Guerre en Ukraine: un cinquième été meurtrier, 16 morts dans des frappes croisées
Au moins 16 personnes ont perdu la vie samedi dans des frappes qui ont secoué l'Ukraine et la Russie, alors que le conflit entre dans son cinquième été avec une escalade inquiétante des attaques à longue portée. Les civils paient un lourd tribut, et l'ONU sonne l'alarme: le nombre de victimes civiles a bondi de 37% depuis le début de l'année.
Du côté ukrainien, des drones ont visé une raffinerie en Sibérie et la ville d'Iekaterinbourg dans l'Oural, des frappes en profondeur que Kyiv présente comme une manière d'affaiblir l'effort de guerre russe et de pousser Moscou à la table des négociations. Une stratégie risquée, mais qui semble porter ses fruits sur le plan symbolique, même si les pourparlers restent dans l'impasse.
À Zaporijjia, dans la zone occupée par la Russie, le responsable local Evguéni Balitsky a accusé Kyiv d'avoir frappé un village au bord de la mer d'Azov, tuant huit personnes, dont deux enfants. Il a parlé d'un «camp touristique» touché à Kyrylivka, un secteur pris par l'armée russe dès les premiers jours de l'offensive. Quatorze autres personnes auraient été blessées. Kyiv n'a pas encore réagi.
Des frappes qui s'étendent loin du front
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé qu'une frappe de drone sur un site postal à Soumy, dans le Nord-Est, avait coûté la vie à trois conducteurs. Deux autres personnes sont mortes dans des frappes russes dans le sud de l'Ukraine, selon les autorités locales. Les responsables russes ont aussi rapporté deux morts dans la région frontalière de Belgorod et une autre dans la partie occupée de Kherson.
Loin du front, des drones ukrainiens ont touché une raffinerie dans la région sibérienne de Tioumen, à 1700 kilomètres à l'est de Moscou. Le gouverneur Alexander Moor a confirmé que le drone était tombé «sur le périmètre» de l'installation, provoquant un incendie. Cette campagne, que Kyiv qualifie de «sanctions à longue portée», vise principalement les infrastructures pétrolières russes et a déjà déclenché une crise du carburant dans l'un des plus grands producteurs de pétrole au monde.
Le ministère russe de la Défense affirme avoir intercepté 328 drones, notamment au-dessus de la région de Moscou, du Bachkortostan et de la République de Tchouvachie. Une démonstration de force, mais qui montre aussi les limites de la défense antiaérienne russe face à une guerre de drones de plus en plus sophistiquée.
Une usine d'armement visée pour la deuxième fois
Volodymyr Zelensky a également indiqué qu'une usine à Kirov, qu'il accuse de «fournir des composants pour les armes russes utilisées pour attaquer notre peuple», avait été frappée pour le deuxième jour d'affilée. Le gouverneur local Alexander Sokolov a décrété trois jours de deuil dans une région qui n'avait jamais été touchée auparavant. Il a révisé le bilan de la veille de six à cinq morts, un homme considéré comme mort ayant été retrouvé vivant. Parlant de «héros du front du travail», il a assuré que l'attaque ne ferait qu'«unir contre l'ennemie» et que la Russie combattait «l'Occident collectif».
À Iekaterinbourg, le géant de la vente en ligne Wildberries, déjà frappé à trois reprises en une semaine, a évacué son personnel et suspendu ses activités, sans que le bâtiment n'ait été endommagé. Des drones ont frappé des entrepôts du groupe près de Moscou, Saint-Pétersbourg, en Crimée et dans le sud de la Russie, provoquant d'impressionnants incendies et des pertes de marchandises considérables.
Un conflit qui s'enlise, des civils pris pour cible
Ce nouveau bilan meurtrier survient au lendemain de frappes qui ont fait 21 morts dans les deux pays. Les négociations sont au point mort, l'attention de Washington étant accaparée par le Moyen-Orient, tandis que Moscou maintient ses exigences territoriales. Pour l'Ukraine, la guerre de drones est devenue une arme de représailles et de pression, mais elle expose aussi les civils à des risques croissants, comme le souligne l'ONU.
Alors que le conflit s'étend et que les lignes de front se brouillent, une question demeure: jusqu'où ira cette escalade? Les frappes en territoire russe, autrefois impensables, sont devenues monnaie courante, et la population civile paie le prix fort des deux côtés.
«Nous devons rester vigilants face à cette guerre qui n'en finit pas. Le Québec, comme toujours, doit défendre la paix et les droits humains, sans céder à la tentation de l'indifférence.» — Éric Bouchard