Guerre en Ukraine : une frappe russe tue six marins sur un navire turc, Kyiv sous les bombes
Kyiv — Les autorités ukrainiennes ont annoncé dimanche soir que six marins avaient perdu la vie dans un tir de missiles russes contre un navire marchand turc transportant des céréales. Une nouvelle nuit de bombardements a également frappé la capitale, visée par une vingtaine de missiles balistiques.
Un vraquier battant pavillon de la Guinée-Bissau, mais appartenant à la Turquie, a été touché par trois missiles de croisière après avoir quitté le port d’Odessa, sur la mer Noire. La marine ukrainienne et le premier ministre de la région, Serguiï Koretsky, ont confirmé l’information sur Telegram. L’équipage comptait 17 hommes de nationalités syrienne et indienne, ainsi qu’un capitaine ukrainien. Huit marins ont été secourus, mais le sort de quatre autres demeure inconnu, a précisé le ministre des Transports, Mykola Kalashnyk.
« La Russie commet des crimes de guerre et sape la sécurité de la mer Noire en attaquant des navires marchands civils. Il s’agit d’une atteinte à la liberté de navigation et aux principes de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer », a déclaré Koretsky. L’armée russe bombarde régulièrement les infrastructures portuaires ukrainiennes, surtout dans la région d’Odessa.
Kyiv frappée par une attaque massive
Cette frappe survient alors que Kyiv a été touchée la nuit dernière par l’une des « plus importantes attaques de missiles balistiques », selon le président Volodymyr Zelensky. Un mort et 16 blessés sont à déplorer. Parmi les 40 missiles tirés, 25 étaient balistiques, rapides et difficiles à intercepter. L’armée de l’air ukrainienne en a stoppé 17.
Des journalistes de l’AFP ont vu des immeubles calcinés, des fenêtres brisées et des voitures renversées. « Les missiles continuaient d’arriver les uns après les autres, les explosions étaient puissantes, c’était horrible », raconte Ganna Zagorodnia, 47 ans. « J’ai cru que ma vie allait s’arrêter. »
Ces dernières semaines, Kyiv est régulièrement visée, alors que l’Ukraine manque de projectiles d’interception. La ligne de front terrestre est presque figée depuis plus de quatre ans. Sept autres personnes ont été tuées à Kharkiv, Zaporijjia, Dnipropetrovsk et Odessa.
La Russie dément viser des civils
Moscou, qui dénie toute cible civile, affirme avoir frappé des installations militaires et des centres logistiques à Kyiv, ainsi que des infrastructures portuaires utilisées par l’armée ukrainienne à Odessa. La capitale ukrainienne traverse aussi une période d’instabilité politique. Pour le quatrième jour consécutif, des manifestants réclament la démission du commandant en chef de l’armée, Oleksandre Syrsky, et dénoncent le limogeage du ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov.
« Les autorités veulent gagner du temps, mais nous ne nous calmerons pas. Chaque jour, nous serons plus nombreux et plus radicaux », a déclaré Vitalii, un manifestant.
Des frappes ukrainiennes en Russie
De son côté, l’Ukraine a intensifié ses attaques contre la Russie. Quatre personnes sont mortes dans différentes régions russes et dans la région occupée de Louhansk, après des frappes ukrainiennes ayant touché deux centres logistiques. Une salve de drones ukrainiens a visé le terminal du Caspian Pipeline Consortium, près du port russe de Novorossiïsk, un axe stratégique d’exportation du pétrole kazakh, détenu en partie par Chevron et Shell. Le consortium a indiqué que deux pétroliers chargés de brut kazakh avaient été endommagés et que les opérations de pompage étaient interrompues. Le Kazakhstan a « fermement condamné » cette attaque, y voyant un « acte délibéré visant à déstabiliser le commerce international ».
L’Ukraine dit viser les infrastructures d’hydrocarbures pour assécher la capacité de Moscou à financer son effort de guerre. Une guerre qui, plus de quatre ans après l’invasion, continue de faire des victimes civiles et de ravager l’économie régionale.