Le commerçant de Beauport qui vendait des tuques arborant l'inscription « Va chier Marchand » a changé de ton, samedi 24 octobre : Richard Poulin s'est engagé à remettre les quelque 2000 $ amassés à un organisme venant en aide aux personnes en situation d'itinérance, choisi par le maire Bruno Marchand lui-même.
L'annonce, faite sur les réseaux sociaux, met fin à une polémique qui a fait beaucoup jaser à Québec cette semaine. Le propriétaire du Bar Sports Vegas dit vouloir « embarquer dans le mouvement » lancé par le maire, qui invitait les citoyens à verser 20 $ aux organismes d'aide aux personnes itinérantes plutôt que d'acheter la tuque controversée, selon TVA Nouvelles.
Un revirement qui tranche avec les derniers jours
Richard Poulin ne marchait pas dans la dentelle, ces derniers jours. Il défendait ouvertement la vente de ses tuques à 19,99 $, malgré la vague de critiques qui déferlait sur son établissement du boulevard Sainte-Anne. Samedi matin, le ton a changé du tout au tout.
« Ce matin, j'ai vu ce que le maire Marchand propose aux citoyens de Québec et, honnêtement, j'ai adoré l'idée ! », a-t-il écrit sur Facebook. Il a confirmé qu'il versera lui aussi un don de 20 $.
Le commerçant est même allé plus loin. « Les quelque 100 tuques que j'ai vendues, représentant environ 2000 $, je suis prêt à remettre la TOTALITÉ de cette somme à un organisme de son choix », a-t-il annoncé, une initiative que Noovo Info rapportait également en fin de journée.
« En voyant cette initiative, je retrouve le côté humain et le grand cœur que j'avais reconnu chez lui », a-t-il ajouté, rappelant au passage qu'il avait voté pour Bruno Marchand par le passé.
« Parce qu'au-delà de la politique, des chicanes et des désaccords, il y a des gens qui ont besoin d'un coup de main. Et quand on peut faire une différence, pourquoi pas ? », a-t-il poursuivi.
D'où vient cette histoire de tuque?
Pour comprendre la saga, il faut remonter à la semaine dernière. Un automobiliste a lancé un « Va chier, Marchand » au maire de Québec pendant qu'il tenait une conférence de presse pour annoncer le Corridor VivaCité, un projet de piste cyclable dans le secteur de Charlesbourg. Richard Poulin a ensuite transformé le cri en marchandise, et l'affaire a pris des proportions insoupçonnées.
La controverse a pris une tournure politique quand les liens entre le commerçant et le chef de l'opposition municipale, Stéphane Lachance, ont été soulevés. Le maire avait pressé ce dernier de se dissocier du commerçant, ce que M. Lachance a fait en condamnant les insultes envers les élus. Richard Poulin, dont la photo de profil Facebook le montre aux côtés de Lachance, s'est excusé auprès de l'organisme Respect Citoyen.
Le commerçant a toujours maintenu que la vente des tuques était une initiative personnelle, tout en gardant ses critiques envers le maire, notamment sur l'aménagement de pistes cyclables devant son bar. Le Journal de Montréal rapportait d'ailleurs vendredi que Bruno Marchand avait dénoncé l'incivilité visant les élus, tout en défendant le droit des citoyens de contester les décisions municipales.
La réplique de Bruno Marchand : transformer l'insulte en solidarité
C'est là que le maire a montré un doigté politique remarquable. Plutôt que de s'enliser dans une guerre de tranchées avec un commerçant fâché, Bruno Marchand a proposé vendredi que chaque citoyen agacé par la tuque verse plutôt 20 $ à un organisme qui vient en aide aux personnes en situation d'itinérance.
Le geste a visiblement désarmé son adversaire. En une publication, Richard Poulin est passé de vendeur de tuques insultantes à donateur solidaire. Une leçon de politique apaisée, à l'heure où les invectives contre les élus semblent devenir monnaie courante.
Ce revirement illustre aussi quelque chose de plus profond sur la ville elle-même. Québec compte des personnes itinérantes qui ont bien besoin de ces 2000 $, bien plus que la polémique des pistes cyclables n'a besoin d'alimenter les réseaux sociaux. La cause, elle, sort gagnante de toute cette histoire, comme le soulignait La Voix de l'Est : de l'insulte à la solidarité, la guerre des tuques pourrait finalement avoir du bon.
Reste à voir si le maire acceptera l'offre du commerçant et quel organisme touchera la somme. Le Nouvelliste notait d'ailleurs que l'affaire a aussi fait des vagues à Lévis, où une « guerre des tuques » solidaire s'est mise en branle.
Ce que ça change pour Québec
Au-delà de l'anecdote, cette saga en dit long sur le climat politique municipal. Les débats sur le transport actif, les pistes cyclables et l'aménagement urbain crispent, et les élus en prennent pour leur grade. Mais voilà un épisode qui se termine par un chèque de 2000 $ pour les plus démunis, plutôt que par une escalade d'insultes.
Bruno Marchand a retourné la situation avec l'élégance qu'on lui connaît. Richard Poulin a su reconnaître un bon geste quand il en a vu un. Parfois, la politique municipale sait encore nous surprendre dans le bon sens.
Questions fréquentes
Combien d'argent la vente des tuques « Va chier Marchand » a-t-elle générée?
Richard Poulin a vendu environ 100 tuques à 19,99 $ chacune, pour un total d'environ 2000 $ qu'il s'est engagé à remettre en totalité à un organisme choisi par le maire Bruno Marchand.
Pourquoi Bruno Marchand invitait-il les citoyens à donner 20 $?
Vendredi, le maire de Québec a proposé que les citoyens versent plutôt 20 $ à un organisme venant en aide aux personnes en situation d'itinérance, au lieu d'acheter la tuque insultante.
D'où vient l'expression « Va chier Marchand »?
L'expression provient d'un cri lancé par un automobiliste au maire de Québec pendant une conférence de presse annonçant le Corridor VivaCité, un projet de piste cyclable dans le secteur de Charlesbourg.
