IA : Le plan colossal de la Corée du Sud et nos enjeux
La Corée du Sud dévoile un investissement historique de plus de 1600 milliards de dollars canadiens en intelligence artificielle et semi-conducteurs. Au-delà de la prouesse technologique, ce plan pose une question fondamentale que le Québec devra bien se poser lui aussi : à qui profiteront les richesses de la révolution numérique ?
Un investissement représentant les deux tiers du PIB
Le gouvernement sud-coréen ne fait pas les choses à moitié. Avec une enveloppe de 1800 millions de milliards de wons étalée sur dix ans, l'équivalent des deux tiers du produit intérieur brut nominal du pays en 2025, Séoul mise gros sur l'avenir. Pour le président Lee Jae Myung, la vitesse est une question de survie. « Nous devons sécuriser les éléments fondamentaux de l'intelligence artificielle plus rapidement que n'importe quel autre pays », a-t-il martelé lors de la présentation de cette collaboration public-privé.
Le projet se divise en deux volets majeurs. D'abord, plus de 700 milliards de dollars canadiens pour construire quatre usines de semi-conducteurs avancés, réparties entre les géants Samsung Electronics et SK hynix. Ensuite, plus de 900 milliards pour ériger de nouveaux centres de données dédiés à l'IA d'ici 2035, ajoutant une puissance totale de 10 gigawatts (GW) au réseau national, qui atteindra ainsi 18,4 GW. Il s'agit du troisième méga-investissement en IA en moins d'un an en Corée du Sud, éclipsant au passage les 450 000 milliards de wons de Samsung et les 125 000 milliards de Hyundai Motor annoncés fin 2025.
Développer les régions et miser sur l'énergie verte
Contrairement à ce qu'on voit trop souvent chez nous, où tout finit par se concentrer dans les grands centres urbains, la Corée du Sud veut bâtir ces infrastructures dans la région du Honam, au sud-ouest du pays. Une zone relativement peu développée, mais qui dispose d'un atout majeur selon les analystes : des ressources abondantes en électricité renouvelable. Un choix logique pour permettre aux entreprises de tenir leurs engagements en matière d'énergie verte.
Le ministère de l'Industrie promet d'ailleurs de réduire considérablement les délais d'obtention des permis pour accélérer la mise en route, afin d'établir une deuxième base de production après la région métropolitaine de Séoul. Un vœu pieux, croit le professeur d'ingénierie des semi-conducteurs à l'université Sangmyung, Lee Jong-hwan. Il rappelle que le Honam ne dispose d'aucun écosystème du genre. « Le plus grand défi, c'est que la plupart des travailleurs qualifiés et des fournisseurs restent concentrés dans la région métropolitaine de Séoul », note-t-il. Le mirage du développement régional a ses limites, évidemment, quand l'écosystème suit la concentration du capital.
La question du dividende national : une leçon pour le Québec
C'est ici que l'affaire devient vraiment intéressante pour nous. Pendant que les profits de l'IA explosent, la Corée du Sud débat de la redistribution de cette manne. Le secrétaire principal à la politique du président sud-coréen, Kim Yong-beom, a récemment évoqué l'idée d'un « dividende national ». Il dénonce une « économie de monopole technologique » où les bénéfices des semi-conducteurs se concentrent entre quelques mains.
On parle sérieusement d'utiliser les recettes fiscales excédentaires liées à l'IA pour financer des programmes de revenu de base pour les communautés rurales et les pêcheurs, soutenir les jeunes entreprises et même aider les artistes. Une vision social-démocrate de la technologie qui fait réfléchir. Au Québec, quand on parle d'IA, on vante souvent l'écosystème montréalais et on multiplie les subventions aux multinationales. On parle beaucoup moins de s'assurer que la richesse générée irrigue nos régions, notre culture et nos travailleurs.
Le professeur Kim Jung-nam, de l'Institut supérieur coréen des sciences et technologies, l'a dit crûment lors d'un récent forum : « À l'ère de l'IA, les profits excédentaires sont structurellement voués à se concentrer entre les mains de quelques-uns. » Il ajoute que le pays qui saura répartir cette richesse fixera les normes mondiales. C'est un rappel cinglant pour nos décideurs. L'innovation technologique ne vaut rien si elle ne sert qu'à engraisser des actionnaires au détriment du collectif.
Qu'est-ce que le plan d'IA de la Corée du Sud comprend?
Le plan prévoit la construction de quatre usines de semi-conducteurs par Samsung et SK hynix, ainsi que des centres de données d'une puissance de 10 gigawatts d'ici 2035. L'investissement total dépasse 1600 milliards de dollars canadiens sur dix ans.
Pourquoi la Corée du Sud veut-elle instaurer un dividende national?
Le gouvernement sud-coréen craint que les profits colossaux de l'IA ne créent une économie de monopole technologique. Le dividende national servirait à redistribuer cette richesse sous forme de revenu de base pour les régions et de soutien aux artistes et aux jeunes entreprises.
Quel est le défi régional du plan sud-coréen?
Le gouvernement veut construire ses usines dans la région du Honam pour profiter de ses énergies renouvelables, mais cette zone manque actuellement de main-d'œuvre spécialisée et de fournisseurs, qui restent concentrés autour de Séoul.