La voix des régions s'éteindra si on continue de l'ignorer
J'ai les deux mains dans la sauce tomate, ces temps-ci. Pendant que je vois mon voisin charrier son blé frais récolté, la radio en arrière-plan annonce les dernières propositions des chefs de partis. Visiblement, ma campagne à moi n'a rien à voir avec la leur.
Ce qui tourne en boucle dans ma tête et qui n'en sort pas, c'est cette surenchère sur le dégraissage de l'État et les promesses de coupes draconiennes dans la fonction publique.
La fonction publique, une force pour les régions
Ce monde-là, c'est une force incroyable pour les régions qui permet de prendre des décisions plus pertinentes et efficaces. Les politiciens ont toutefois réussi à nous faire croire le contraire. Ce qu'il faut en déduire, c'est que la classe politique veut farouchement garder le pouvoir entre ses mains.
Quand l'État ne fait plus confiance au milieu
Une connaissance qui travaille dans la fonction publique me racontait qu'au tournant des années 2000, une demande d'aide financière à l'État pouvait se résoudre en 48 h.
Aujourd'hui, avec les mêmes exigences de conformité et notions de contrôle, ça peut prendre 4 à 6 mois avant d'obtenir une réponse. Pourquoi ? Parce qu'il faut presque une décision du ministre en personne pour octroyer une somme à un organisme.
Depuis 20 ans, le pouvoir a quitté les mains des fonctionnaires locaux, fins connaisseurs de leur milieu. Il a été réparti dans tous les échelons possibles à travers des pré-analyses locales, des comités nationaux de réanalyse, des revalidations des recommandations, et j'en passe. Les va-et-vient avec Québec sont complètement contre-productifs. Il est là, le problème : le déni de confiance envers les plus petits paliers en région. Québec veut le fin mot de l'histoire sur chaque dollar qui est dépensé.
Une approche peu adaptée aux réalités du terrain
Tout ça me fait penser à un organisme en aide alimentaire qui déplorait que les budgets soient strictement réservés pour des comptoirs alimentaires fixes. Avec le territoire qu'il avait à desservir et son type de clientèle, il avait plutôt besoin d'une camionnette équipée pour aller vers les gens. Or, cette dépense était jugée inadmissible.
Rien à faire. Québec avait décidé que c'était d'même pis c'est toute. Imaginez à quel point il doit être frustrant pour un organisme d'être contraint d'avoir pignon sur rue, sans possibilité de mobilité, quand sa clientèle est éparpillée dans un chapelet de villages dans un rayon de 30 kilomètres, que les bus sont inexistants et que le gaz coûte 2 $ le litre !
Qui est-ce qui va shaker le pommier des décideurs pour leur faire entendre raison ? Des nuances et des subtilités territoriales, sociodémographiques, géographiques, il y en a des tonnes. Ce n'est pas vrai qu'un parti politique avec deux ou trois députés par région pourra respecter ses engagements. C'est une vue de l'esprit !
Des coupes qui fragilisent déjà les régions
Le râteau a déjà été passé partout dans les bureaux de fonctionnaires en région. Combien de postes vacants ont tout simplement été abolis dans la dernière ronde de coupes ? Combien de directions régionales ont été rabibochées ensemble pour faire des économies de bout de chandelle ? Quand la poignée de fonctionnaires qui reste doit répondre en même temps aux besoins de l'Outaouais, de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, on ne peut s'étonner de l'inefficacité du système.
Et les deux mains dans la sauce tomate, je ne peux m'empêcher de croire que la voix des régions s'éteindra à petit feu si on continue de l'ignorer.