L'IA s'installe dans nos livres, nos écrans et nos playlists : et après?
Vous avez dévoré C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien, puis vous avez appris que l'intelligence artificielle y avait mis son grain de sel? Vous vous êtes senti floué? Il va falloir s'y faire : l'IA n'est pas près de quitter la scène créative. Au contraire, elle s'apprête à tout transformer, des romans aux séries télé en passant par la musique.
La nouvelle est tombée fin juillet : ByteDance, la maison mère de TikTok, a lancé Seedance 2.5. Cet outil peut transformer deux ou trois phrases en une vidéo de 30 secondes, dans le style de votre choix. Mieux encore, il génère ces images plus vite qu'on ne peut les regarder. En théorie, on pourrait donc commander une série complète sur-le-champ, comme on commande une pizza.
Un éditeur québécois veut normaliser l'IA en création
Charles Bombardier, artiste-ingénieur bien connu, ne s'inquiète pas. Avec son complice Yves Christian Fournier, il lance Rekurse.ca, une maison d'édition qui veut faire de l'IA un allié des écrivains et des artistes. « Dans 10 ans, on ne s'énervera plus avec ça », prédit-il.
Pour lui, on s'achemine vers trois modèles : des œuvres 100 % humaines, des œuvres 100 % générées par machine, et un hybride des deux. « Éventuellement, la machine pourra créer des histoires à volonté, en vidéo ou en roman, à partir de ce que les humains aiment », explique-t-il.
Des mondes imaginaires à la demande
Bombardier voit l'IA comme un assistant, pas un remplaçant. Depuis mai, il a transformé une vingtaine d'histoires en livres. Son premier titre est sorti en août, déjà traduit en anglais et bientôt en japonais. « L'IA gère les affaires compliquées : l'évolution des personnages, les dates, les mondes imaginaires », dit-il.
Il a même demandé à la machine de réécrire la fin des Aventures d'Arthur Gordon Pym d'Edgar Allan Poe, qui se termine en queue de poisson. « C'est une œuvre libre de droits, je pourrais la publier », lance-t-il. Mais il nuance : il faut respecter le droit d'auteur. Rappelons qu'Anthropic a dû débourser 1,5 milliard US pour régler un litige à ce sujet.
« Ça n'enlève rien à l'étincelle initiale de l'auteur. »
Disney, Suno et la machine à divertissement
L'industrie du divertissement suit la même trajectoire. À la mi-septembre, Disney a embauché son premier directeur technologique, un ancien de Character.ai. Son PDG, Bob Iger, promet que les abonnés de Disney+ pourront bientôt générer du contenu dérivé de Mickey, Marvel ou Star Wars.
De son côté, la plateforme Suno a lancé la version 6 de son générateur de musique par IA, avec un partenariat avec des maisons de disques américaines. Résultat : on pourra bientôt commander une chanson dans le style de nos artistes préférés, en toute légalité.
À quand le divertissement à volonté?
Si les machines produisent des textes, des chansons et des vidéos plus vite qu'on peut les consommer, la question n'est plus « si » mais « quand ». Quand aura-t-on un service de divertissement infini, sur demande, comme on a aujourd'hui Netflix ou Spotify?
Une chose est certaine : le débat ne fait que commencer. Entre l'enthousiasme des créateurs et la méfiance du public, il faudra trouver un équilibre. Et comme souvent au Québec, on risque d'avoir notre mot à dire.
Questions fréquentes sur l'IA et la création
L'IA va-t-elle remplacer les écrivains?
Pas nécessairement. Charles Bombardier y voit un outil pour développer des idées et gérer des tâches complexes. L'étincelle créative reste humaine, selon lui.
Est-ce légal d'utiliser l'IA pour créer des œuvres?
Oui, mais il faut respecter le droit d'auteur. Les entreprises qui entraînent leurs IA avec des œuvres protégées doivent verser des redevances, comme l'a appris Anthropic à ses dépens.
Comment savoir si une œuvre a été créée par l'IA?
C'est de plus en plus difficile. L'affaire Thélyson Orélien a montré que même les lecteurs avertis peuvent être trompés. La transparence des créateurs devient essentielle.