Des propos haineux ont forcé les parents d'Alex Côté, un garçon de 11 ans tué alors qu'il circulait à vélo, à reporter l'installation d'un vélo blanc commémoratif à sa mémoire. Quelques jours plus tôt, un automobiliste avait publiquement injurié le maire de Québec, Bruno Marchand, en pleine inauguration d'une piste cyclable.
C'est le chroniqueur de La Presse qui a documenté cette dérive dans sa chronique, publiée le 21 octobre, et le portrait qu'il dresse donne froid dans le dos. Un hommage funèbre à un enfant devenu prétexte à la haine : on a de la difficulté à croire qu'on doive écrire ces lignes en 2026.
Un vélo blanc, un enfant mort et des commentaires haineux
Rappelons ce qu'est un vélo blanc. Comme les croix plantées en bordure de route, il commémore une personne qui a perdu la vie en circulant. C'est un geste de mémoire, rien d'autre. Les parents d'Alex Côté voulaient simplement honorer leur fils.
Ils ont dû reculer. Les commentaires haineux reçus en ligne ont eu raison de leur courage. On ose à peine imaginer la douleur de perdre un enfant de 11 ans, puis de voir cet hommage même contesté par des inconnus cachés derrière un clavier.
Le chroniqueur de La Presse pose la question qui s'impose : si même la mort d'un enfant ne suffit pas à faire taire la colère, c'est quoi au juste notre problème collectif ?
Le maire Marchand insulté en plein ribbon cutting
L'autre évènement s'est déroulé à Québec la semaine précédente. Un automobiliste a injurié publiquement Bruno Marchand pendant l'inauguration d'une piste cyclable. On peut critiquer un maire, ses choix d'aménagement, la disparition de stationnements. C'est légitime, et même sain en démocratie.
Mais mépriser publiquement une personne qui prend des décisions, ce n'est pas débattre. C'est de la intimidation déguisée en opinion. Et ça, dans une société qui se dit civilisée comme la nôtre, ça ne devrait passer dans aucun salon.
La « guerre à l'auto », un faux débat
Le chroniqueur a participé vendredi à l'émission Zone Info de RDI pour discuter de la cohabitation sur nos routes. Les réactions sur les réseaux sociaux ont suivi : vulgarité, attaques personnelles, mises en cause de son intelligence et de ses motivations. Son crime ? Avoir dénoncé des comportements dangereux d'automobilistes envers des cyclistes.
Le groupe Respect citoyens, cité par Radio-Canada, apporte d'ailleurs une nuance importante : quand on parle de sécurité des enfants, il ne s'agit pas d'une « guerre à l'auto », mais bien d'une question de partage de la route. Le vocabulaire guerrier, encore une fois, fausse tout le débat.
Car les faits sont têtus. La très grande majorité des cyclistes sont aussi des automobilistes. Ils paient leurs permis, leur immatriculation, leurs taxes et leurs impôts. Ils financent les routes comme tout le monde, mais aussi le transport collectif et les trottoirs. La diversité des modes de déplacement sur le réseau québécois évolue constamment, comme le rappelle La Nouvelle, et la responsabilité du partage de la route incombe à tous.
Et il y a ce paradoxe que les Cassidy de la congestion refusent de voir : chaque personne qui choisit le vélo, c'est une auto de moins dans les bouchons qu'ils dénoncent avec tant de véhémence.
Une opération policière nationale en cours
Le timing n'est pas anodin. Les services de police du Québec mènent, en collaboration avec l'Association des directeurs de police du Québec, une opération nationale concertée sur le partage de la route jusqu'au 22 octobre, rapporte En Beauce. Le message des corps policiers est clair : la sécurité routière, ça se pratique ensemble, pas en adversaires.
Le chroniqueur de La Presse le dit sans détour : il ne prétend pas que tous les cyclistes sont exemplaires. Eux aussi doivent respecter les règles. Mais aucune infraction, aucun désaccord sur un aménagement ne justifie de mettre volontairement la vie de quelqu'un en danger.
Lui-même cycliste de route, il ne compte plus les fois où un automobiliste l'a frôlé dangereusement alors qu'il aurait pu ralentir. Une manœuvre d'impatience qui, chaque fois, peut coûler une vie. Pour gagner quelques secondes ?
Une polarisation qui nous renvoie à nos pires réflexes
Cette polarisation routière ressemble trait pour trait à ce qu'on observe en politique : on cherche à discréditer l'autre plutôt qu'à le comprendre. Et les réseaux sociaux, avec leurs algorithmes qui récompensent la colère, amplifient la confrontation.
Cette personne à vélo qu'on insulte, c'est peut-être votre voisin, votre collègue, votre enfant ou votre conjointe. Aimeriez-vous qu'un automobiliste lui fasse subir le même traitement ? La question mérite d'être posée à chaque fois qu'on appuie sur « publier ».
Partager la route ne devrait pas être une guerre. C'est une question de respect, de sécurité et de gros bon sens. Trois valeurs pourtant bien québécoises, qu'on a tendance à oublier dès qu'on s'installe derrière un volant ou un écran.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un vélo blanc ?
C'est un vélo installé en mémoire d'une personne morte en circulant à vélo, sur le même principe que les croix en bordure de route. Les parents d'Alex Côté, 11 ans, ont dû reporter son installation après avoir reçu des commentaires haineux.
Cyclistes et automobilistes : qui paie les routes ?
La grande majorité des cyclistes sont aussi des automobilistes. Ils détiennent un permis de conduire, paient leur immatriculation, leurs taxes et leurs impôts, et contribuent au financement des routes, du transport collectif et des pistes cyclables.
Existe-t-il une opération policière sur le partage de la route ?
Oui. Les services de police du Québec mènent avec l'Association des directeurs de police du Québec une opération nationale concertée sur le partage de la route jusqu'au 22 octobre 2026.
