Un ex-détenu promène sa «grotte mobile» en France pour faire peur aux jeunes tentés par la criminalité
Garges-lès-Gonesse — La chaleur est étouffante. Les murs semblent se rapprocher minute après minute. Et la porte est verrouillée à double tour. Adama Camara n’est pas en prison, mais c’est tout comme. Il se tient dans la cellule qu’il a lui-même aménagée dans la boîte d’un petit camion cube. Son objectif : parcourir la France pour ébranler les adolescents tentés par la délinquance, leur montrer que la prison n’a rien d’une récréation.
Un outil de choc pour dissuader les jeunes
«Je voulais faire cet outil pour vraiment choquer les jeunes. Pour leur dire que ce n’est pas de la rigolade, la prison», explique-t-il, assis au fond de sa cellule, baptisée la «grotte mobile». Adama Camara connaît intimement cette réalité. Condamné à huit ans de prison pour tentative de meurtre après avoir ouvert le feu sur un groupe de jeunes de son quartier en 2014, il voulait venger la mort de son propre frère, Sada, tué en 2011 à seulement 17 ans.
Avant son arrestation, lui-même n’avait entendu que des témoignages qui minimisaient la dureté de la vie carcérale. «J’ai eu des amis qui ont fait de la prison avant moi, ils me disaient toujours que ça allait, qu’avec un téléphone et de quoi manger, on pouvait être bien en prison», raconte-t-il. «Quand je suis arrivé, c’est le choc carcéral qui m’a frappé : l’enfermement, entendre des bruits, sentir des odeurs.»
De la vengeance à la prévention
Rapidement après sa sortie de prison en 2018, Adama Camara s’est lancé dans la sensibilisation. «La prison, c’est réel, brutal. Tu peux tout casser dans ta cellule, te dire “faut que je sorte”, mais tu ne sortiras pas», faisait-il valoir cet automne-là, quelques mois après sa remise en liberté, lors d’un événement communautaire relayé par Libération. Il a ensuite créé l’Association Sada, en hommage à son frère.
L’idée de la grotte mobile lui est venue en disposant des chaises dans une classe pour montrer la superficie d’une cellule, et en constatant la surprise sur le visage des adolescents. «La grotte mobile s’inscrit dans un schéma de prévention», explique Séverine Thiolière, coach et consultante au sein de l’Association Sada. «Des milliers» de jeunes sont passés par la grotte mobile dans les derniers mois et «l’impact est immédiat», jure-t-elle, citant l’exemple d’une visite à Meaux où de jeunes adultes prêts à en découdre ont passé plus de 40 minutes dans la grotte avant d’en ressortir totalement chamboulés.
Des écoles, des municipalités, des clubs de sport et des groupes communautaires de toute la France font appel à l’association, ce qui fait accumuler les kilomètres à Adama Camara.
Entre deux scènes de crime
Au-dessus de la porte de la grotte mobile, le numéro 55852 correspond au numéro d’écrou du trentenaire lorsqu’il était incarcéré à la Maison d’arrêt d’Osny-Pontoise, dans le Val-d’Oise. Entre deux interventions, la grotte mobile se repose sur un terrain situé en plein cœur de Garges-lès-Gonesse, une cité populaire au nord de Paris.
À 200 mètres des locaux de l’association se trouve la gare de Garges-Sarcelles, où Sada Camara a été tué à coups de couteau en 2011. Dans l’autre direction : la place des Vergers, où Adama Camara a ouvert le feu. «C’est la vendetta. De génération en génération, les familles vont continuer à se venger ? Il va falloir que cela s’arrête», avait déploré l’avocat général au premier des deux procès de cette série noire.
Rompre la chaîne des vengeances
Rompre la chaîne des vengeances, c’est précisément la mission que se donne Adama Camara. Avec une méthode à l’ancienne, qui considère que la prison peut redevenir un moyen réellement dissuasif pour des jeunes tentés par la criminalité. «Je veux choquer. Choquer les jeunes, choquer l’opinion, explique-t-il. Une fois qu’on a choqué un jeune, on peut construire avec lui.
«J’ai eu des jeunes qui, avant de rentrer dans la grotte, me disaient qu’ils étaient prêts à tuer par vengeance, poursuit l’ex-détenu, qui a perdu son père et a manqué les premières années de sa fille pendant ses années de prison. Une fois qu’on est resté 45 minutes, avec la chaleur, ils m’ont dit qu’en fait, la liberté n’avait pas de prix.»
FAQ
Qu’est-ce que la «grotte mobile»?
Il s’agit d’une cellule de prison reconstituée dans un camion cube, créée par l’ex-détenu Adama Camara pour sensibiliser les jeunes à la dureté de la vie carcérale.
Pourquoi Adama Camara a-t-il créé cet outil?
Pour choquer les adolescents tentés par la délinquance et leur montrer que la prison n’est pas une récréation, brisant ainsi le cycle des vengeances.
Quel est l’impact de la grotte mobile sur les jeunes?
Selon l’association, des milliers de jeunes ont été touchés, et l’impact est immédiat : certains, prêts à tuer par vengeance, en ressortent en disant que la liberté n’a pas de prix.