer.
La dernière saison sera offerte à partir du jeudi 8 octobre, sur l'Extra de Tou.tv.