Geneviève Quinty dirige le Projet Intervention Prostitution Québec depuis 1993, et c'est elle qui a raconté au Journal de Québec, le 20 octobre, le parcours qui l'a menée des rues de Saint-Roch aux bureaux de la direction générale. Son constat en 2026 est sans détour : les ressources se ferment une à une, et les interventions ont de moins en moins de réponses à offrir.
Sa trajectoire, c'est d'abord celle d'une jeune femme qui a connu l'errance. Aujourd'hui, elle est devenue l'une des figures les plus respectées du milieu communautaire de la Vieille-Capitale, et sa leçon vaut qu'on s'y arrête.
Une jeunesse chamboulée, de la Mauricie au mail couvert
Adolescente, Geneviève Quinty voit ses parents quitter Québec pour retourner dans leur Mauricie natale. La décision passe mal. « J'ai suivi à l'époque, mais c'était en campagne, on me sortait de mon milieu et j'ai trouvé ça dur », confie-t-elle au Journal de Québec.
Inscrite au cégep de Shawinigan, elle lâche rapidement tout pour revenir à Québec. Elle se retrouve alors en situation d'errance, aux côtés des sans-abri, des toxicomanes et des prostituées de Saint-Roch, ces personnes marginalisées du quartier qui vivaient pour plusieurs sous le mail couvert.
« C'est un milieu où je me sentais quand même confortable. Je me reconnaissais dans les gens que je rencontrais », dit-elle. Loin d'être un simple mauvais souvenir, cet épisode a aussi été celui de l'aide reçue, et d'une révélation : le travail de rue, une pratique alors « très marginale », née parce que l'institution du travail social ne parvenait pas à rejoindre les personnes les plus laissées de côté.
Un travailleur de rue de passage lui offre, pour ses 18 ans, de lui payer la formation off erte par le Projet Intervention Prostitution Québec (PIPQ). « C'est le plus grand héritage que m'ont laissé mes parents, ce goût de dépanner les gens », ajoute celle qui a grandi dans une famille de journalistes où la simplicité volontaire était de mise : pas de télévision, pas de micro-ondes, pas d'artifices.
De l'errance à la direction du PIPQ
Avant d'entrer au service du PIPQ, Geneviève Quinty a travaillé auprès des jeunes, puis a pris une pause pour réfléchir. Bricoleuse, elle suit une formation d'ouvrier spécialisé en travaux publics, puis une autre pour conduire des autobus. Après un stage, elle passe par l'aide sociale avant de retourner en maison de jeunes.
Le jour où elle applique au PIPQ, on la convoque en entrevue. Elle croyait y rester six mois. Son prédécesseur parti, elle apprend sur le tas à devenir gestionnaire. Elle y est toujours, 32 ans plus tard.
« On n'est pas dans le jugement mais dans l'ouverture, souligne-t-elle. C'est un privilège d'être dans la vie de ces gens-là et qu'ils te fassent confiance. »
Le scandale de la prostitution juvénile : un tournant
Au fil des décennies, Geneviève Quinty a traversé des périodes intenses, dont le scandale de la prostitution juvénile. « Ça a été marquant dans l'histoire, ça a été une enquête sans précédent », relate-t-elle.
Cette crise a paradoxalement permis de créer des réseaux d'intervention et de collaboration qui persistent encore aujourd'hui. Une illustration frappante de ce que le milieu communautaire sait faire quand on lui en donne les moyens, et de ce que le Québec risque de perdre quand les budgets se resserrent.
2026 : des portes qui se referment
C'est le cœur de son message, et il résonne avec ce que vivent des centaines d'organismes communautaires partout au Québec. En 2026, ce que Geneviève Quinty trouve le plus difficile, c'est d'avoir de moins en moins de réponses à offrir aux gens. Des portes qui s'ouvraient dans les années 1990 sont aujourd'hui fermées.
Le mouvement Communauté à boutte, que Le Journal de Québec cite dans son portrait, a justement attiré l'attention sur cette détérioration du filet social et sur le manque de ressources de plus en plus criant. Notre chronique sur
