Stade au parc Jarry : Tennis Canada freine le jeu, mais le projet avance
Montréal, 7 août 2026 — On a parlé presque autant de construction que de balles de bris cette semaine à l'Omnium Banque Nationale. Les débats sur la transformation du Stade IGA, combinés aux déboires de nos athlètes canadiens sur le court, ont mis le tennis montréalais sous les projecteurs. Mais Valérie Tétreault, directrice de l'Omnium, martèle qu'il ne faut pas retenir son souffle avant l'arrivée des pépines au parc Jarry. Elle refuse même d'utiliser le mot « projet » pour décrire l'avancement du dossier, tant il est embryonnaire. On cherche, à l'évidence, à calmer le jeu.
Radio-Canada a révélé jeudi que Tennis Canada contemple un scénario ambitieux : raser l'actuel court central, qui arrive en fin de vie, pour le remplacer par un stade de 15 000 places flambant neuf, doté d'un toit rétractable. On bonifierait aussi la capacité de l'actuel court Rogers (de 4000 à 7000 sièges) et on construirait un troisième court de 2000 places pour remplacer le court numéro 5, dont la capacité est inférieure aux exigences de l'ATP et de la WTA. Pour y arriver, la fédération nationale devrait notamment absorber l'espace occupé par un terrain de baseball situé au nord du stade IGA.
Un coût de 400 millions, mais un financement flou
Le coût estimé de l'opération : 400 millions, dont la moitié serait consacrée au nouveau stade. Tennis Canada proposerait d'éponger 10 % de la facture, et le reste proviendrait d'un assemblage de fonds publics. L'organisation n'a pas confirmé les chiffres avancés par la société d'État, mais ne les a pas réfutés non plus. Au plus tôt, « s'il n'y a pas trop d'embûches », on viserait une entrée en fonction du nouveau stade dans six ans, en 2032.
Valérie Tétreault insiste : les données publiées proviennent d'une étude de faisabilité, pas d'un projet en bonne et due forme. Cette étude a comparé trois scénarios : une rénovation, une construction neuve, et un déménagement, l'avenue la plus onéreuse du lot. « On est arrivés avec l'option qu'on privilégie et on a commencé à explorer à quoi pourrait ressembler cette option, pour savoir si ça tient la route », a-t-elle expliqué. Les esquisses du stade et des alentours, d'abord révélées par Radio-Canada, n'ont été réalisées qu'à titre indicatif.
Qui paiera la note ? Le fédéral, le provincial et la Ville mis à contribution
En ce qui a trait à la participation substantielle attendue des différents ordres de gouvernement — 40 % chacun pour le fédéral et le provincial, et 10 % pour la Ville de Montréal —, « c'est un modèle à explorer », se contente de dire Valérie Tétreault. « Après, ça va être à travers différentes discussions qu'on va comprendre si c'est possible ou non. » Une part accrue du privé dans le montage financier n'est pas exclue.
Pour justifier la contribution potentielle de seulement 10 % par Tennis Canada, elle rappelle que la mission de la fédération, constituée en OBNL, est de réinjecter les profits dégagés par les tournois de Montréal et de Toronto dans le développement du tennis au pays. « Créer un projet qui sacrifierait notre mission, ça déferait l'objectif de la chose. Si on le fait au détriment de générations d'athlètes, je ne pense pas qu'on soit gagnants là-dedans. »
Des citoyens en colère : le parc Jarry menacé ?
Les protestations qui se sont fait entendre au cours des dernières semaines, Valérie Tétreault s'y attendait. Des citoyens, résidants du secteur ou utilisateurs du parc, dénoncent un empiétement de la fédération sur un rare espace vert attenant au quartier Parc-Extension. Une manifestation est d'ailleurs prévue dimanche après-midi.
La gestionnaire affirme « apprendre au fur et à mesure que ça se développe » et ne souhaite pas adopter « une posture défensive et contre-argumenter à propos de chaque chose qui est dite en entrevue ». Cela étant, elle se navre d'entendre ce qu'elle qualifie de « désinformation », par exemple l'idée répandue que Tennis Canada ait exigé que soit déplacée la piscine Jarry. Sa mutation vers le nord du parc dans un futur « pôle aquatique » est un projet piloté par la Ville, et une zone d'emprise agrandie du Stade IGA ne toucherait pas à l'espace libéré.
Quel avenir pour le tennis à Montréal ?
« Je comprends à quel point ces espaces-là, surtout pour les gens des quartiers avoisinants, sont importants, conclut Valérie Tétreault. Après, je pense qu'on a tous intérêt à se parler. Je pense que c'est de cette manière qu'on va travailler sur quelque chose de bien ensemble. »
En somme, l'ambition de renouveler les installations de Tennis Canada au parc Jarry est bien plus près du début que de l'aboutissement. Les discussions avec les citoyens et les gouvernements ne font que commencer. Reste à voir si ce projet de 400 millions trouvera preneur dans un contexte où les espaces verts et les finances publiques sont sous pression.
FAQ : Ce qu'il faut savoir sur le projet de stade au parc Jarry
Quel est le coût estimé du nouveau stade ?
Le coût total est estimé à 400 millions, dont la moitié pour le nouveau stade. Tennis Canada paierait 10 %, le reste viendrait des gouvernements fédéral, provincial et municipal.
Quand le nouveau stade pourrait-il ouvrir ?
Au plus tôt en 2032, si les discussions avancent sans trop d'embûches. Une étude approfondie sera dévoilée au printemps prochain.
Le parc Jarry sera-t-il réduit ?
Le projet prévoit d'absorber un terrain de baseball au nord du stade IGA, mais ne toucherait pas à la piscine Jarry, dont le déplacement est un projet distinct de la Ville.