Le Groupe Desgagnés entend faire l'acquisition de cinq ou six nouveaux navires d'ici 2029, un investissement majeur qui porterait sa flotte à près de 30 bâtiments. C'est ce qu'annonce son propriétaire et PDG, Louis-Marie Beaulieu, dans une grande entrevue accordée à La Presse.ca publiée le 27 octobre.
De 22 navires à près de 30 : le coup de barre est considérable pour cette entreprise de chez nous, devenue en presque 40 ans le transporteur maritime le plus diversifié au Canada. Une success story bien québécoise qui mérite qu'on s'y attarde, elle qui fait vivre plus de 1200 personnes, dont 550 marins d'origine canadienne. « Beaucoup de Québécois, mais on a aussi des marins de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick et de Vancouver », précise M. Beaulieu.
De 15 millions à 500 millions de revenus
L'histoire commence modestement. En mai 1987, Louis-Marie Beaulieu, alors directeur financier, rachète l'entreprise familiale qui exploitait six navires sur le Saint-Laurent et réalisait des revenus annuels de 15 millions. Aujourd'hui, le groupe, dont le siège social est à Québec, dépasse les 500 millions de revenus et sillonne les mers du monde.
Le développement s'est fait par étapes, avec une prudence que le PDG justifie par la brutalité des cycles économiques du secteur.
« En juillet 2007, avant l'éclatement de la crise financière, les navires s'affrétaient à 150 000 $ par jour, explique-t-il. En décembre de la même année, c'est tombé à 3000 $ par jour. Il faut être vigilant. »
Résultat : Desgagnés se classe aujourd'hui parmi les trois principaux armateurs du pays, aux côtés de CSL et d'Algoma. Pas mal pour une entreprise née sur les rives du fleuve.
Le Grand Nord, la Basse-Côte-Nord, l'Arctique
Le groupe dessert depuis toujours les communautés et les entreprises qui bordent le Saint-Laurent, mais son ancrage territorial va bien au-delà. Cela fait bientôt 60 ans que Desgagnés ravitaille les villages du Grand Nord québécois et canadien, où quatre navires livrent des marchandises de première nécessité, dont le pétrole. « On a fait 50 livraisons dans le Grand Nord l'an dernier, ce qui est considérable », souligne le PDG. Ces services sont indispensables aux sociétés minières actives dans l'Arctique.
L'entreprise a aussi racheté Relais Nordik, qui transporte pendant dix mois et demi les touristes et la marchandise générale vers les villages isolés de la Basse-Côte-Nord. Un lien vital pour des communautés qu'Ottawa a trop souvent tendance à oublier, mais que notre économie d'ici maintient vivantes.
« On couvre la côte est canadienne, les Grands Lacs, le Grand Nord, la côte est américaine, les eaux internationales et l'Arctique », énumère Louis-Marie Beaulieu.
Des investissements récents et un plan pour 2029
L'entreprise a déjà investi 350 millions pour renouveler sa flotte de vrac liquide, dont huit navires pétroliers avec deux Panamax de grandes dimensions. Elle vient aussi de dépenser plus de 140 millions au cours des deux dernières années pour deux cargos jumeaux, acquis en 2024, et un cargo lourd livré en juin dernier.
« On achète des navires d'appoint qui ont trois ou quatre ans d'âge pour maintenir nos actifs et remplacer notre flotte vieillissante, mais on se prépare à faire de gros investissements en 2029 qui vont nous permettre d'augmenter notre flotte à près de 30 navires. On parle de cinq ou six navires et des investissements de 40 à 60 millions par bateau », précise le PDG.
Desgagnés a en outre développé des activités logistiques aux ports de Salaberry-de-Valleyfield et de Bécancour, en plus d'assurer le transbordement des marchandises dans le Grand Nord canadien.
Le détroit d'Ormuz, un grain de sable
Tout ne roule pas pour autant. Deux navires du groupe sont bloqués dans le détroit d'Ormuz depuis le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis. L'équipage a été remplacé deux fois depuis février et l'entreprise essuie une perte sèche pendant que la situation perdure. Un rappel brutal que la géopolitique mondiale finit toujours par se déposer sur nos quais.
Ottawa redécouvre le maritime
Louis-Marie Beaulieu se réjouit toutefois de voir le secteur maritime revenir parmi les priorités du gouvernement fédéral. Le transport maritime contribue à diversifier les marchés des entreprises canadiennes et à solidifier la souveraineté du pays, un argument qui pèse lourd dans le contexte actuel de tensions commerciales.
Sur la question de la relève, le PDG, aux commandes depuis presque 40 ans, a structuré l'entreprise en divisions autonomes, chacune avec son propre PDG. « Il me reste à définir quel sera mon rôle dans la prochaine structure », évoque-t-il. Une transition à surveiller pour l'une des fiertés industrielles de la capitale nationale.
Questions fréquentes
Combien de navires compte le Groupe Desgagnés?
Le groupe possède 22 navires, en exploite deux autres en affrètement et en gère un en commun avec Shell. La flotte devrait atteindre près de 30 bâtiments d'ici 2029.
Combien de personnes le Groupe Desgagnés emploie-t-il?
Plus de 1200 personnes, dont 550 marins d'origine canadienne, en grande partie des Québécois.
Quels investissements sont prévus par le Groupe Desgagnés?
L'entreprise prévoit l'acquisition de cinq ou six nouveaux navires d'ici 2029, à raison de 40 à 60 millions par bateau, après avoir déjà investi 350 millions dans le renouvellement de sa flotte de vrac liquide.
