Maïka Sondarjee offre aux enfants métis un livre qui leur ressemble
Le 12 août, on achète un livre québécois. Et cette année, un album jeunesse aborde un sujet trop souvent passé sous silence : la mixité culturelle et le métissage. L'autrice Maïka Sondarjee, professeure à l'Université d'Ottawa et collaboratrice régulière de Radio-Canada et du Devoir, signe Et moi, je viens d'où ?, un album illustré par Audrey Jadaud qui raconte l'histoire d'une petite fille aux origines multiples. Un récit personnel, tendre et nécessaire, qui invite les familles à ouvrir le dialogue.
Un thème encore trop rare en littérature jeunesse
Dans son premier album jeunesse, Maïka Sondarjee reprend le thème qu'elle avait exploré en 2024 dans son essai Tu viens d'où ?. Cette fois, c'est à hauteur d'enfant qu'elle aborde la question. L'histoire débute dans une classe de maternelle, où une enseignante suppléante s'arrête sur le nom de la petite Maïka : « C'est un nom original ! Ça vient d'où ? » Une scène que l'autrice a vécue elle-même, à maintes reprises, durant son enfance.
« Ma famille, généalogiquement, c'est super compliqué », résume-t-elle en souriant. Son père a grandi à Madagascar, sa mère en Estrie. La petite Maïka naviguait entre les ragoûts de boulettes de sa mamie Thérèse et les samosas de sa dadima Goulbanou. Une richesse culturelle que peu de livres jeunesse mettent en scène.
L'autrice confie n'avoir jamais imaginé devenir un jour le personnage principal d'un livre. C'est une éditrice qui lui a proposé d'écrire un titre sur la mixité. « C'est vraiment cette idée-là que, pour l'enfant, c'est normal, mais que personne ne lui en parle vraiment », explique-t-elle.
Un outil pour briser le silence
Maïka Sondarjee espère que son livre deviendra un déclencheur de discussions entre parents et enfants. « Moi, mes parents ne m'en ont littéralement jamais parlé », souligne-t-elle. Elle croit que les enfants issus de familles métissées ou de régions différentes du Québec se posent des questions. « C'est correct d'avoir des émotions par rapport à ça. C'est correct de se sentir comme si on venait de nulle part. C'est correct aussi de se sentir comme si on venait de plusieurs endroits à la fois. »
L'autrice, qui coanime le balado On se livre avec Léa Clermont-Dion, insiste sur la légitimité de ces sentiments identitaires. Un message puissant, surtout dans un contexte où le débat public sur l'immigration et l'identité québécoise est souvent polarisé.
La question « Tu viens d'où ? » : bienveillance ou malaise ?
Maïka Sondarjee aime qu'on lui pose cette question. « Je pense que 95 % des gens au Québec, quand ils posent la question, c'est super bien intentionné », affirme-t-elle. Son père lui a souvent parlé de l'ouverture d'esprit des Québécois à son arrivée à Sherbrooke dans les années 1970.
Mais elle reconnaît que la même question peut être blessante selon le contexte. « Ce qui est différent aujourd'hui, je trouve, avec cette question-là, c'est que ce n'est pas seulement l'intention qui compte. C'est aussi le discours public », avance-t-elle. Elle donne l'exemple d'une femme voilée qui se fait dire qu'elle perdra son emploi parce qu'on l'accuse de vouloir endoctriner les enfants. « Si tu te fais demander à l'épicerie : “Tu viens d'où ?”, peut-être que tu vas le recevoir différemment. »
Son conseil : établir une relation avant de questionner quelqu'un sur ses origines. L'autrice déplore que, dans le climat politique actuel, « on instrumentalise les immigrants et on les accuse de tous les maux ». Elle appelle à un débat public plus sain. « Il faut que collectivement on améliore le débat public », croit-elle.
Un album pour tous les enfants du Québec
Avec Et moi, je viens d'où ?, Maïka Sondarjee offre un miroir aux enfants métis, mais aussi une fenêtre aux autres. Un livre qui rappelle que l'identité québécoise est multiple, riche et en constante évolution. Et que oui, on peut venir de plusieurs endroits à la fois. C'est ça, être d'ici et d'ailleurs.