Le 24 octobre 2026, le chroniqueur P.-O. Zappa posait une question qui fait mal dans Le Journal de Montréal : le nouveau ministère de l'Efficacité gouvernementale sera-t-il, lui aussi, efficace? Entre les gobeules brisées de Consignaction et les déboires de SAAQclic, la piste est loin d'être assurée.
Il ne s'agit pas d'envoyer un homme sur Mars. Il s'agit d'échanger des canettes vides contre un coupon. Et pourtant, même ça, ça semble trop compliqué pour le Québec. C'est tout le constat, savoureux et désolant à la fois, que dresse le texte de Zappa, qui promet des résultats garantis ou argent remis à quiconque veut faire capoter le ministre délégué à l'Efficacité gouvernementale en parlant de Consignaction.
Consignaction : la consigne qui nous épuise
Créée pour nous faciliter la vie, la consigne québécoise nous la complique. Gobeuses en panne, machines qui ne remettent pas de coupon, files interminables devant les centres, points de dépôt situés sur des rues piétonnes sans stationnement ou carrément transformés en halte-chaleur : le portrait brossé par le chroniqueur du Journal de Montréal donne le vertige. Il suffit, écrit-il avec son habituelle verve, de montrer une canette vide à Sébastien D'Astous pour qu'il explose comme une bouteille de Coke dans laquelle on aurait laissé tomber un Mentos.
Rappelons-le sans langue de bois : l'idée de départ était bonne. Élargir la consigne aux contenants, c'est un geste écologique qui s'inscrit dans un modèle québécois qu'on défend fièrement, celui où l'État peut être un levier collectif. Mais un bon programme mal exécuté, c'est comme une piste cyclable qui commence au milieu de nulle part : l'intention est louable, l'expérience est catastrophique. Et quand les citoyens vivent la complication à chaque épicerie, c'est tout le crédit de l'action publique qui en prend pour son rhume.
SAAQclic, ou l'odyssée de l'espace administrative
Zappa enfonce le clou avec SAAQclic, qu'il compare à une superproduction hollywoodienne. Payer son permis de conduire sur internet? Vite, appelons la NASA et donnons-lui des centaines de gonzillions de dollars pour relever ce défi! Le sarcasme est cinglant, mais il rejoint une réalité que des milliers de Québécois ont vécue dans leur chair : des files d'attente numériques dignes d'un lancement de console, des erreurs de facturation, des citoyens épuisés par un système qui devait justement les épargner.
On pourrait rire si ce n'était pas aussi sérieux. Chaque épisode de SAAQclic, chaque gobeule brisée, chaque centre de consigne fermé en pleine canicule, c'est de la confiance publique qui s'évapore. Et la confiance, ça ne se décrète pas dans un communiqué du Conseil des ministres.
Qui est Sébastien D'Astous et pourquoi sa tâche est colossale
Le député d'Abitibi-Ouest, Sébastien D'Astous, hérite du poste de ministre délégué à l'Efficacité gouvernementale dans le nouveau cabinet. Selon Radio-Canada, le nouveau ministre est attendu de pied ferme sur plusieurs dossiers, notamment l'iniquité fiscale entre ce que le Québec rapporte au Trésor fédéral et ce qu'il reçoit, de même que la question des redevances minières.
Voilà un homme qui risque d'être le plus occupé du gouvernement. Zappa écrit qu'il a hâte de le voir à l'œuvre, et il n'est pas le seul. Parce que la question qui trotte dans toutes les têtes, c'est celle-là : ça serait quand même le boutte que le ministre de l'Efficacité ne soit pas efficace.
Un ministère, un nom, un signal
L'ajout du mot « efficacité » dans l'intitulé d'un ministère n'est pas anodin. Une analyse de Belpresse suggère que cette nouvelle appellation pourrait conduire à la création d'une direction spécialisée, voire d'une agence dédiée à l'efficacité publique, afin de mieux articuler la préparation budgétaire, la programmation et l'évaluation de la dépense. L'objectif : institutionnaliser une mission qui existe déjà en partie dans la loi, mais en lui donnant une assise plus visible et potentiellement plus contraignante.
