Écoles privées : payer 160 $ pour avoir droit à son temps d'examen, est-ce normal ?
Un adolescent de quatrième secondaire s'indigne : ses parents ont dû débourser 160 $ pour qu'il puisse bénéficier du temps supplémentaire prévu à son plan d'intervention lors des examens du Ministère. Une pratique qui soulève des questions sur les limites du principe de l'utilisateur-payeur dans les écoles privées québécoises.
Une menace de retirer le « tiers temps » pour obtenir un paiement
Le jeune homme, qui a requis l'anonymat pour éviter d'être stigmatisé, dénonce l'utilisation des examens ministériels comme levier pour obtenir un paiement. « Sans tiers temps, tu peux saboter ton année », plaide-t-il. Le contrat de services éducatifs prévoyait pourtant ces frais, et la direction avait envoyé plusieurs rappels avant les épreuves de fin d'année.
Le Collège Charles-Lemoyne défend sa position
Le directeur général adjoint, Pierre Roy, rappelle que les écoles privées fonctionnent avec le concept de l'utilisateur-payeur et que 160 $ par année ne couvrent pas les coûts réels de la mesure. « On a plus de 40 % des élèves à besoins particuliers. Les frais nous aident à couvrir la portion que le Ministère ne nous donne pas », explique-t-il. L'établissement de la Rive-Sud de Montréal a fait le choix de l'inclusion, une décision qui le distingue d'autres écoles privées qui refusent souvent ces élèves.
Des pratiques variées d'une école à l'autre
À l'Externat Sacré-Cœur, à Rosemère, on a opté pour une approche différente : le tiers temps est accordé à tous les élèves, sans frais supplémentaires. « On le donne d'emblée à l'ensemble des élèves. Ça évite qu'on ait à embaucher du personnel pour tenir des examens toute la journée », explique le directeur général, Jasun Taparauskas. Cette approche s'inspire de la conception universelle de l'apprentissage (CUA), qui vise à éliminer les obstacles à l'apprentissage.
Le Collège de Montréal adopte aussi la CUA
Au Collège de Montréal, les périodes d'examen sont conçues pour que la majorité des élèves aient le temps de terminer. Toutefois, si d'autres mesures d'adaptation sont nécessaires, une contribution parentale est exigée. « La majorité des frais sont payés par les familles qui ont un plan d'intervention », précise la directrice générale, Patricia Steben. Ces frais accessoires se situent entre 200 et 400 $ par année.
Des parents s'insurgent contre cette pratique
Le président du Regroupement des associations de parents d'écoles privées (RAPEP), Costas Kastrantas, dénonce cette pratique. Lui-même a vécu cette situation avec sa fille, qu'il a finalement retirée du réseau privé. Le ministère de l'Éducation n'a pas voulu commenter la facturation de ces services.
Vers un double permis pour les écoles privées ?
La Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP) poursuit ses représentations pour que les écoles privées puissent obtenir un double permis d'enseignement ordinaire et d'adaptation scolaire, ce qui leur permettrait d'admettre les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA).
Questions fréquentes
Est-ce légal de facturer des frais pour un plan d'intervention dans une école privée ?
Oui, les écoles privées fonctionnent avec le concept de l'utilisateur-payeur. Les frais sont inscrits dans le contrat de services éducatifs signé par les parents. Toutefois, les pratiques varient d'un établissement à l'autre.
Pourquoi certains élèves ont-ils droit à du temps supplémentaire lors des examens ?
Le « tiers temps » est une mesure d'adaptation prévue dans le plan d'intervention des élèves en difficulté. Il leur permet de bénéficier de plus de temps pour compléter leurs examens, afin de ne pas être désavantagés par leur condition.
Qu'est-ce que la conception universelle de l'apprentissage (CUA) ?
La CUA est une approche pédagogique qui vise à éliminer les obstacles à l'apprentissage en offrant des mesures d'adaptation à tous les élèves, sans distinction. Elle est notamment utilisée à l'Externat Sacré-Cœur et au Collège de Montréal.