Au moins 30 personnes ont perdu la vie mercredi 28 octobre dans la collision de deux trains à grande vitesse survenue à environ 150 kilomètres au sud de Madrid, selon un nouveau bilan des autorités de la région de Castille-La-Manche transmis à l'AFP.
Le premier bilan, plus tôt en matinée, faisait état d'au moins dix décès. Le nombre de victimes a donc triplé en quelques heures, ce qui laisse craindre une hécatombe encore plus lourde d'ici à la fin des opérations de secours.
Ce qu'on sait de l'accident
La collision a eu lieu à 8 h 54, heure locale, soit 3 h 54 heure de l'Est, près de la gare d'Urda, en Castille-La-Manche, a indiqué un porte-parole des services d'urgence espagnols sollicité par l'AFP. Les deux trains en cause appartiennent à deux exploitants différents : l'un est opéré par la compagnie privée Iryo, l'autre par la compagnie nationale Renfe.
Les images diffusées en direct par la télévision espagnole montraient deux wagons visiblement déraillés, terminant leur course en contrebas du talus. À quelques dizaines de mètres, des voyageurs encore sous le choc tiraient leurs valises le long de la route. Des scènes glaçantes, qui rappellent que derrière chaque statistique il y a des familles.
Le drame est survenu moins d'un an après la tragédie ferroviaire d'Adamuz, en Andalousie, où 46 personnes avaient trouvé la mort le 18 janvier dans une violente collision entre deux trains, rapporte La Presse.ca. À l'époque, un train d'Iryo avait déraillé avant de heurter une rame de la Renfe venant en sens inverse.
Une « tragédie importante » redoutée par Madrid
Le premier ministre Pedro Sanchez s'est rapidement dit sur X « consterné par ce grave accident », précisant être « en contact permanent » avec son gouvernement, notamment avec son ministre des Transports, Oscar Puente. Il a annulé sa participation à un sommet sur l'obésité prévu mercredi matin à Madrid.
La ministre de la Santé, Monica Garcia, a expliqué à la télévision publique RTVE redouter « une tragédie importante », estimant que la priorité était de « sortir les gens le plus vite possible », notamment des wagons déraillés.
« Nous n'avons pas d'information » sur la cause de l'accident, a-t-elle ajouté.
Plusieurs brigades de pompiers, trois hélicoptères et deux unités de soins intensifs mobiles sont déjà sur place, selon les autorités. La circulation est interrompue sur la ligne à grande vitesse entre Madrid et l'Andalousie, a annoncé sur X l'entreprise publique ADIF, qui gère l'infrastructure ferroviaire.
La Renfe, dont un train Madrid-Séville est impliqué, a ouvert une cellule de crise de soutien aux familles des victimes et « recueille des informations afin d'évaluer l'ampleur de l'accident », selon un communiqué cité par Radio-Canada.
Une campagne électorale chamboulée
Le drame frappe l'Espagne en pleine campagne électorale. Le Parti socialiste (PSOE), dirigé par Sanchez, a suspendu toutes ses activités de campagne pour la journée de mercredi et pour jeudi. Le président de la Castille-La Manche, Emiliano García-Page, a suspendu son agenda et s'est rendu sur les lieux.
Le chef du Parti populaire, la droite espagnole, Alberto Nuñez Feijoo, s'est lui aussi dit « très préoccupé » face à ce nouvel accident, rapporte également TVA Nouvelles.
À Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déploré une « terrible nouvelle ». « L'Europe est aujourd'hui en deuil aux côtés de l'Espagne », a-t-elle affirmé.
Le train à grande vitesse, une fierté espagnole ébranlée
Ici, il faut le dire : l'Espagne, c'est un peu la référence européenne du train à grande vitesse. Avec 4000 kilomètres de voies ferrées, son réseau est le deuxième plus important au monde, après celui de la Chine. C'est l'une des fiertés nationales, dans un pays qui est aussi la deuxième destination touristique de la planète.
Ce qui rend ce drame d'autant plus dérangeant. La collision d'Adamuz, en janvier, avait déjà ravivé les débats sur l'entretien du réseau et sur la sécurité des passagers. L'opposition de droite et d'extrême droite en avait profité pour démolir le gouvernement socialiste, un refrain qu'on connaît malheureusement aussi de ce côté-ci de l'Atlantique quand il s'agit de services publics.
Face aux critiques, l'exécutif espagnol s'était engagé à investir 1,8 milliard d'euros, soit environ 2,8 milliards de dollars canadiens, pour améliorer la maintenance du réseau, créer 3650 emplois et renforcer la sécurité ferroviaire. Moins d'un an plus tard, le pays pleure encore ses voyageurs.
Une question qui dérange : le rail est-il sacrifié?
Deux collisions mortelles entre trains à grande vitesse en moins d'un an, dans un pays qui possède l'un des réseaux les plus modernes du monde : ça pose une vraie question. Celle de l'entretien des infrastructures publiques, justement, n'est pas propre à l'Espagne. Au Québec, qui regarde avec envie les trains européens pendant que nos propres projets ferroviaires piétinent, la leçon mérite d'être retenue.
Un réseau de transport, ça ne se construit pas qu'avec des rubans coupés au moment des inaugurations. Ça se maintient, ça s'inspecte, ça se finance année après année. Les travailleurs de la maintenance, ces 3650 emplois promis par Madrid, sont la première ligne de sécurité des voyageurs. Les couper, c'est jouer avec des vies.
Les enquêteurs espagnols auront maintenant la lourde tâche d'établir les causes exactes de la collision d'Urda. La priorité, aujourd'hui, reste les victimes, les blessés et les familles. Mais demain viendra inévitablement le temps des comptes, et l'Espagne devra se demander si sa fierté ferroviaire n'était pas en train de rouler sur des rails trop usés.
Questions fréquentes
Où a eu lieu la collision entre les deux trains espagnols?
L'accident s'est produit près de la gare d'Urda, dans la région de Castille-La-Manche, à environ 150 kilomètres au sud de Madrid, le mercredi 28 octobre 2026, vers 8 h 54 heure locale.
Combien de personnes sont mortes dans cette collision?
Le dernier bilan des autorités régionales fait état d'au moins 30 morts. Le bilan initial annonçait au moins dix décès, puis il a été revu à la hausse en cours de journée.
Quelles compagnies étaient impliquées dans l'accident?
Deux exploitants étaient en cause : la compagnie privée Iryo et la compagnie nationale Renfe, dont un train Madrid-Séville circulait sur la ligne au moment de la collision.
Y a-t-il un lien avec la collision d'Adamuz en janvier?
Les deux accidents impliquent des trains à grande vitesse en collision frontale, à moins d'un an d'intervalle. La collision d'Adamuz, le 18 janvier, avait fait 46 morts et relancé le débat sur l'entretien du réseau ferroviaire espagnol.
