AOC enterre le wokisme: la gauche américaine fait son mea culpa
New York, figure de proue de la gauche américaine, Alexandria Ocasio-Cortez a surpris tout le monde en déclarant que le wokisme, dans sa première mouture, était allé trop loin. Une position qui la rapproche, sur ce point précis, de Donald Trump et de Ron DeSantis.
Lors d'une entrevue accordée à l'émission This Week d'ABC le 9 août dernier, la représentante démocrate de New York a repris à son compte une formule de son conseiller municipal: «Woke 1 était dingue». Elle réagissait ainsi à la défaite de la socialiste Francesca Hong, qui avait perdu la primaire démocrate pour le poste de gouverneur du Wisconsin après avoir prôné l'abolition de la police et l'annulation de Thanksgiving.
Le wokisme, un phénomène de pandémie?
Pour AOC, cette première vague de wokisme a atteint son sommet pendant les confinements liés à la COVID-19, une période marquée par les manifestations suivant le meurtre de George Floyd. «Nous étions vraiment ouverts à envisager toute politique susceptible de nous mener vers une situation meilleure», a-t-elle expliqué, elle qui s'était alors déclarée en faveur du définancement de la police.
Mais aujourd'hui, elle admet que cette mouture était «délirante». Une déclaration qui sent la stratégie politique, alors qu'elle songe sérieusement à briguer la présidence en 2028.
La leçon de Kamala Harris
Le sociologue Musa al-Gharbi, auteur de We Have Never Been Woke, y voit une manœuvre habile, mais risquée. «D'un côté, c'est sans doute une bonne idée pour AOC de prendre ses distances avec les excès du Great Awokening», dit-il. «Mais cette déclaration a probablement déplu à plusieurs personnes.»
Le précédent de Kamala Harris est dans toutes les têtes. En 2024, Donald Trump avait exploité l'appui de sa rivale au financement public des soins de transition pour les personnes incarcérées, une position qu'elle n'avait ni reniée ni défendue. Les démocrates ont tiré la leçon: mieux vaut faire son mea culpa rapidement.
Le maire de New York, Zohran Mamdani, a d'ailleurs emboîté le pas à AOC en affirmant que «ce à quoi vous croyez peut changer», avant de préciser qu'il n'était plus favorable au définancement de la police.
Le wokisme, pas qu'une affaire de jeunes aux cheveux bleus
Mais Musa al-Gharbi reproche à AOC d'avoir traité le sujet avec trop de désinvolture. «La manière plutôt désinvolte et détachée dont elle en a parlé laissait penser qu'il s'agissait d'un mouvement qui se limitait à quelques jeunes aux cheveux bleus sur des campus», déplore le professeur de l'Université d'État de New York à Stony Brook.
Il rappelle que le wokisme a profondément transformé l'économie symbolique: conseil, finance, ressources humaines, médias, culture, technologie et enseignement supérieur. «Des carrières se sont faites, d'autres ont été brisées. Les normes ont changé durablement. Et il y a également eu des conséquences électorales significatives», souligne-t-il, rappelant que le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en est la plus importante.
Ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain
D'autres observateurs, comme le journaliste Perry Bacon du magazine The New Republic, critiquent AOC pour avoir réduit le wokisme à ses excès. Le mot, rappelons-le, a d'abord été utilisé par les Afro-Américains comme un appel à la vigilance face au racisme, avant d'être récupéré par les conservateurs pour se moquer des politiques de diversité et d'inclusion.
«La période 2014-2020 ne se résume pas à un simple changement de vocabulaire ou à des propositions excessives», fait valoir Perry Bacon, qui reconnaît néanmoins que la déclaration d'AOC tombe sous le sens si elle veut être élue présidente en 2028.
Une ex-icône du wokisme peut-elle gagner?
Pour Musa al-Gharbi, la question n'est pas tant de savoir si AOC peut se défaire de son passé que de savoir si les républicains peuvent survivre à Trump. «L'ensemble du Parti républicain marche au pas derrière Trump. Mais Trump, lui, marche droit vers le précipice électoral. Il est profondément impopulaire. Ses politiques sont impopulaires. Si les républicains continuent de refuser de le critiquer, ce sera un problème majeur pour eux en 2028, ce qui facilitera considérablement la tâche des démocrates, y compris ceux qui, autrement, n'auraient eu que peu de chances.»
Une analyse qui laisse présager une course à la Maison-Blanche bien plus ouverte qu'on pourrait le croire.