Québec au centre de la campagne, Montréal laissée pour compte
Les cinq principaux chefs de parti font la cour à la région de Québec, mais délaissent la métropole. En pleine mi-campagne, l'analyse des déplacements des chefs révèle des stratégies bien différentes. Et pendant que certains ratissent large, d'autres concentrent leurs efforts dans des circonscriptions ciblées.
Pourquoi la région de Québec attire-t-elle autant les chefs?
La Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches ont accueilli 36% des arrêts de campagne depuis le début. Pourtant, ces deux régions ne représentent que 14% de la population québécoise. «C'est énorme!» s'exclame Thierry Giasson, professeur de science politique à l'Université Laval. Selon lui, la campagne conservatrice très axée sur Québec a forcé les autres partis à s'y intéresser, d'autant plus que plusieurs circonscriptions y sont chaudement disputées.
Montréal, la grande oubliée
Malgré son poids démographique (le quart de la population), l'île de Montréal n'a attiré que 8% du temps des chefs, en excluant les débats. «Si j'étais la mairesse de Montréal, je serais catastrophée», lance le professeur Giasson. La mainmise du Parti libéral sur l'ouest de l'île expliquerait en partie ce désintérêt.
La Côte-Nord et la Gaspésie ignorées
Aucun chef n'a encore visité ces deux régions. Les distances et le faible nombre de circonscriptions en jeu découragent les caravanes électorales, explique le spécialiste.
Éric Duhaime mise tout sur Québec
Le chef conservateur a passé 77% de sa campagne dans la grande région de Québec, ne visitant que 22 circonscriptions en 20 jours. Une stratégie de niche qui pourrait payer ou se retourner contre lui.
Charles Milliard, le grand rassembleur?
Critiqué pour son manque de visibilité, le chef libéral a pourtant effectué 62 sorties, plus que tous ses adversaires. «On dit qu'on ne le voit nulle part, pourtant il est partout!» s'étonne Thierry Giasson, qui souligne ses efforts en Estrie et en Mauricie.
Christine Fréchette discrète mais stratégique
Avec seulement 47 arrêts, la cheffe caquiste a visité 42 circonscriptions différentes. Elle cible les banlieues de Montréal, Québec et la Mauricie, là où les luttes sont serrées.
Paul St-Pierre Plamondon joue la carte de la prudence
Le chef péquiste concentre ses efforts dans la Capitale-Nationale, le Bas-Saint-Laurent, le Centre-du-Québec et la Montérégie. Thierry Giasson s'attend à le voir débarquer à Montréal, notamment dans l'est de l'île, où le PQ pourrait faire des gains.
Québec solidaire courtise les étudiants
Ruba Ghazal suit la même stratégie qu'en 2018 et 2022: aller là où il y a des cégeps et des universités. QS est d'ailleurs le seul parti à s'attarder un peu dans la métropole, avec trois visites à Verdun.
La suite de la campagne nous dira si ces stratégies porteront leurs fruits. Une chose est sûre: Montréal et les régions éloignées ne seront pas en reste pour les prochaines semaines.