Le ministre des Finances Nicolas Marceau accuse le budget fédéral de Mark Carney de ne pas répondre aux attentes du Québec et de compliquer le retour à l'équilibre budgétaire promis par Paul St-Pierre Plamondon. Le verdict est tombé jeudi 6 novembre, lendemain du dépôt du budget à Ottawa.
Dans un communiqué, M. Marceau déplore l'absence d'un plan fédéral de retour à l'équilibre et dénonce la mégadéduction imposée « unilatéralement par Ottawa », qui vient bousculer les calculs du nouveau gouvernement péquiste.
La mégadéduction qui fait mal
Le coeur du problème, selon Québec, c'est cette mégadéduction annoncée sans consultation. « Si le gouvernement du Québec procédait à l'harmonisation avec cette mesure fédérale, celle-ci entraînerait un important manque à gagner pour les finances publiques québécoises », écrit le ministre.
Depuis mercredi, M. Marceau refuse d'ailleurs de réitérer l'engagement du PQ de revenir à l'équilibre budgétaire en 2028-2029, soit un an plus tôt que ce que prévoyait le gouvernement de la Coalition avenir Québec. La promesse électorale prend l'eau, et le ministre ne s'en cache pas.
« Le budget fédéral présenté aujourd'hui ne répond pas aux attentes. Les demandes légitimes du Québec n'ont pas été entendues alors que nos finances publiques dépendent grandement des décisions qui sont prises par Ottawa », a-t-il déclaré, selon La Presse.ca.
Le ministre a enfoncé le clou avec une phrase qui fera jaser dans les salons : « C'est le prix de rester dans le Canada et de laisser un autre pays gérer la moitié de nos impôts. »
Une maison « en désordre »
Mercredi, le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon avait affirmé avoir trouvé des « surprises » dans l'état des finances publiques à son arrivée aux commandes de l'État. Sur les médias sociaux, il a accusé la CAQ d'avoir laissé « la maison en désordre », sans préciser de quoi il parlait.
M. Marceau n'a pas remis en question les montants du rapport préélectoral ni l'analyse de la vérificatrice générale. Il a toutefois indiqué qu'il y a un sérieux ménage à faire dans le Plan québécois des infrastructures.
Québec présentera ses actions pour le retour à l'équilibre dans sa mise à jour économique, prévue cet automne.
Des demandes ignorées
Québec avait demandé une hausse des transferts en santé avec un plancher de croissance de 5 % annuellement, une demande reprise par l'ensemble des partis de l'Assemblée nationale, selon Les Affaires. Le gouvernement a aussi réclamé le remboursement, d'ici le 31 mars 2027, des dépenses engagées en 2024 pour les services aux demandeurs d'asile. Bilan : 733 millions déboursés, seulement 43,1 millions remboursés.
Dans un communiqué rendu public jeudi, M. Marceau déplore qu'Ottawa « refuse d'assumer ses responsabilités à l'égard du Québec », rappelle Newswire.ca.
Un point positif : l'itinérance
Le ministre salue néanmoins la contribution fédérale dans la lutte à l'itinérance, une grande priorité de M. St-Pierre Plamondon. « Le gouvernement du Québec s'assurera que les sommes annoncées seront versées rapidement, sans condition et dans le respect des compétences du Québec », a-t-il indiqué.
Le budget fédéral prévoit une enveloppe de 11,2 milliards de dollars sur quatre ans pour la crise de l'itinérance, selon Le Quotidien, et affiche l'ambition d'y mettre fin d'ici dix ans en collaboration avec les provinces et les municipalités, rapporte Radio-Canada. Reste à voir si cette promesse survivra aux négociations intergouvernementales.
Deux rencontres avec Carney d'ici les Fêtes
Mark Carney et Paul St-Pierre Plamondon se rencontreront finalement à deux reprises d'ici les Fêtes, a confirmé jeudi le cabinet du premier ministre. La première rencontre aura lieu au Cambodge, en marge du Sommet de la Francophonie, du 14 au 16 novembre.
La seconde devrait se tenir à Québec, comme l'exigeait M. St-Pierre Plamondon. En début de semaine, il avait accepté la main tendue de M. Carney à condition que leur première rencontre officielle se déroule dans la capitale nationale. Ottawa avait offert trois disponibilités, à Montréal et dans la région d'Ottawa-Gatineau. Les horaires chargés des deux premiers ministres ont eu raison d'une rencontre québécoise avant le Sommet.
Les dates exactes ne sont pas encore connues. Une chose est sûre : l'argent des demandeurs d'asile et les transferts en santé seront en haut de l'ordre du jour.
Questions fréquentes
Pourquoi le budget Carney inquiète-t-il Québec ?
Québec estime que la mégadéduction fédérale, imposée sans consultation, entraînerait un important manque à gagner s'il harmonisait sa fiscalité, ce qui complique le retour à l'équilibre budgétaire promis pour 2028-2029.
Quelles demandes du Québec ont été ignorées ?
Une hausse des transferts en santé avec un plancher de 5 % par année et le remboursement des dépenses liées aux demandeurs d'asile, dont 733 millions déboursés contre 43,1 millions remboursés à ce jour.
Quand Carney et St-Pierre Plamondon se rencontreront-ils ?
Une première rencontre aura lieu au Cambodge en marge du Sommet de la Francophonie, du 14 au 16 novembre, et une seconde à Québec d'ici les Fêtes.
