Achat local : la riposte citoyenne à la guerre commerciale
La décision du Canada de claquer la porte des négociations avec les États-Unis a eu un effet immédiat dans les boutiques québécoises : les consommateurs se ruent à nouveau sur les produits d'ici. Une fierté qui pourrait bien redonner un second souffle au mouvement d'achat local, même si les détaillants restent prudents.
Une réaction quasi instantanée dans les commerces
À peine quelques heures après la sortie du Canada de la table de négociations, samedi, la patronne de la boutique montréalaise Belle et rebelle, Anne Lespérance, publiait un message sur Facebook : « Chaque achat local est un geste concret. Bien contente que Carney se tienne debout face à Trump ! » Le lendemain, les effets se faisaient déjà sentir dans sa caisse. « On l'a senti, dit-elle. Dimanche, on a enregistré une hausse des ventes. »
Pour Anne Lespérance, l'achat local est un acte politique à la portée de tous. « Sur notre site web, c'est bien indiqué, ajoute-t-elle. Il y a des fleurs de lys et des feuilles d'érable. Ça facilite l'achat. C'est notre pouvoir de citoyens. Je pense qu'on va tous l'utiliser. »
Même son de cloche chez Signé Local, où le copropriétaire Dawei Ding a constaté une hausse de 22 % des commandes en ligne par rapport aux fins de semaine précédentes. « En 2026, on a toutes les données qui rentrent en temps réel. On le sent. Ça s'est passé super vite en fin de semaine », affirme-t-il. En magasin, ses équipes ont remarqué un phénomène nouveau : des clients qui pointent du doigt les articles en demandant « C'est vraiment fait ici ? »
Un enthousiasme qui saura-t-il durer ?
Malgré cet élan, les détaillants refusent de crier à la vague. Les données du Baromètre du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), réalisé par ORAMA, montrent que le mouvement a déjà connu des hauts et des bas. La proportion de Québécois affirmant éviter beaucoup les produits américains est passée de 55 % en avril 2025 à 49 % au début d'août. Le réflexe d'achat local persiste néanmoins : 81 % des Québécois disent augmenter leurs achats dans les commerces locaux.
Damien Silès, président-directeur général du CQCD, rappelle que l'enthousiasme est plus facile à entretenir en été, quand les fraises et les bleuets d'ici sont en abondance. « Les appels à consommer pendant trois jours, ça ne change pas grand-chose pour nous », souligne-t-il, en comparant avec la pandémie, où un message gouvernemental continu avait eu des effets durables.
Le prix, l'éternel arbitre
Le prix pèse toujours lourd dans la balance, et M. Silès rappelle que c'est ce qui rend si populaires des plateformes comme Shein et Temu. Dawei Ding en convient : « Ce n'est pas tout le monde qui peut se permettre d'acheter local. » Il raconte que plusieurs de ses proches avaient annulé leur abonnement à Amazon pour protester, avant de se réabonner quelques mois plus tard.
« L'indignation, c'est bruyant, mais ça reste temporaire. Mais l'habitude, c'est silencieux. Et quand l'habitude change et qu'elle est bien installée, ça, c'est vraiment bon pour l'économie québécoise. »
Reste à voir si la fermeté du gouvernement Carney face à Trump saura transformer cette indignation passagère en habitude durable. Les prochaines semaines seront révélatrices.