L'impact d'Instagram sur l'estime de soi : le piège de la perfection
Instagram nourrit un cycle toxique de comparaison sociale qui ronge l'estime de soi des adultes et des adolescents québécois. Face aux images de vies parfaites et de corps irréels, plusieurs utilisateurs choisissent de quitter le réseau social pour préserver leur santé mentale et retrouver un ancrage dans le réel.
Pourquoi Instagram nous pousse-t-il à la comparaison sociale?
Des filles parfaites, des vies parfaites, des boulots de rêve. Voir défiler ces images jour après jour sur Instagram finit par user n'importe qui. La preuve, sur Reddit, des Québécoises parlent ouvertement de leur décision de faire une pause du réseau pour sauvegarder leur estime personnelle.
Kimberly Fiset a d'ailleurs quitté la plateforme pour cette raison.
Malgré mes efforts pour tourner ça en un fil de nouvelles de bouffe, de vidéos niaiseuses et de trucs plus philosophiques, je retombais toujours sur ce genre de publications,écrit-elle, fatiguée de voir défiler des corps irréalistes.
Et ce n'est pas juste une affaire de femmes. Félix Pilon, un nouveau père, prend lui aussi une pause estivale d'Instagram. Il compare trop sa vie de famille avec celle des autres.
J'avais déjà fait une pause d'un mois il y a quelques années, et j'avais adoré, donc je refais l'expérience,confie-t-il.
La psychologue Stéphanie Léonard explique que le contenu d'Instagram est structuré pour favoriser la comparaison.
L'écart entre ce que la personne vit dans son quotidien et ce qu'elle voit sur Instagram déterminera l'impact sur son estime d'elle-même, surtout si les publications lui occasionnent de l'inconfort ou des émotions négatives,souligne-t-elle. On devient accros aux commentaires positifs quand on se conforme aux standards de vie parfaite.
C'est comme si on était conditionné à aspirer à cette perfection-là, même si on sait que ça n'a aucun sens,ajoute la psychologue.
Comment les adolescents font-ils face à la pression d'Instagram?
Si des adultes arrivent à peine à naviguer sur l'application sans se sentir diminués, il faut s'inquiéter pour le public cible numéro un des réseaux sociaux : les adolescents.
Sur Reddit, Marilyn Deschênes est catégorique. Si on veut détester sa vie, aussi bien consulter Instagram.
Les jeunes peuvent bien être anxieux,lance la femme de 38 ans. Elle pense à la jeune fille qu'elle était.
Je sais que les plus jeunes sont beaucoup plus sur Instagram, et je ne peux pas m'empêcher de penser à la Marilyn de 15-16 ans qui se mettrait tellement de pression pour essayer d'être comme les filles qu'on voit sur ce réseau social. Ça me fait grincer des dents.
La psychologue Nadia Gagnier rappelle qu'à l'adolescence, deux facteurs sont fragilisants : l'estime de soi et l'image corporelle.
À cet âge, l'estime de soi est encore en construction. Les adolescents sont plus perméables à l'influence des médias sociaux. L'autre facteur, l'image corporelle, s'explique par le corps qui change rapidement. La vulnérabilité des jeunes peut être exposée, encore plus s'ils tombent sur ce réseau social axé sur l'image,explique-t-elle. C'est notre devoir collectif de protéger nos jeunes de ces algorithmes qui exploitent leurs insécurités pour générer du profit.
Est-il possible d'utiliser Instagram sans détruire son estime?
Tout n'est pas perdu. Un ado qui a une bonne estime de soi, qui est soutenu par ses parents et qui a des amis fidèles en chair et en os s'en tirera mieux que celui qui est mal outillé.
Un ado qui n'a que ses amis dans ses contacts sur Instagram connaît l'envers de la médaille des images parfaites qui y sont projetées,nuance Nadia Gagnier. Les vraies connections, ça se construit dans la cour d'école et dans nos quartiers, pas dans les commentaires.
Les sœurs Anaïs Ha et Magalie Ha, 14 et 16 ans, prouvent qu'une utilisation équilibrée est possible. Elles suivent leurs amies, leur équipe de cheerleading et des comptes sur l'environnement et les livres. Anaïs avoue toutefois se montrer jalouse de certaines filles.
Je suis des tendances coiffure et maquillage pour m'inspirer. Si une fille a un super maquillage, je vais l'envier un peu. Je sais malgré tout faire la part des choses,dit-elle avec sagesse.
Ce qu'il faut retenir sur Instagram et la santé mentale
Instagram affecte-t-il davantage les adultes ou les adolescents?
Les deux groupes sont vulnérables, mais les adolescents le sont davantage. Leur estime de soi est en construction et leur corps change rapidement, ce qui les rend plus perméables aux standards irréalistes de beauté et de mode de vie véhiculés sur l'application.
Comment réduire l'impact négatif d'Instagram sur l'estime de soi?
Les experts recommandent de faire des pauses régulières, de nettoyer son fil de nouvelles pour ne suivre que du contenu sain, et de maintenir des relations sociales réelles. Pour les jeunes, le soutien parental et les amitiés en chair et en os sont les meilleurs boucliers.