Le ministère américain de la Défense et Lockheed Martin ont conclu, le 22 octobre 2026, un accord-cadre portant sur la fourniture d'au moins 850 chasseurs bombardiers furtifs F-35 au cours des dix prochaines années, à condition que le Congrès des États-Unis donne son feu vert.
L'entente, annoncée jeudi, vise à « renforcer et à moderniser » la flotte américaine de F-35 Lightning II Joint Strike Fighter, a expliqué le Pentagone dans un communiqué rapporté par TVA Nouvelles. Les parlementaires de Washington devront encore approuver les crédits budgétaires correspondant aux lots d'attribution 21 à 30 avant que des contrats définitifs, précisant prix et calendriers, ne soient signés.
Un plancher de 850 appareils, des économies d'échelle promises
L'accord garantit « un plancher de 850 appareils sur une décennie » et inclut la fourniture des pièces détachées, des équipements de remise à niveau et la maintenance de l'ensemble de la flotte, a précisé le Pentagone, cité également par Le Devoir. En contrepartie, Lockheed Martin s'est engagé à investir au moins sept milliards de dollars US pour accroître ses capacités industrielles et logistiques.
Le groupe de Bethesda, au Maryland, table sur une cadence annuelle de production de 156 avions. Avec un tel volume, il prévoit réaliser des économies d'échelle qui abaisseraient le prix unitaire pour l'armée américaine et ses alliés. Lockheed estime que le programme soutiendra 317 000 emplois et générera près de 80 milliards de dollars US d'activité économique au cours des dix prochaines années.
« Nous avons fondamentalement changé notre manière de stabiliser la base industrielle de défense américaine afin de produire rapidement et à grande échelle », a relevé Michael Duffey, ministre adjoint de la Défense, cité dans le communiqué du Pentagone.
Ce contrat pluriannuel « consacre le rôle » du F-35 comme « principal avion de combat de première ligne du monde libre pour les années à venir », s'est félicité James Taiclet, président-directeur général de Lockheed Martin, lors d'une audioconférence avec des analystes consacrée aux résultats du troisième trimestre. Un moteur de croissance durable pour l'entreprise, a-t-il ajouté.
Un avion en pleine effervescence géopolitique
Le F-35 existe en trois versions et les forces américaines l'ont utilisé récemment dans la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Environ 1375 exemplaires sont actuellement disséminés à travers le monde, selon Lockheed. Les États-Unis ont d'ailleurs approuvé en septembre 2026 la vente de 48 exemplaires à l'Arabie saoudite, pour 24,3 milliards de dollars.
Un accord similaire devrait suivre entre le Pentagone et Pratt & Whitney, filiale de RTX, qui fournit les moteurs de ces appareils. Selon la presse spécialisée, les lots 18 et 19 du budget militaire prévoyaient fin 2025 la livraison cumulée de 296 F-35 pour environ 24 milliards de dollars US pour Lockheed et 6,6 milliards pour Pratt, rappelle Le Figaro. Vers 17h30 GMT, l'action Lockheed Martin gagnait 5,48 % à la Bourse de New York.
Une industrie de la défense en surrégime
À l'instar de ses concurrents comme RTX, BAE Systems, Northrop Grumman, GE Aerospace ou Boeing, Lockheed multiplie les contrats, la plupart exigeant des investissements pour accroître les capacités de production. Même le constructeur automobile General Motors a été mis à contribution pour livrer des composants de missiles intercepteurs PAC-3, une première alors que les États-Unis tentent d'accélérer la reconstitution de leur arsenal, amoindri par la guerre contre l'Iran.
Le fabricant d'hélicoptères Sikorsky, filiale de Lockheed Martin, a aussi reçu fin septembre de l'armée de Terre américaine une commande immédiate pour seize Black Hawk, pouvant atteindre plus d'une centaine « dans les prochaines années ». D'après le budget 2027 du ministère, cet hélicoptère coûte un peu moins de 40 millions de dollars US. Mais Lockheed n'a pas été sélectionné en mars 2025 pour fabriquer l'avion de combat de nouvelle génération de l'armée de l'air américaine, le F-47 : c'est Boeing qui a été choisi.
Ce que ça signifie pour le Québec et le Canada
Pour nous, Québécois et Québécoises, cette nouvelle mérite réflexion. Le Canada participe au programme du F-35 depuis ses débuts et des centaines d'entreprises canadiennes, dont plusieurs au Québec, tirent des contrats industriels de participation à la chaîne d'approvisionnement. Un plancher de 850 appareils sur dix ans, avec la maintenance de toute la flotte mondiale, c'est de la stabilité pour ces sous-traitants montréalais et sherbrookois qui usinent des pièces de haute précision.
Reste la question de fond, celle qui fâche : faut-il applaudir à l'emballement de l'industrie de l'armement? Un monde où les grandes puissances reconstituent leurs arsenaux à grands frais, pendant que nos services publics croulent sous les pressions budgétaires, pose un vrai dilemme de société. Chaque F-35 coûte des dizaines de millions de dollars US, de l'argent public qui ne va ni dans nos CPE, ni dans nos hôpitaux, ni dans la transition verte. Les mouvements pacifistes et syndicaux québécois, qui ont toujours questionné les dépenses militaires, auront de quoi nourrir le débat.
Certes, les retombées industrielles chez nous sont réelles et l'autonomie technologique compte. Mais on peut souhaiter prospérité pour nos travailleurs de l'aéronautique tout en demandant à nos gouvernements de garder la tête froide face à la logique de réarmement qui s'installe partout sur la planète.
Questions fréquentes
Combien de F-35 le Pentagone compte-t-il acheter?
Au moins 850 chasseurs F-35 sur dix ans, un plancher garanti par l'accord-cadre annoncé le 22 octobre 2026, en attendant l'approbation du Congrès américain.
Quelle entreprise fabrique le F-35?
Lockheed Martin assemble le F-35 à Bethesda, au Maryland, tandis que Pratt & Whitney, filiale de RTX, fournit les moteurs des appareils.
Combien coûte le programme F-35?
Les lots 18 et 19 du budget militaire prévoyaient fin 2025 environ 24 milliards de dollars US pour Lockheed et 6,6 milliards pour Pratt & Whitney, selon la presse spécialisée.
Combien d'emplois le programme soutient-il?
Lockheed Martin estime que le F-35 soutiendra 317 000 emplois et générera près de 80 milliards de dollars US d'activité économique au cours des dix prochaines années.
