Un chroniqueur financier de La Presse affirmait le 8 novembre que devenir parent ne coûte pas une fortune, pourvu qu'on s'y prépare. Dans un texte devenu viral, il raconte une matinée de soccer au parc avec son fils de 13 ans et en tire trois leçons d'argent et de famille qui méritent qu'on s'y arrête, surtout au Québec, où le culte de la consommation parental touche de plus en plus de jeunes familles.
La chronique L'argent et le bonheur, publiée par La Presse.ca, part d'une scène toute simple : un gars demande à son père d'aller jouer au soccer. Le père dit oui, en réalisant que ces matinées-là sont comptées. C'est le genre de lucidité qui ne s'apprend qu'en le vivant, écrit-il, et que personne ne nous transmet avant les faits.
Le pari des placements plutôt que du VUS neuf
Sa première leçon est la plus controversée : devenir parent ne coûte pas une fortune. L'important, insiste-t-il, c'est d'être préparé. Quand on parle d'argent et d'enfants, on pense d'abord au régime enregistré d'épargne-études, le REEE, cet outil québécois et canadien qui aide à financer les études postsecondaires. Excellent, mais les dépenses dépassent largement le cadre scolaire. Pourquoi limiter ses investissements à cette seule horizon?
Il y a 13 ans, le chroniqueur a fait un choix : prendre des dollars qui auraient pu aller dans un VUS neuf, des meubles recherchés ou des sushis livrés, et les placer dans un panier d'actions mondiales. Résultat : chaque dollar investi en vaut aujourd'hui trois, net d'inflation. Ça lui permet de payer le soccer, les vêtements et les cadeaux sans stresser ni courir à la marge de crédit.
« On n'en avait pas la moindre idée », écrit-il au sujet des dépenses qui allaient surgir en 2026. C'est exactement le point : les placements prémunissent contre l'incertitude de l'avenir. Son conseil aux jeunes qui pensent fonder une famille : épargner une partie de ses revenus et investir sans horizon précis. Les buts se préciseront, garantit-il.
Un enfant ne sait pas ce qu'est un notaire
Deuxième leçon : la pression du « nid idéal ». Poussette primée à l'international, siège d'auto en tissu biologique, logement plus luxueux que celui de nos parents : le chroniqueur constate que les standards de la nouvelle parentalité sont devenus irréalistes. Il soupçonne le « nesting », cette fièvre d'aménagement avant l'arrivée de bébé, d'être surtout un signal de réussite sociale envoyé à soi-même et aux autres.
Il se pointe lui-même avec une honnêteté rafraîchissante : lui, il cherche à se sentir important en écrivant sa rubrique et en affichant ses exploits sportifs sur Strava. Nous avons tous nos vitrines, en somme. Le problème survient quand la maison rénovée aspire chaque dollar disponible et limite les options futures.
« On s'habitue vite au luxe. On ne s'habitue pas vite à avoir zéro dollar », écrit-il. Un nouveau-né n'a pas besoin d'une grande maison, rappelle-t-il. Un enfant ne sait même pas ce qu'est un notaire. C'est une pression imaginaire qu'on s'inflige nous-mêmes.
Cette pression n'est pas qu'une impression de chroniqueur. Une analyse publiée sur Substack soutient que la génération milléniale a rendu la parentalité inutilement coûteuse, en confondant ce dont les enfants ont besoin avec tout ce que le marketing nous convainc qu'ils « devraient » avoir. La distinction entre nécessité et conditionnement publicitaire mérite d'être faite plus souvent, surtout quand on sait l'impact du marketing sur les jeunes familles.
Ce que les enfants veulent vraiment : du temps avec nous
Troisième leçon, et la plus belle : nos enfants n'ont pas besoin de jouets ou de mobilier en teck. Ils ont besoin de nous. Et les nouvelles sont bonnes pour les parents qui culpabilisent de leurs absences.
Une étude américaine menée auprès d'enfants de 3 à 11 ans a montré que la quantité de temps passé avec eux n'avait pas d'impact sur leur bien-être plus tard. C'est plutôt ce qui se passait pendant ce temps qui comptait : lire ensemble, prendre des repas en famille, avoir de vraies discussions.
Ironiquement, c'est à l'adolescence que le nombre d'heures devient déterminant. Les ados qui passent plus de six heures par semaine à interagir avec leurs parents risquent moins d'abuser des drogues, de l'alcool ou de s'exposer à des dangers pour leur santé. Le chroniqueur conclut avec un clin d'œil : oubliez ce qu'il écrivait au début, son gars est loin d'en avoir fini avec lui.
Le bonheur, une question de communauté
Cette chronique rejoint un débat plus large sur l'argent et le bonheur. Le Globe and Mail rapportait récemment les propos du milliardaire Ray Dalio, pour qui, au-delà d'un certain niveau de revenu, la richesse supplémentaire n'accroît pas le bonheur. « Le plus grand déterminant du bonheur, c'est le sentiment d'appartenance à une communauté », a-t-il déclaré. Difficile de trouver un argument plus solide pour les quartiers vivants, les cuisines bruyantes et les parcs de quartier où l'on joue au soccer un samedi matin.
Cela dit, nuance importante : l'argent compte énormément quand il manque. Des études compilées par BabyBoomer.org montrent que le revenu améliore nettement le bien-être quand il permet de combler les besoins de base, comme le loyer, la nourriture et les soins de santé. Le message de la chronique ne s'adresse donc pas aux familles qui comptent leurs sous pour joindre les deux bouts, mais à celles qui s'endettent pour des standards imaginaires.
Au Québec, où le modèle social-démocrate offre des services publics, des allocations familiales et des garderies subventionnées, on a peut-être plus que partout ailleurs la latitude de choisir le temps ensemble plutôt que la poussette primée. Encore faut-il le vouloir. La chronique de La Presse nous le rappelle avec justesse : le soccer au parc est gratuit, et il passe vite.
Questions fréquentes
Devenir parent coûte-t-il vraiment une fortune?
Non, selon le chroniqueur de La Presse, à condition d'épargner et d'investir tôt, sans se laisser piéger par les standards de consommation de la parentalité moderne. Les dépenses imprévues, comme les activités sportives, se gèrent mieux avec des placements flexibles.
Le temps passé avec ses enfants influence-t-il leur bien-être?
Pour les 3 à 11 ans, l'important est la qualité du temps partagé : lire, manger ensemble, discuter. Pour les adolescents, au-delà de six heures d'interaction par semaine avec les parents, les risques d'abus de drogues ou d'alcool diminuent, selon une étude américaine.
Le REEE suffit-il à planifier les finances familiales?
C'est un bon outil pour les études postsecondaires, mais le chroniqueur recommande d'investir aussi sans horizon précis, car les dépenses liées aux enfants dépassent largement le cadre scolaire.
