Frappes israéliennes en Syrie : Washington hausse le ton, Damas crie à l'agression
Les tensions explosent de nouveau au Moyen-Orient, et cette fois, ce sont les États-Unis qui montent au créneau. L'envoyé spécial du président américain en Syrie, Tom Barrack, a directement imputé à Israël les frappes aériennes menées mardi matin contre l'aéroport militaire d'Abou Dhouhour, dans la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Damas, de son côté, dénonce une « agression injustifiée » de la part de son voisin, tandis que l'État hébreu reste muet pour l'instant.
Une escalade qui inquiète Washington
Tom Barrack, qui est aussi ambassadeur des États-Unis en Turquie, n'a pas mâché ses mots. Il a déclaré que son pays était « profondément préoccupé » par ces frappes, qu'il a qualifiées d'« escalade inutile qui ne favorise en rien la stabilité régionale ». Une position ferme qui contraste avec le silence habituel de l'administration américaine sur les opérations israéliennes dans la région.
Du côté syrien, la colère est palpable. Le ministère des Affaires étrangères a condamné « dans les termes les plus forts » ce qu'il appelle un « acte d'agression injustifiée ». La télévision d'État, citant une source militaire, a rapporté que huit frappes israéliennes ont visé la piste de la base, causant des « dommages matériels » mais aucune victime. Damas en a profité pour lancer un appel pressant à la communauté internationale et au Conseil de sécurité de l'ONU, les exhortant à adopter « une position ferme contre les violations répétées par Israël de la souveraineté syrienne ».
Un aéroport stratégique au cœur des tensions
L'aéroport d'Abou Dhouhour n'est pas un simple point sur une carte. Hors service depuis 2012 après avoir subi de lourds dégâts pendant la guerre civile, il est actuellement protégé par les forces du ministère syrien de la Défense. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG basée au Royaume-Uni qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, les frappes sont survenues après la visite, ces derniers jours, d'une délégation militaire turque sur le site. Objectif : le remettre en service. Et c'est précisément là que le bât blesse.
La Turquie, dont les relations avec Israël sont exécrables depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, est un allié clé des nouvelles autorités syriennes. Cette présence turque sur un site militaire syrien n'a visiblement pas plu à Tel-Aviv, qui voit d'un mauvais œil ce rapprochement stratégique.
Israël et la Syrie : une relation complexe et contradictoire
Depuis le renversement de Bachar al-Assad en décembre 2024 par une coalition de groupes islamistes, Israël a lancé des centaines de frappes contre la Syrie. Il a aussi déployé des troupes dans la zone tampon sous surveillance de l'ONU, sur le plateau du Golan, affirmant y avoir établi une « zone de sécurité » qu'il compte bien maintenir. Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a d'ailleurs réitéré la semaine dernière que Tel-Aviv y maintiendrait ses forces.
Pourtant, la réalité est plus nuancée qu'il n'y paraît. Malgré ces tensions, Israël et les nouvelles autorités syriennes ont tenu plusieurs séries de pourparlers directs et ont même convenu de mettre en place un mécanisme de partage de renseignements. Une situation pour le moins paradoxale, où l'on se frappe d'un côté et où l'on coopère de l'autre.
Que faut-il comprendre de ces frappes ?
Ces frappes interviennent dans un contexte régional extrêmement volatile. Les nouvelles autorités syriennes, issues de la coalition qui a renversé Assad, ont rallié la coalition internationale menée par les États-Unis dans la lutte contre le groupe djihadiste État islamique (EI), dont des résidus restent actifs dans le pays. Damas a d'ailleurs annoncé mardi avoir arrêté un haut commandant de l'EI dans le nord du pays.
L'aéroport d'Abou Dhouhour a une histoire chargée. Pris par les forces d'Assad fin 2018, il était passé sous le contrôle des nouvelles autorités islamistes en décembre 2024, après que des factions rebelles et djihadistes eurent pris le contrôle d'une grande partie de la province d'Idlib trois ans plus tôt. Aujourd'hui, il est au centre d'un jeu d'échecs géopolitique où se croisent les intérêts turcs, israéliens, américains et syriens.
Une chose est sûre : cette nouvelle escalade ne fait qu'ajouter à l'instabilité d'une région déjà meurtrie par des années de conflit. Et pendant ce temps, la communauté internationale observe, impuissante, les acteurs régionaux jouer avec le feu.