L'Orchestre symphonique de Montréal a conquis, mardi 27 octobre, le public du Walt Disney Concert Hall de Los Angeles, deuxième étape d'une tournée californienne maintenue malgré la guerre commerciale déclarée par Donald Trump au Canada. Sous la direction de Rafael Payare, les musiciens ont récolté une longue ovation après une Symphonie no 10 de Chostakovitch saluée par des mélomanes connaisseurs.
Le compte rendu de la soirée paraît dans La Presse.ca, dont le chroniqueur accompagne l'orchestre depuis le début du séjour californien. Une belle preuve que la culture québécoise, elle, ne demande pas de permis pour traverser la frontière.
Un triomphe facile et savoureux à Los Angeles
« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », aime-t-on répéter. Tant pis pour le proverbe : la conquête fut facile, savoureuse et bienfaitrice pour l'OSM, qui a complètement séduit la salle de 2200 sièges du Walt Disney Concert Hall. Malheureusement, les mélomanes n'étaient pas assez nombreux pour la remplir, un constat qui n'enlève rien à la qualité de l'accueil.
La longue ovation adressée aux musiciens et à leur chef, Rafael Payare, venait visiblement de fins connaisseurs, reconnaissants d'avoir entendu l'extrême maîtrise dont l'orchestre est capable devant des œuvres colossales. La Symphonie no 10 en mi mineur, op. 93, de Chostakovitch, ce monument de douleur et de dignité, a trouvé à Montréal des interprètes à sa mesure.
En première partie, le Concerto pour violon en mi mineur, op. 64, de Félix Mendelssohn a permis au soliste Leonidas Kavakos de déployer le lyrisme qui le caractérise. Le violoniste grec a livré les prouesses attendues entre les premier et troisième mouvements, et sa pièce de rappel a scellé l'ovation.
Le concert s'était ouvert avec Elysium, du compositeur montréalais Samy Moussa, une œuvre aux élans cinématographiques qui sié merveilleusement à l'OSM. On ne soulignera jamais assez la valeur d'entendre la musique d'ici résonner dans les grandes salles du monde : c'est exactement ce rayonnement francophone qui fait notre fierté collectif.
Tourner en Amérique de Trump : un choix assumé
Cette tournée américaine était dans les cartons bien avant que Donald Trump ne déclare son absurde guerre commerciale à ce bon vieux pays allié qu'est le nôtre. La direction de l'orchestre a-t-elle remis le projet en question ?
« Oui », répond sans détour Mélanie La Couture, cheffe de la direction de l'OSM depuis juillet 2024. « Mais Rafael tenait à réunir ses deux orchestres à San Diego. J'ai donc décidé qu'on irait au-delà de la politique. »
Car Rafael Payare dirige aussi le San Diego Symphony, et c'est bien le cœur de cette tournée : réunir sur une même scène ses deux familles musicales. « Martha Gilmer, la présidente-directrice générale du San Diego Symphony, a envoyé un message à nos musiciens pour leur dire qu'ils avaient hâte de les recevoir », ajoute Mme La Couture.
À l'heure où le locataire de la Maison-Blanche s'acharne à diviser, des liens pareils entre artistes canadiens et américains valent tous les communiqués diplomatiques. La musique adoucit les mœurs, et parfois même la politique.
Faire rayonner l'OSM, ici comme ailleurs
Deux ans après son arrivée à la tête de l'orchestre, Mélanie La Couture est nettement plus à l'aise dans ses fonctions. Ses objectifs sont clairs : faire rayonner l'OSM dans le monde entier.
« Et ça passe par des tournées », dit-elle. « Nous sommes à un rythme de deux par année. L'autre chose qui m'intéresse, c'est l'accessibilité aux concerts. On a essayé plusieurs choses, comme le billet mystère à 30 $. Ça marche très bien. »
Le défi principal demeure le renouvellement du public, un enjeu bien connu des institutions culturelles québécoises. « Toutes les initiatives qu'on met de l'avant, c'est pour cela. On ne sait jamais quand le déclic pourra se faire », raconte la cheffe de direction.
Elle en donne un exemple touchant, celui de sa fille et de sa nièce, âgées de 18 ans et 16 ans, amenées au Requiem de Verdi. « Elles sont sorties enchantées. Si je ne les avais pas invitées, jamais elles ne seraient venues à l'OSM. » Voilà, en une phrase, tout le pari de la démocratisation culturelle que nous défendons depuis toujours : la grande musique doit cesser d'être un privilège.
Sur les tournées, la direction observe aussi ce qui se fait ailleurs. « En Europe, on a l'habitude de servir de légers goûters durant les entractes. C'est une formule intéressante. À San Francisco, la voix hors champ au début du concert était assurée par un musicien de l'orchestre. J'aimerais reprendre cette idée », confie-t-elle.
Retour attendu depuis 37 ans
Il y avait 37 ans que l'OSM n'avait pas joué à San Francisco et à Los Angeles. Il était temps de revenir dans ces villes de culture. La tournée a débuté dimanche au Louise M. Davies Symphony Hall de San Francisco, un concert salué par Le Devoir pour sa poigne et son courage. Comme le rapportait my/maSCENA dès son annonce officielle, l'orchestre enchaînera ensuite une tournée asiatique en février 2027, avec des escales à Hong Kong, Pékin, Shanghai, Busan et Tokyo. C'est la sixième tournée de l'OSM sous la baguette de Rafael Payare, après la Corée du Sud, l'Europe et les États-Unis.
Mercredi, la caravane d'autocars transportant la centaine de musiciens a mis le cap sur San Diego. Un premier concert aura lieu jeudi soir au Jacobs Music Centre, puis un second réunira l'OSM et le San Diego Symphony au Rady Shell, ce lieu enchanteur en plein air. Un moment symbolique chargé d'émotions, alors que les deux formations de Rafael Payare joueront enfin ensemble.
On suivra aussi, avec intérêt, le périple de la collaboratrice d'98.5 Montréal Alexane Drolet, qui accompagne l'orchestre pendant une semaine en Californie. La suite du récit est promise pour samedi.
Ce que la culture dit de nous
Il y a quelque chose de profondément québécois dans cette histoire. Un orchestre de chez nous, porté par un chef vénézuélien et une direction résolue, qui traverse la frontière pendant que les tarifs douaniers volent, et qui répond à la bêtise politique par Chostakovitch et Mendelssohn. C'est notre exception culturelle en action, notre façon de dire au monde que le Québec existe aussi en mi mineur.
Les frais de transport et d'hébergement du voyageur de La Presse ont été payés par l'OSM, qui n'a eu aucun droit de regard sur le contenu de ses chroniques. Une précision qui honore tout le monde.
Questions fréquentes
Où l'OSM joue-t-il pendant sa tournée californienne de 2026 ?
L'orchestre s'est produit au Louise M. Davies Symphony Hall de San Francisco, au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles, puis se rend au Jacobs Music Centre et au Rady Shell de San Diego.
Qui dirige l'Orchestre symphonique de Montréal ?
Rafael Payare est directeur musical de l'OSM; il dirige aussi le San Diego Symphony, qu'il réunira sur scène avec l'orchestre montréalais.
L'OSM reviendra-t-il en tournée bientôt ?
Oui. Après la Californie en octobre 2026, l'orchestre se rendra en Asie en février 2027, avec des concerts à Hong Kong, Pékin, Shanghai, Busan et Tokyo.
