Le premier ministre français Sébastien Lecornu recevait mercredi 21 octobre les principaux syndicats de salariés à Matignon, tandis que le président Emmanuel Macron, en tournée au Qatar, appelait une nouvelle fois à «la fermeté» envers les auteurs des violences qui ont ensanglanté la France après une journée de mobilisation contre la vie chère.
Selon La Presse.ca, la France a connu une deuxième nuit consécutive de couvre-feux localisés, notamment dans l'hypercentre de Marseille et à Toulouse, après des pillages qui ont visé 3000 commerces samedi en marge des manifestations. Le chef de l'État, qui achève un déplacement de trois jours dans le Golfe très critiqué à domicile, a martelé depuis Doha que «la main ne doit pas trembler au sommet de l'État» pour punir les casseurs.
Un président «absent» très critiqué
Le maintien du voyage présidentiel au Qatar irrite au-delà des rangs de l'opposition. L'ancien président socialiste François Hollande a fustigé un gouvernement «faible» et un président «absent», tandis que le candidat centriste Edouard Philippe a déploré publiquement ce déplacement jugé malvenu en pleine crise. Le Télégramme rapportait déjà dimanche que la CFDT exigeait une rencontre rapide avec les représentants lycéens, étudiant et syndicaux pour répondre à des revendications «trop souvent balayées».
Macron a tenté de justifier son séjour qatari en promettant aux Français «le juste retour» des accords énergétiques conclus, évoquant l'obtention de l'équivalent de 2 TWh par mois de gaz naturel liquéfié pour l'hiver. Il a aussi dénoncé les «dirigeants étrangers» qui «font campagne sur le dos de la France», dans une allusion claire aux propos de Donald Trump et de Benyamin Nétanyahou sur les violences en France.
«Aucune violence n'est légitime, ni verbale, ni physique, ni contre les biens, ni contre les personnes», a tranché le président, jugeant qu'il y avait «eu trop de gens ambigus» sur cette question. Sans constater «d'ingérence étrangère visible», il a toutefois dénoncé «une manipulation étrangère de l'information» ayant donné lieu à des commentaires «inacceptables autant que stupides».
Des syndicats qui n'ont rien entendu
À Matignon, la rencontre a duré deux heures trente. Verdict de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet : aucune mesure concrète pour répondre aux revendications des travailleurs et des lycéens.
«L'heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais», a-t-elle lancé, appelant à faire de la journée intersyndicale du 5 novembre un tournant.
La CFDT et la CGT ont aussi déploré l'absence des organisations lycéennes à cette table, alors que ce sont elles qui ont lancé le mouvement mi-septembre. Selon L'Avenir, le premier syndicat français regrette que «le pouvoir d'achat, qui est la priorité des salariés et des agents, doit être traité urgemment» alors que les organisations de jeunesse étaient absentes du rendez-vous.
Lecornu a promis «des premières annonces» pour les lycéens en «début de semaine prochaine», sur les emplois du temps, les remplacements, la rénovation des bâtiments et la très décriée plateforme Parcoursup. Le Parlement pourra «s'emparer» de ces mesures dans le débat budgétaire, a-t-il assuré.
La CFDT a toutefois averti qu'il n'était «pas question de ne parler que de l'organisation de la mobilisation» du 5 novembre ou de recevoir uniquement «une leçon de responsabilité». Le premier ministre a juré qu'il ne parlerait «pas que» d'ordre public et qu'il ferait «un point très précis» sur le budget et les carburants, dont les prix flambent.
Marchés financiers et climat insurrectionnel
La crise politique inquiète aussi les investisseurs. comme le note Boursorama, le taux d'emprunt de la France est brièvement passé mercredi à plus de 5 % sur dix ans, un niveau inédit depuis 2002. Les violences ont renforcé les doutes des marchés sur la capacité du pays à redresser ses comptes, déjà sous surveillance pour leur déficit et leur dette.
Sur le front judiciaire, la procureure de Paris Laure Beccuau a relevé mardi soir que sur les 557 gardes à vue après les violences et pillages parisiens, 300 personnes ont pour l'heure «comparu devant un magistrat». Un projet de loi «casseurs-payeurs» instaurant une responsabilité civile collective pour les dommages causés lors d'attroupements, décrié par la gauche, a été adopté en commission au Sénat mercredi.
La veille, Lecornu avait dénoncé «la planification, en certains endroits, d'un schéma insurrectionnel mené par des groupuscules d'extrême gauche et de l'ultragauche», visant des «groupuscules factieux» qui voulaient «marcher sur l'Élysée, sur Matignon». Jeudi, il recevra les partis politiques pour aborder la «sécurisation» de la campagne présidentielle et exiger «la condamnation de la violence».
Une crise qui résonne au Québec
Difficile, de ce côté-ci de l'Atlantique, de ne pas voir dans ce bras de fer entre un pouvoir pris de panique et une jeunesse excédée par la vie chère un écho de nos propres batailles sociales. La défense de la liberté de manifester, que Lecornu dit vouloir «garantir» alors que «certains essaient de la dévoyer», reste un principe cardina pour quiconque croit à la démocratie sociale. France 24 rapportait que le premier ministre «a intérêt à répondre aux revendications» des étudiants, lycéens et travailleurs.
Les nouvelles manifestations prévues samedi, à l'appel de gilets jaunes et de mouvements lycéens, puis le 5 novembre à l'appel de l'intersyndicale, annoncent un automne français très chaud. La question qui se pose désormais : le pouvoir écoutera-t-il avant que la rue ne parle plus fort?
Questions fréquentes
Qui a lancé le mouvement de protestation en France?
Les organisations lycéennes ont lancé la mobilisation mi-septembre, suivie des gilets jaunes et des syndicats de salariés, autour de revendications sur la vie chère, les conditions scolaires et Parcoursup.
Quelles sont les prochaines étapes de la crise?
Des manifestations sont prévues samedi à l'appel de gilets jaunes et de mouvements lycéens, puis le 5 novembre lors d'une journée de manifestation et de grève annoncée par l'intersyndicale. Lecornu recevra jeudi les partis politiques.
Qu'a promis le gouvernement français aux lycéens?
Le premier ministre Sébastien Lecornu a promis des «premières annonces» en début de semaine prochaine sur les emplois du temps, les remplacements, la rénovation des bâtiments et la plateforme Parcoursup, que le Parlement pourra aborder dans le débat budgétaire.
