Négos Canada-États-Unis: le brouillard persiste, l'unité du front canadien s'effrite
OTTAWA – Un épais brouillard enveloppait toujours, vendredi soir, les négociations entre Ottawa et Washington, alors que l'unité du front canadien autour de Mark Carney est mise à rude épreuve. Les provinces, le Québec en tête, commencent à montrer des signes d'impatience devant l'opacité des discussions.
LeBlanc promet de travailler « jusqu'à la dernière minute »
« Nous avons encore du travail à faire. Notre travail n'est pas terminé. On va continuer de travailler jusqu'à la dernière minute. Les travailleurs canadiens et les entreprises s'attendent à ce qu'on fasse ce travail-là », a affirmé le ministre Dominic LeBlanc vendredi soir, au sortir de la plus longue séance de négociation avec les Américains à ce jour. Une sortie qui sentait l'épuisement, mais aussi la détermination.
Le suspense demeure donc entier, malgré l'optimisme affiché par le président Donald Trump quelques heures plus tôt. « Nous devrions pouvoir conclure un accord avec le Canada », lançait-il avant de monter dans son avion pour un rassemblement partisan en Caroline du Sud. Une déclaration qui en dit long sur la fiabilité du locataire de la Maison-Blanche, selon plusieurs observateurs.
« On n'a appris absolument rien de substantiel »
« Je n'en reviens pas qu'on n'a pas davantage appris depuis dix ans que quand ce président, si fort publiquement, sort en disant qu'il y a eu une entente, ça ne veut pas dire qu'il y a eu une entente », a réagi d'emblée au Journal Rafaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand. « On n'a appris absolument rien de substantiel aujourd'hui. Il y a eu énormément de spéculations, mais tout ce qu'on sait, c'est qu'on négocie encore », a-t-il nuancé.
Un constat qui résonne particulièrement au Québec, où la première ministre Christine Fréchette s'est montrée très réservée vendredi, exigeant davantage de réponses. Son bouillant homologue ontarien Doug Ford, lui, s'est terré dans le mutisme durant ces négos. Un silence qui en dit long, alors que les provinces sont pourtant en première ligne des conséquences économiques.
Gestion de l'offre et Loi sur les nouvelles en ligne dans la mire
Le système de gestion de l'offre, ce joyau du modèle agricole québécois, a fait couler beaucoup d'encre. Selon ce qui a été rapporté, le Canada serait prêt à revoir la façon dont sont attribués les quotas permettant aux produits laitiers américains d'accéder au marché canadien. Une concession qui pourrait être faite sans augmenter le volume total des importations permises, une nuance de taille.
Le Toronto Star rapportait jeudi que le premier ministre Mark Carney songerait à abroger la Loi sur les nouvelles en ligne, qui oblige les géants américains du web à compenser les médias canadiens pour l'utilisation de leur contenu. Une pilule difficile à avaler pour ceux et celles qui défendent la vitalité de nos médias locaux face aux GAFAM.
Des tarifs douaniers toujours suspendus au-dessus de nos têtes
Plus tôt cette semaine, Donald Trump a offert un sursis de trois jours à l'entrée en vigueur de droits punitifs de 50 % sur une foule de produits canadiens, venant à échéance vendredi à minuit. L'objectif des négociateurs canadiens consistait en priorité à éviter ces droits de douane et à réduire ceux qui s'appliquent sur l'aluminium, l'acier et l'automobile.
Washington proposerait une réduction de 50 % à 25 % sur l'acier et l'aluminium, et de 25 % à 15 % sur l'automobile. En échange, le Canada devait s'engager à remettre sur les tablettes l'alcool américain. Au moment de mettre sous presse, aucun texte final de l'entente n'avait été rendu public, et tout indiquait que les négociations allaient se poursuivre au-delà de l'échéance de minuit.
Le Québec exige des réponses, pas des promesses
Au-delà des spéculations, une question demeure: quel prix le Canada est-il prêt à payer pour apaiser le géant américain? Et surtout, les provinces, le Québec en tête, auront-elles leur mot à dire dans une entente qui les engage toutes? La prudence de Christine Fréchette et le mutisme de Doug Ford laissent présager des discussions houleuses à venir dans les prochains jours.
Une chose est certaine: le front uni canadien, si solennellement affiché depuis le début de la crise, commence à montrer des fissures. Et c'est peut-être là le plus grand danger pour Ottawa.
FAQ: Ce qu'il faut retenir des négociations Canada-États-Unis
Quels sont les enjeux principaux des négociations?
Les discussions portent sur l'évitement de droits punitifs de 50 % sur les produits canadiens, la réduction des tarifs sur l'aluminium, l'acier et l'automobile, ainsi que sur des concessions potentielles concernant la gestion de l'offre et la Loi sur les nouvelles en ligne.
Pourquoi le Québec est-il particulièrement préoccupé?
Le Québec défend le système de gestion de l'offre, un pilier de son agriculture, et craint que des concessions sur ce front ne fragilisent un modèle qui protège les producteurs locaux. La première ministre Christine Fréchette exige davantage de transparence de la part d'Ottawa.
Quand une entente pourrait-elle être conclue?
Les négociations devaient se poursuivre au-delà de l'échéance de minuit vendredi. Aucun texte final n'avait été rendu public au moment de mettre sous presse, et les deux parties affirment que le travail n'est pas terminé.