Infoman, 30 ans de niaiserie politique: les candidats se calent tout seuls
Chaque élection, c'est le même refrain: des partis se plaignent de passer trop de temps à Infoman. Et chaque fois, Jean-René Dufort, ce représentant autoproclamé de l'extrême centre, les renvoie à leur propre miroir. Bilan de campagne avec le journaliste qui préfère le rire aux communiqués.
À vue de nez, jamais les candidats qui ont forcé leur chef à les rabrouer publiquement, ou à carrément les exclure, n'ont pullulé autant que dans cette campagne. Et comme d'habitude, les aspirants au fameux segment Miss Candidat provincial se sont bousculés au portillon.
Des candidats qui font rire, mais qui font aussi réfléchir
«Nos Miss Candidats, ce sont généralement des gens à qui on a envie de faire un câlin», précise le superhéros de l'information parodique. Il évoque cette candidate libérale qui s'est adressée à ses électeurs en jogging, une idée qui s'essoufflait vite, sans oublier tous ceux qui ont tourné des vidéos par grand vent.
«Les réseaux sociaux ont démocratisé beaucoup de choses, dont la possibilité de faire des gaffes», observe l'homme aux mille cravates laides. Il se remémore Steven Fleurent, porte-couleurs de la Coalition avenir Québec dans Rimouski en 2014, qui n'avait pas pris soin de retirer de Facebook des photos de lui nu au cabinet, pas ministériel celui-là.
«Je ne sais pas s'il sait à quel point c'est un pionnier, un précurseur, lance Jean-René en riant. Est-ce que ses idées étaient plus niaiseuses parce qu'il était assis sur une toilette? Peut-être pas. Ça nous arrive tous, chaque jour. Mais ça témoignait peut-être d'un jugement discutable. Chose certaine, il a ouvert la voie à plusieurs autres.»
Quand Infoman laisse les politiciens se caler eux-mêmes
Quant aux candidats qui ont commis des fautes moins pardonnables? «En général, à Infoman, on les laisse se caler eux-mêmes. Il y en a eu beaucoup cette année et dans un sens, c'est vrai qu'on ne peut pas reprocher à tout le monde toutes les conneries qu'ils ont faites dans leur vie. Mais en même temps, ça me fait bien rire quand j'en entends certains plaider que c'est pris hors contexte. Il y a des affaires qui, avec ou sans contexte, ne se font ou ne se disent juste pas.»
L'appel de la niaiserie, une tradition bien québécoise
En incluant ses années à La fin du monde est à 7 heures, Jean-René Dufort couvre la politique québécoise et canadienne depuis près de 30 ans. Le kitsch du grand cirque électoral, avec ses slogans faussement spirituels et ses chefs qui tentent désespérément d'avoir l'air naturels quand ils fraient avec le bon peuple, n'a jamais cessé de l'amuser.
Les réseaux sociaux étant ce qu'ils sont, le journaliste sans carte de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec se fait régulièrement reprocher en ligne de laisser son jupon idéologique dépasser. «On est objectif, jure-t-il, mais on est quand même une émission qui va vers la niaiserie. Si on te voit plus souvent que les autres, c'est peut-être pour une raison. La prochaine niaiserie que je vais présenter, je m'en fous d'où elle vient.»
Que répond-il aux formations politiques qui se sont déjà plaintes d'être trop à la télé, les jeudis entre 19 h 30 et 20 h? «Je leur dis toujours: demandez-vous pourquoi!»
Infoman, l'opposition officielle? Jamais de la vie
Même s'il prête d'abord et avant tout allégeance aux rires, Jean-René Dufort assure œuvrer à ce qu'aucun parti n'occupe un temps d'antenne disproportionné durant ses 22 minutes hebdomadaires. «On a un souci de ne pas trop y aller d'un éditorial, explique-t-il, parce que j'ai toujours trouvé qu'aux États-Unis, Michael Moore s'est perdu quand il s'est pris pour le chef de l'opposition officielle.»
«Mais ça demeure un classique depuis le début d'Infoman, ajoute-t-il. Quand tu fais une joke sur un péquiste, les péquistes sont ben choqués et les libéraux trouvent ça drôle. Et vice-versa. Après, ça nous appelle pour nous demander où on a pris tel extrait et la réponse, c'est souvent que c'est l'autre parti qui nous l'a envoyé. Ils sont très naïfs.»
La filière médiatico-culturelle envahit les bulletins de vote
Isabelle Blais, Marcel Bouchard, Nada Boumeftah, Pier-Luc Brillant, Clodine Desrochers, Farnell Morisset, Geneviève Pettersen: les candidats issus de la filière médiatico-culturelle seront nombreux sur les bulletins de vote le 5 octobre.
«Et quand j'entends certains des noms de ceux qui ont été approchés, je me demande: comment ça se fait que personne ne m'a téléphoné, moi?», s'exclame Jean-René, exagérément offusqué. «Même le Parti rhinocéros ne m'a jamais contacté. Je dois faire trop peur.»
Infoman, les jeudis à 19 h 30 sur ICI Télé.