Shein sauve les meubles à Hong Kong, mais la mode éphémère dans la mire
Le géant de la mode ultra-éphémère Shein a finalement sauvé la mise, mardi, lors de ses débuts à la Bourse de Hong Kong. Après un plongeon de 10 % en matinée, l'action a terminé la journée en légère baisse de 0,1 %, à 48,5 dollars de Hong Kong (5,33 euros). L'entreprise a levé environ 1,46 milliard d'euros, un montant sous ses attentes initiales, alors que ses projets de cotation à New York et à Londres ont échoué en raison d'obstacles réglementaires.
Une valorisation en chute libre
Shein espérait lever près de 1,5 milliard d'euros pour se valoriser au-dessus de 22 milliards d'euros. C'est quatre fois moins qu'en 2022, alors que l'entreprise était évaluée à environ 86 milliards d'euros lors d'une levée de fonds. Cette baisse spectaculaire illustre les défis auxquels fait face le détaillant en ligne, fondé en Chine en 2012 et désormais basé à Singapour.
L'entreprise avait annoncé vouloir mettre sur le marché 280 millions d'actions à un prix compris entre 47,60 et 49,50 dollars de Hong Kong. Le cours a finalement clôturé à la médiane de cette fourchette, après une séance mouvementée.
Un accueil tiède des investisseurs
Selon Han Lin, directeur pour la Chine du cabinet de conseil The Asia Group, cette introduction en Bourse n'est « pas un échec », malgré le manque d'enthousiasme du marché. « Les marchés boursiers considèrent Shein davantage comme un détaillant arrivant à maturité, confronté aux droits de douane, à la réglementation et à la concurrence », a-t-il expliqué à l'AFP. « La faiblesse initiale du cours de l'action suggère que les investisseurs veulent des preuves, et non pas simplement des promesses. »
Un modèle d'affaires contesté
Shein est une figure de proue de l'« ultra fast fashion », un modèle basé sur le renouvellement rapide de collections à petits prix, ciblant une clientèle jeune sur les réseaux sociaux. Sa force repose sur la Chine, qui dispose d'une vaste industrie textile à bas coûts et d'un réseau logistique performant. Son site propose ses produits dans plus de 150 pays et revendique 273 millions de clients, dont 23 millions en France.
Ken Pucker, expert en mode durable à l'université Tufts, reconnaît que l'entreprise a développé « un modèle exceptionnel, difficile à reproduire ». Mais il souligne que cette croissance sans précédent a entraîné des défis liés à « l'instauration de nouvelles taxes et de nouveaux droits, à la durabilité, à des pratiques en matière de vie privée et de copyright, ainsi qu'à la concurrence ».
« Le moment n'est pas idéal, compte tenu du ralentissement de la croissance de l'entreprise », ajoute-t-il. « Toutefois, cela fait cinq ans environ qu'elle cherche à entrer en Bourse et j'imagine que bon nombre de ses investisseurs étaient impatients que cela rapporte. »
Des obstacles réglementaires à répétition
Les projets de cotation de Shein à New York en 2023, puis à Londres en 2024, avaient été freinés par des obstacles réglementaires. La plateforme a obtenu début juillet l'aval du régulateur chinois pour être cotée à Hong Kong.
Kelvin Lam, économiste spécialiste des questions chinoises, espère que cette introduction en Bourse forcera Shein à être « plus transparente dans son mode de fonctionnement » en matière de droits de l'homme et de pratiques de travail. La plateforme est régulièrement critiquée pour encourager une culture de la surconsommation générant déchets et pollution. Le secteur textile représente près de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Des chiffres en dents de scie
En 2025, Shein a affiché un chiffre d'affaires de 41,8 milliards de dollars américains, livré plus d'un milliard de commandes dans le monde et dégagé un bénéfice net de 2,1 milliards de dollars. Mais la plateforme est tombée dans le rouge début 2026, avec 99 millions de dollars de perte nette au premier trimestre. Si elle met en avant des facteurs essentiellement comptables, elle reconnaît ne pas pouvoir garantir à ses futurs actionnaires une croissance aussi rapide qu'à ses débuts.
La pression s'accentue en Amérique et en Europe
En 2025, les États-Unis ont supprimé l'exemption de franchise douanière dont bénéficiaient les colis de faible valeur, comme ceux de Shein, à l'entrée de leur territoire. En Europe, l'entreprise est aussi dans le collimateur des autorités. En France, elle a écopé de plusieurs amendes et le Parlement a définitivement adopté fin juin une proposition de loi visant à enrayer l'essor des plateformes de mode éphémère. Depuis mardi, un malus sur chaque produit de mode ultra-éphémère est également en vigueur dans l'Hexagone.
Shein devra donc naviguer dans un environnement de plus en plus hostile à son modèle d'affaires, tout en rassurant des investisseurs de plus en plus sceptiques. Une tâche ardue pour un géant qui a bâti son empire sur la vitesse et les bas prix.