Bonne nouvelle pour les amoureux des services publics bien gérés. Parce que soyons clairs : défendre l'État québécois, ce n'est pas défendre ses lourdeurs. C'est justement parce qu'on croit aux services publics qu'on a le devoir de les exiger efficaces. C'est parce qu'on tient à notre modèle social-démocrate qu'on refuse de le laisser s'enliser dans la paperasse et les chantiers sans travailleurs.
Des chantiers avec pas de travailleurs
Zappa le pointe avec humour : on connaît le groupe de musique Avec pas de casque, on a maintenant des chantiers avec pas de travailleurs. Des travaux routiers censés durer six mois qui s'étirent sur trois ans, des commerces qui ferment à cause de chantiers interminables qui n'en finissent plus de ne plus finir. Pendant ce temps, en Chine, on construit 20 ponts, 14 autoroutes et trois centres-villes.
Le comparatif est abrupt, mais le malaise est réel. Chaque délai supplémentaire, c'est de l'argent public qui brûle, des commerçants qui plient bagage et des citoyens qui se demandent à quoi servent leurs impôts. Pour un gouvernement qui a fait de l'efficacité un ministère à part entière, la barre est haute, et le filet, absent.
Des super ministres à risque
Le chroniqueur relève aussi un autre problème structurel : des ministres qui jonglent avec trois ou quatre portefeuilles en même temps. Une auditrice de QUB radio lui a écrit sa crainte : « Est-ce que nous allons dans le mur en donnant autant de responsabilités à chaque ministre? J'ai bien peur qu'il va y avoir plusieurs dossiers qui vont tomber entre deux chaises. »
La crainte est légitime. La concentration des portefeuilles donne peut-être l'image d'un gouvernement resserré, mais sur le terrain, ça sent la surcharge. Et un dossier qui tombe entre deux chaises, c'est rarement un dossier abstrait : c'est souvent un service que des gens attendent.
Le précédent DOGE : une leçon à ne pas copier
Il faut aussi dire ce qu'il ne faut pas faire. L'obsession de l'efficacité gouvernementale a déjà produit des monstres ailleurs. L'initiative américaine DOGE, lancée par le deuxième gouvernement Trump à l'instigation d'Elon Musk en 2025, a cessé ses opérations le 4 juillet 2026, comme le documente Wikipedia. Couper à la truelle au nom de l'efficacité, ce n'est pas rendre un service plus efficace : c'est le démanteler. Le Québec doit viser l'inverse, un État qui fonctionne mieux, pas un État qui disparaît.
Ce qui attend le ministre D'Astous
Les prochains mois seront révélateurs. Sébastien D'Astous a devant lui un chantier immense : réparer Consignaction, faire oublier SAAQclic, débloquer des chantiers et remettre de l'ordre dans une machine administrative qui décourage les Roger de Saint-Cyril-de-Wendover qui veulent simplement renouveler leur permis classe 3.
Et comme le conclut avec ironie le chroniqueur du Journal de Montréal : on est au Québec, rien ne me surprendrait. Après tout, on a élu un parti indépendantiste à condition qu'il ne parle pas d'indépendance, fa que... à partir de là, tout est possible.
FAQ
Qui est le ministre délégué à l'Efficacité gouvernementale?
Sébastien D'Astous, député d'Abitibi-Ouest, occupe ce poste dans le nouveau gouvernement. Selon Radio-Canada, il est attendu sur les dossiers d'iniquité fiscale et de redevances minières.
Quels sont les principaux fiascos administratifs cités par la chronique?
Le chroniqueur P.-O. Zappa pointe notamment Consignaction, avec ses gobeules brisées et ses files interminables, de même que SAAQclic, dont les déboires ont marqué le renouvellement des permis de conduire en ligne.
Le nouveau ministère de l'Efficacité pourrait-il changer les choses?
Une analyse de Belpresse suggère que l'inscription explicite de cette compétence pourrait mener à une direction spécialisée ou à une agence dédiée à l'efficacité publique, avec un suivi plus contraignant de la dépense.
