Aboubacar Sissoko s'apprête à disputer samedi à Calgary le match retour de la demi-finale de la Première ligue canadienne avec le FC Supra, dix ans après avoir survécu à une malaria qui l'a plongé trois jours dans le coma. Le vétéran de 31 ans, deux fois champion avec le Forge de Hamilton et une fois avec l'Atlético d'Ottawa, a raconté son parcours à La Presse mercredi dernier, après l'entraînement de l'équipe à Laval.
Le Supra abordera ce rendez-vous décisif avec une avance de 2-1 acquise au match aller, dimanche dernier, face au Cavalry. Et pour franchir le dernier pas, le club québécois comptera justement sur la résilience de son milieu de terrain, arrivé au bercail cette saison.
« À quelques heures de mourir »
C'était en 2015. Sissoko, alors joueur de l'équipe nationale U20 du Mali, avait contracté la malaria lors d'un voyage en vue de la Coupe d'Afrique, tournoi qualificatif pour la Coupe du monde U20. Les effets de la maladie se sont manifestés à son retour à Montréal.
« En sortant de la voiture, je suis tombé, et je me suis réveillé trois jours plus tard », a-t-il confié, précisant qu'il était « à quelques heures de mourir » lorsque son grand frère l'a emmené à l'hôpital, à l'initiative de la famille.
« Quand tu sors de ça, tu vois que tu es un miraculé », a-t-il ajouté. « Te lever le matin, avoir la force, la santé, il faut être reconnaissant. C'est grâce à tout ça que maintenant, je ne lâche rien. Chaque minute que je passe sur le terrain, je me donne à fond, parce que demain, ce n'est pas garanti. »
Une vie marquée par l'épreuve
Né à Bamako, capitale du Mali, Sissoko a immigré à Montréal avec sa famille à l'âge de 11 ans, son père étant diplomate. En 2012, ce dernier est mort subitement, à 58 ans. En mai 2020, Aboubacar, ses deux frères et sa sœur ont perdu leur mère, elle aussi à 58 ans.
« Ça m'a forgé, honnêtement, raconte Sissoko d'une voix douce et grave. C'est grâce à ces épreuves-là que mentalement, je suis quelqu'un de très, très fort. Il n'y a rien qui peut rentrer dans ma tête. Je veux continuer à pousser pour les rendre fiers. »
De Mont-Royal au professionnalisme
Le passage du semi-pro québécois aux rangs professionnels s'est fait avec les Wanderers de Halifax en 2020, après un essai avec les Whitecaps de Vancouver en MLS. Son nom circulait alors partout au Canada grâce à ses exploits avec les Carabins de l'Université de Montréal. On lui a même décerné le titre d'athlète de l'année du sport universitaire canadien en 2020, six semaines après la mort de sa mère.
« Je me fous un peu des récompenses individuelles, mais ça me tenait à cœur de l'avoir, parce que cette année-là, ma mère s'était déplacée pour aller voir tous mes matchs. Que ce soit à Montréal, à Québec, à Trois-Rivières. Je voyais toujours le sourire dans ses yeux », a-t-il expliqué.
Il a ensuite papillonné entre Halifax, l'Indy Eleven, le Forge en 2022 et 2023, l'Atlético d'Ottawa en 2024 et 2025, avant de rentrer au pays avec le Supra en 2026.
Un mentor retrouvé à Laval
Avec l'entraîneur Kyt Selaidopoulos, ancien adjoint à Hamilton, Sissoko retrouve un mentor qui l'encadre depuis l'âge de 14 ans, alors qu'il évoluait avec le CS Mont-Royal Outremont.
« Chaque fois, il raconte les mêmes anecdotes, lance Sissoko en riant. Il dit que je portais des chaussettes élevées, que mes maillots étaient trop grands pour moi ! »
Sissoko a été 21 fois titulaire en 32 matchs du Supra cette saison, dont les six rencontres dirigées par Selaidopoulos depuis son arrivée en septembre.
« Abou, c'est un bon humain, nous dit le coach québécois. Il a compris le métier, ce que c'est d'être un professionnel. Abou doit aussi être dans une structure très encadrée. Quand il comprend, il peut performer au sommet de sa forme. »
Un guerrier qui transmet
Le capitaine David Choinière, qui a porté les couleurs du Forge pendant six ans, décrit son coéquipier comme « un guerrier ».
« Peu importe le défi qu'il a devant lui, il va toujours trouver une façon de se relever, croit Choinière. C'est un exemple pour ce qui est de donner l'effort, et de travailler. »
Les deux hommes comptent parmi les plus expérimentés du noyau, et ils tentent de transmettre ce vécu gagnant aux plus jeunes, notamment ceux qui font leurs premiers pas dans le monde professionnel.
« Ce n'est pas facile de se rendre en finale, estime Selaidopoulos. Ce n'est pas facile de se qualifier en séries, et ce n'est pas facile de gagner un match dans les séries. Lui, il l'a vécu, et il prend le temps d'en parler avec les jeunes. »
Et à quoi s'attend l'entraîneur de la part de Sissoko samedi, à Calgary ?
« Qu'il joue le plus grand match de sa vie. »
FAQ
Qu'est-ce qui est arrivé à Aboubacar Sissoko en 2015 ?
Il a contracté la malaria lors d'un voyage avec l'équipe U20 du Mali et est resté trois jours dans le coma à son retour à Montréal. Selon lui, il était « à quelques heures de mourir ».
Quelle est la carrière d'Aboubacar Sissoko en PLC ?
Il a remporté deux championnats avec le Forge de Hamilton et un avec l'Atlético d'Ottawa, avant de joindre le FC Supra en 2026.
Quand aura lieu le match retour de la demi-finale du Supra ?
Samedi, à Calgary, contre le Cavalry. Le Supra mène 2-1 au cumulatif après le match aller.
