Des lecteurs de partout au Québec ont fait parvenir leurs réactions à l'actualité cette semaine, et La Presse.ca en a publié un éventail mercredi 6 novembre. De la fin annoncée de l'ère Trump aux sièges vides dans nos salles de spectacle, en passant par les délais indus en urologie, le portrait qui se dégage est celui d'une population engagée, généreuse et parfois impatiente.
Cette chronique citoyenne mérite qu'on s'y attarde, car elle dit quelque chose de profond sur l'état d'esprit du Québec en ce moment.
Le 3 janvier, un soulagement collectif
Jocelyne Kucharski, de Bromont, n'y va pas avec le dos de la cuillère. Pour elle, l'ère Trump sera « vraiment révolue » le 3 janvier, jour de l'assermentation des nouveaux élus. Elle parle d'un « ras-le-bol collectif » face aux « errances, abus de pouvoir, délits d'initiés et autres malversations » de Trump, de sa famille et de son cabinet.
« La planète va pouvoir recommencer à respirer un air plus sain », écrit-elle, espérant qu'à la prochaine présidentielle, « les trumpistes seront battus à plate couture ». Elle conclut en citant Hillary Clinton : « God bless America ! Et j'ajoute : alléluia ! »
Luc Bonin, de Courtice en Ontario, voit dans ces élections de mi-mandat « la fin de sa lune de miel imaginaire et le début du déclin trumpiste ». Il note même que J.D. Vance a démontré « indirectement une certaine distanciation » envers Trump. Son conseil aux démocrates : se concentrer sur du renouveau plutôt que de « faire l'erreur d'entamer une guerre contre Trump ».
On ne peut qu'applaudir. Pour un Québec qui regarde parfois avec inquiétude ce qui se trame au sud de la frontière, ce vent de changement est une bouffée d'air frais.
Le PQ minoritaire : jouer les cartes qu'on a en main
Daniel Racicot, de Blainville, adresse un avertissement sans détour au Parti québécois et à Paul St-Pierre Plamondon. Le PQ a été élu « pour remplacer un gouvernement qui était usé et déconnecté des intérêts du Québec », rappelle-t-il. Les gens veulent qu'on « mette de l'ordre dans nos finances et nos institutions ».
Il pointe du doigt une réalité arithmétique : le PQ est minoritaire et son article 1, celui de la souveraineté, n'est endossé que par 30 % de la population. « Jouez la partie avec les cartes que vous avez en main », lance-t-il, en demandant de démontrer que les intérêts du Québec « passent avant notre future indépendance ».
« Si vous passez votre temps à rechigner et à taper du pied pour tout et que notre situation générale ne s'améliore pas, eh bien, le ressac viendra rapidement », conclut-il. C'est un message qui devrait résonner fort à Québec, où l'art de la coalition n'a jamais été aussi nécessaire.
Des sièges vides qui feraient de bons cadeaux
Marie-Andrée Chouinard, de Rouyn-Noranda, propose une idée simple et lumineuse : pourquoi les salles de spectacle n'offriraient-elles pas leurs sièges libres à des personnes qui n'ont pas les moyens de s'offrir des billets ?
« Tant qu'à perdre ces revenus, pourquoi ne pas les donner et, en même temps, offrir la culture québécoise à ces gens ? », demande-t-elle. Elle suggère de passer par les écoles en milieu défavorisé, convaincue que « ça pourrait faire la différence dans la vie de plusieurs enfants qui n'ont pas la chance de côtoyer la culture ».
Voilà exactement le genre d'idée sociale-démocrate qu'on devrait étudier sérieusement. La culture québécoise est un bien commun, pas un privilège. Si un siège reste vide à la veille d'un spectacle, sa valeur sociale n'est pas zéro, elle est négative, car c'est une occasion manquée de transmettre notre langue et nos artistes à ceux qui en sont le plus privés.
Délais en urologie : le témoignage qui fait mal
Le témoignage de William Marsden, du canton de Stanstead, est de ceux qu'on n'oublit pas. Il a attendu « plus de six mois » pour une opération de la prostate, portant un cathéter pendant toute cette période et contractant « quatre infections graves » traitées aux urgences.
Après l'opération, son chirurgien lui a révélé que « toute la partie interne de sa prostate était infectée ». Heureusement, pas de cancer. « Que Dieu vienne en aide à ceux qui en ont un », écrit-il en appui à la critique du Dr Jean Crevier sur les services d'urologie québécois.
Ce genre de récit rappelle que derrière les débats sur la santé publique, il y a des gens qui souffrent. Notre système, qu'on finance collectivement et dont on est fiers, doit faire mieux.
Heure d'été, TGV et retour à l'essentiel
Magali Lambinet, de Lorraine, plaide pour conserver l'heure d'été et adapter l'horaire scolaire, surtout au primaire. Sa fille, au secondaire, commençait à 9 h 30 « et c'était tellement mieux pour son sommeil ». Pour elle, les bénéfices pour la santé mentale et physique des enfants et des retraités sont plus grands que les inconvénients pour les travailleurs.
Bernard Terreault, de Longueuil, rêve de trains à grande vitesse. Il ne comprend pas pourquoi le TGV « s'arrêterait à Toronto sans continuer jusqu'à Windsor-Detroit en passant par Hamilton et London ». Et tant qu'à y être, il faudrait « aussi un TGV Montréal-Boston-New York ».
Enfin, une lectrice remercie un chroniqueur pour un texte sur le retour à l'essentiel. « Revenir à l'essentiel, ralentir et apprécier les choses simples, c'est générer, nous-mêmes, des petits moments de bonheur et de paix », écrit-elle en observant une petite brume par sa fenêtre. Dans le tourbillon de l'actualité, ce rappel fait du bien.
Ce que ces voix nous disent collectivement
En assemblant ces réactions, un fil rouge apparaît : le Québec veut de l'ordre, de la santé publique solide, de la culture accessible et des politiques qui améliorent concrètement la vie des gens. Ces lecteurs ne demandent pas la lune, ils demandent qu'on gère bien ce qu'on a.
Que ce soit sur la scène américaine ou provinciale, le message est le même : l'usure du pouvoir est réelle, et ceux qui gouvernent ont intérêt à écouter. Le 3 janvier, les Américains tourneront une page. Au Québec, on espère que nos propres dirigeants prendront note de ce ressac qui gronde doucement.
Questions fréquentes
Quand l'ère Trump prendra-t-elle fin selon les lecteurs ?
Le 3 janvier, jour de l'assermentation des nouveaux élus, selon Jocelyne Kucharski de Bromont.
Quelle proportion de la population appuie l'article 1 du PQ ?
Environ 30 %, selon le lecteur Daniel Racicot de Blainville, qui rappelle que le gouvernement péquiste est minoritaire.
Quelle est la proposition culturelle soumise par une lectrice ?
Offrir les sièges vides des salles de spectacle aux personnes défavorisées, notamment par l'entremise des écoles en milieu défavorisé.
