New York tend la main aux Québécois en pleine guerre commerciale
(New York) Alors que la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis atteint des sommets, l'Office de tourisme de New York lance une campagne pour ramener les touristes canadiens dans la Grosse Pomme. Une initiative audacieuse, presque ironique, qui survient au moment où les relations entre nos deux pays sont au plus bas. J'ai sillonné les rues de Manhattan pour sonder les New-Yorkais, et leur message est clair : ils nous aiment, et ils nous comprennent.
La dernière fois que je posais mes valises à New York pour un reportage, en juin 2020, la ville rouvrait tout juste ses portes après une pandémie dévastatrice. L'accueil avait été chaleureux. Six ans plus tard, le scénario se répète, mais dans un contexte bien différent. En pleine escalade tarifaire, me voilà de nouveau dans la Grosse Pomme, accueillie à bras ouverts. « On ne voit plus beaucoup de Canadiens, m'a lancé le préposé de mon hôtel. C'est dommage, on vit tous sur la même planète, nous sommes tous humains. Il faut s'aimer. »
Une ville déchirée entre amour et respect
Mardi, j'ai arpenté la ville à la rencontre des New-Yorkais, à la recherche d'un message pour leurs voisins du Nord. Mission parfois ardue : plusieurs sont encore en vacances, et la ville regorge de touristes européens. Quant aux New-Yorkais « pur jus », plusieurs étaient frileux à l'idée de s'exprimer. « Nous sommes employés ici », m'a répondu une femme devant un Shake Shack de Madison Square, en désignant son uniforme. « Notre employeur n'apprécierait pas que nous parlions de politique, c'est trop délicat. Ce que je peux vous dire, c'est qu'il ne faut pas vous priver de venir dans notre belle ville. Laissez la politique de côté et revenez ! »
Matt, rencontré au Pier 57 sur les rives de l'Hudson, n'a pas la même retenue. Employé dans un comptoir alimentaire, il avoue avoir poussé un gros « Yesssss » en apprenant que le Canada s'était retiré des négociations vendredi. « J'adore le Canada et j'adore Montréal, que j'ai visité durant la Fierté », lance-t-il. Son message aux Canadiens ? « On vous aime. Stay strong et merci pour les Kids in the Hall ! »
« On ne peut pas espérer un meilleur voisin »
Alexander Baxter, croisé à Union Square, ne mâche pas ses mots. « Mais pourquoi les Canadiens voudraient venir ici ? C'est la définition de l'ironie que New York lance une campagne à ce moment-ci. » Son message, griffonné sur un Post-it, est éloquent : « Tout ça sera terminé bientôt », écrit-il en anglais, avant d'ajouter en français : « J'espère. »
Originaire de Detroit, il rappelle : « Vous savez, près du pont que vous avez payé ! » Sidéré par la situation, il confie : « Je lis les journaux chaque jour. Je croyais que notre Cour suprême avait statué que les droits de douane étaient invalides ? » Pour lui, la conclusion est simple : « On ne peut pas espérer un meilleur voisin que vous. Mais notre président, lui, veut être ami avec la Corée du Nord ! »
Même son de cloche chez Jina, rencontrée au pied du Flatiron. « J'ai une nièce dont le père est Canadien, et je l'encourage à prendre la nationalité canadienne, confie la dame, qui vit dans le Queens. Si je n'étais pas à l'âge de la retraite, j'irais vivre ailleurs. »
Les touristes étrangers solidaires du Canada
Ma petite enquête m'a aussi menée vers des visiteurs d'ailleurs, qui observent la situation avec un regard critique. Deux Allemands en visite à New York n'ont pas de message spécifique pour les Canadiens, mais tiennent à partager leur sentiment : « Nous sommes dégoûtés par les mêmes choses que vous. »
Un couple suisse, à sa cinquième visite dans la Grosse Pomme, abonde dans le même sens. « Le premier ministre Carney a pris la bonne décision en mettant fin aux négociations avec les États-Unis », estime Karim Khalifa. « On aime beaucoup New York, mais si j'étais Canadien, je ne pense pas que je viendrais ici en touriste », observe-t-il, pendant que sa conjointe écrit sur un Post-it : « Vive le Canada ! Respect ! »
« Revenez ! » : l'appel du cœur des New-Yorkais
Les New-Yorkais aiment profondément leur ville et souhaitent la faire aimer. Ma petite enquête n'a rien de scientifique, mais une chose est claire : plusieurs sont déchirés entre l'envie de dire « revenez ! » et le respect qu'ils portent aux Canadiens qui préfèrent passer leur tour. Je m'attendais à entendre des « restez chez vous si vous n'êtes pas contents ». Cela n'est jamais arrivé, pas une seule fois.
« Venez dans la ville qui ne dort jamais, écrit Adia Rothschild sur un Post-it. Pour l'énergie, les arts et la culture du monde entier dans une seule ville. New York vous aime. »
Nixa Davila, rencontrée près de la 5e Avenue, insiste : « La vie, c'est explorer et s'exposer à des choses différentes. Il ne faut pas se soumettre au ridicule et à la petitesse de notre gouvernement. »
New York n'est pas le problème, ce sont les États-Unis
Livia, qui discute souvent de la situation avec ses amis canadiens, résume bien le sentiment général. « J'ai plusieurs amis canadiens qui vivent ici, me glisse la jeune femme, rencontrée à la sortie du parc pour chiens de Washington Square. Ils songent à retourner au Canada, car ils se demandent pourquoi ils resteraient ici dans le contexte actuel. Mais ce n'est pas New York le problème, ce sont les États-Unis. New York est une ville très amicale. Ne laissez jamais quelqu'un vous dire le contraire ! »
Mia Valentini, venue du Texas pour deux semaines de répit à Manhattan, apporte une nuance intéressante. « J'habite dans une petite ville où il y a beaucoup de républicains qui parlent très fort », dit-elle. Elle apprécie New York pour sa diversité : « Il y a sûrement des suprémacistes blancs à New York, et j'ai croisé quelques casquettes MAGA. Mais ces gens doivent accepter de cohabiter avec des gens qui ne pensent pas comme eux. C'est ce qui fait que New York fonctionne comme ville. »
Je laisse le mot de la fin à Max Pheifer, New-Yorkais depuis sept ans : « Je regrette l'état actuel de la relation entre les États-Unis et le Canada, écrit-il. J'espère que nous pourrons retrouver un contexte où les Canadiens se sentiront encouragés à visiter les États-Unis. »
Je l'espère aussi. Car je sais que les Québécois sont nombreux à s'ennuyer de New York. Leur sacrifice de ne pas y mettre les pieds est encore plus grand.