Cocottee, la Québécoise qui fait craquer la France
Si les mots « Twitch » et « streameuse » vous sont complètement étrangers, il y a de bonnes chances que vous n'ayez jamais entendu parler de Cocottee. Mais ne vous y méprenez pas : dans le monde parallèle de l'internet, cette jeune femme de 26 ans est une mégastar. Au point d'être maintenant courtisée aussi par le milieu de la télé.
Avec ses 1,7 million d'abonnés, sur TikTok seulement, Cocottee (que l'on prononce cocotte) est l'une des influenceuses québécoises les plus connues. La native de Coteau-du-Lac, près de Salaberry-de-Valleyfield, n'a pourtant pas de talent particulier à revendre.
Sa personnalité accessible et son humour potache lui ont suffi pour devenir un véritable phénomène sur les réseaux sociaux, ici, mais surtout en France, où elle passe aujourd'hui presque la moitié de son temps. Elle y est d'ailleurs représentée par l'agence de Squeezie, l'un des créateurs de contenus les plus suivis de l'Hexagone.
« Environ 80 % de mes abonnés sont français, et 20 % sont canadiens », explique-t-elle après avoir validé l'information auprès de son agente québécoise, qui reste à ses côtés durant toute la durée de l'entrevue.
Des deux côtés de l'Atlantique, de 5 à 10 personnes travaillent aujourd'hui à temps plein sur sa carrière. Seule, Cocottee ne pourrait suffire à répondre à toutes les demandes de collaboration, très lucratives, qu'elle reçoit.
Pour les annonceurs, cette petite boule d'énergie à la joie de vivre contagieuse est une véritable mine d'or. D'autant que son auditoire est composée en bonne partie d'adolescents, ceux-là mêmes que les grands médias n'arrivent plus à rejoindre.
Pas étonnant donc que Crave ait voulu s'associer à elle dans le cadre de sa vaste stratégie pour renouer avec un jeune public. À partir de mercredi, on retrouvera Cocottee à la barre de L'usine de peurs, une nouvelle émission tournée dans une maison hantée, où huit créateurs de contenus doivent relever toutes sortes de défis.
« Ce n'était pas mon but de faire de la télé, mais ça a vraiment été une belle expérience. J'avais peur qu'on ne m'écoute pas, mais j'ai trouvé qu'on avait beaucoup écouté mes idées », résume celle qui, contrairement à presque toutes les influenceuses de son âge, n'a jamais rêvé de devenir animatrice de variétés ou candidate de téléréalité.
Influenceuse par accident
Enfant, Arianne Vallières, de son vrai nom, était plutôt réservée. « J'avais des amis, mais je n'étais vraiment pas la fille populaire qui prenait de la place », se rappelle celle qui en a parfois bavé durant son parcours scolaire à cause de son trouble du langage.
Sa vie bascule complètement au début de la pandémie lorsqu'elle s'inscrit sur Twitch. Sur cette plateforme, très connue des amateurs de jeux vidéo, des utilisateurs se filment souvent pendant des heures, sans rien faire de particulièrement intéressant, alors que d'autres s'abonnent à leur compte pour les observer en direct dans leur quotidien.
Aussi curieux que cela puisse paraître, beaucoup d'inconnus, de jeunes hommes français en bonne partie, se sont mis à payer pour voir Cocottee parler de tout et de rien en jouant à Call of Duty. Assez même pour qu'elle arrive à en vivre. Tel n'était pas du tout son objectif au départ, mais elle finira par délaisser ses études en administration à l'UQAM pour se consacrer à son métier de joueuse en direct ou « streameuse ».
Mais qui sont donc ces gens prêts à payer pour en voir d'autres vivre normalement devant leur webcam ?
Elle poursuit : « Je regarde quand il y a des concepts derrière, mais je ne comprends pas trop les gens qui paient pour regarder quelqu'un qui se fait à déjeuner. Je pense qu'il y a beaucoup de curiosité là-dedans », avance la créatrice de contenus, qui a depuis diversifié ses activités sur YouTube, TikTok et Instagram.
Regrets
Cocottee fait partie des nombreux créateurs de contenus québécois qui ont accepté de participer cet été au fameux StreamerFest, organisé à Miami par le controversé Julien Duguay. Le propriétaire de la bijouterie Medusa était alors déjà sur la sellette à cause de sa websérie, Homeless à Rolex, dans laquelle des personnes en situation d'itinérance s'affrontent pour remporter différents prix.
Avant même que le StreamerFest débute, la présence de Cocottee était critiquée. La situation a rapidement dégénéré quand Julien Duguay a été filmé en train de tenir des propos particulièrement misogynes sur un yacht. Plusieurs influenceurs quitteront l'évènement plus tôt que prévu en se dissociant de leur hôte, dont Cocottee.
« Je n'avais pas assez fait mes recherches avant. C'était une erreur d'aller là », concède-t-elle avec le recul.
Cocottee avait aussi fait parler d'elle l'an dernier, lorsqu'elle avait pris part en France au GP Explorer, une course automobile qui oppose des personnalités du web de partout dans le monde.
Dans une vidéo captée lors de la compétition, la fière Québécoise expliquait avoir demandé de remplacer l'unifolié sur sa combinaison par le fleurdelisé. « Le Québec, ça va devenir un pays un jour », déclare-t-elle ensuite dans le court extrait, relayé à l'époque sur les réseaux sociaux par Paul St-Pierre Plamondon notamment. Des propos sortis de leur contexte, estime celle qui les a tenus, à la blague, sans arrière-pensée politique. Cocottee regrette d'avoir été « récupérée » par le Parti québécois.
« Je ne dis pas que je suis une oui, je ne dis pas que je suis une non. Mais je ne veux être associée à aucun parti. Des fois, je dis des choses sans penser que mes mots ont de la valeur. Je fais beaucoup plus attention maintenant à ce que je dis », s'excuse-t-elle avec une candeur qui la rend finalement très attachante.
D'où sans doute son succès, qu'elle sait compliqué à comprendre pour tous ceux qui ne font pas partie de sa génération.
L'usine de peurs, sur Crave, dès le mercredi 30 septembre