Les détenteurs des droits sur la musique d'Elvis Presley ont intenté, vendredi, une poursuite de plus de 41 millions de dollars contre Anthropic, la société derrière le chatbot Claude, l'accusant d'avoir entraîné ses modèles d'intelligence artificielle sur 274 chansons du King sans autorisation.
La plainte, déposée devant le tribunal fédéral du district nord de la Californie, réclame 150 000 $ par chanson visée et demande un procès devant jury, selon un reportage de La Presse.ca. Les plaignants, parmi lesquels figurent la société de licences Authentic Brands Group et Raleigh Music Publishing, accusent aussi Anthropic d'avoir contourné les mesures de protection de la musique et d'avoir supprimé ou altéré les informations de gestion des droits d'auteur.
Le catalogue du King au cœur de la mêlée
Les chansons en cause incluent des classiques comme All Shook Up, Can't Help Falling in Love et Return to Sender. Dans leur plainte, les ayants droit se disent « profondément attachés » à cette musique, qu'ils décrivent comme « l'une des plus précieuses au monde », comportant « certaines des paroles et des mélodies les plus célèbres de l'histoire de la musique ».
Un représentant d'Anthropic a réagi dimanche dans un bref communiqué : la société conteste les allégations et entend se défendre. Elle n'a pas dit si elle avait une licence pour l'utilisation de ces titres.
Selon ZDNET, les ayants droit affirment que le modèle Claude a été entraîné sur ces 274 chansons sans licence et qu'il produit des paroles proches des originaux. C'est justement là que le bât blesse : quand une machine recrache presque mot à mot le travail d'un créateur, on n'est plus dans l'inspiration, on est dans le pillage.
Une série noire pour Anthropic
Ce procès s'ajoute à une liste qui s'allonge à un rythme inquiétant pour la firme de San Francisco. La semaine dernière, la maison de disques Reservoir l'a poursuivie pour avoir soi-disant « volé » des paroles et des mélodies protégées, dont Big Yellow Taxi de Joni Mitchell et Papa Don't Preach de Madonna, en plus de titres des Kings of Leon et d'Evanescence. Anthropic a dit au magazine Billboard qu'elle contestait ces allégations.
En janvier, Universal Music Group a réclamé 3 milliards de dollars, affirmant que Claude avait été développé à partir de « bibliothèques piratées » de chansons. Ce mois-ci, Anthropic a demandé au juge de statuer que ses actions sont protégées par les lois sur l'usage loyal, l'équivalent américain de notre utilisation équitable.
Le dossier n'est pas neuf. Comme le rappelle Euronews, Universal Music Publishing Group, Concord Music Group et ABKCO avaient déjà poursuivi Anthropic en octobre 2023, affirmant que Claude reproduisait des paroles protégées sans autorisation. La machine judiciaire américaine tourne lentement, mais elle tourne.
Et les créateurs, dans tout ça?
C'est la question qui devrait nous réveiller, nous autres, au Québec. Nos auteurs, nos compositeurs, nos interprètes vivent de droits d'auteur. Ce système, bâti sur l'idée que le travail créatif a une valeur, est un pilier de notre modèle social. Si des géants technologiques peuvent aspirer des catalogues entiers sans payer, c'est tout l'écosystème culturel qui s'effondre, et pas seulement à Nashville ou à Memphis.
Pensez à nos propres trésors : nos textes de chansons, nos romans, notre journalisme. Le New York Times poursuit d'ailleurs OpenAI et Microsoft pour violation du droit d'auteur sur des contenus d'actualité, une cause qui parle directement à quiconque croit que l'information a un prix. Les deux entreprises rejettent les accusations.
Le secteur de la musique IA n'est pas monolithique. Suno, un outil de création musicale qui a divisé l'industrie, a choisi une autre route : elle s'est repositionnée en partenaire des labels, avec un modèle entraîné sur des morceaux sous licence du Warner Music Group. Warner a réglé à l'amiable son litige contre Suno, tandis qu'Universal et Sony n'ont pas encore fait de même. Preuve qu'un modèle d'affaires respectueux des créateurs est possible, quand la volonté y est.
Ce qui attend Elvis et Claude devant les tribunaux
La bataille juridique s'annonce longue. Anthropic mise sur la défense de l'usage loyal, un argument qui a déjà fait mouche dans d'autres dossiers américains. Mais les plaignants d'Elvis ont un atout dans leur manche : l'accusation d'avoir contourné des mesures de protection et altéré les métadonnées de droits d'auteur. Comme le souligne Mon Carnet, la poursuite dépasse la simple utilisation de paroles pour l'entraînement d'une intelligence artificielle; elle vise un comportement délibéré de contournement.
Cette distinction pourrait faire toute la différence devant un jury. Et si les tribunaux tranchent en faveur des ayants droit, l'industrie de l'IA devra revoir sa façon de construire ses modèles, de fond en comble.
Questions fréquentes
Pourquoi Anthropic est-elle poursuivie par les ayants droit d'Elvis Presley?
Ils l'accusent d'avoir entraîné son chatbot Claude sur 274 chansons d'Elvis Presley sans autorisation, en contournant les mesures de protection et en altérant les informations de gestion des droits d'auteur.
Quel montant les plaignants réclament-ils?
Plus de 41 millions de dollars de dommages-intérêts, soit 150 000 $ par chanson visée, avec une demande de procès devant jury.
Anthropic fait-elle face à d'autres poursuites semblables?
Oui. Reservoir l'a poursuivie la semaine dernière, et Universal Music Group réclame 3 milliards de dollars depuis janvier pour l'entraînement de Claude sur des « bibliothèques piratées » de chansons.
