Starship: la mégafusée d'Elon Musk tente enfin l'orbite terrestre
Trois ans après son premier vol d'essai, la mégafusée Starship de SpaceX tente lundi d'atteindre l'orbite terrestre, une étape cruciale pour ce lanceur géant destiné à de futurs voyages vers la Lune et Mars. Ce 14e vol d'essai, qui doit durer environ dix heures, vise à placer l'étage supérieur du vaisseau en orbite et à y déployer 26 satellites Starlink de nouvelle génération.
Le décollage, qui s'est déroulé sans encombre vers 8h50, pourrait toutefois réserver des surprises. Les précédents essais de cette fusée noire et argentée, le plus grand et le plus puissant objet jamais conçu pour voler, s'étaient soldés par de spectaculaires explosions.
Un test ambitieux après une entrée en Bourse retentissante
Depuis son entrée en Bourse en juin dernier, l'entreprise américaine compte passer à la vitesse supérieure. Ce vol d'essai aux objectifs ambitieux doit voir l'étage supérieur de la fusée expérimentale voler en orbite autour de la Terre. Par mesure de précaution, le vaisseau sera d'abord lancé sur une trajectoire suborbitale, puis réalisera une seconde poussée pour atteindre l'orbite, à condition que tous les voyants soient verts.
« C'est la partie la plus difficile », explique Kathleen Curlee, analyste spatiale à l'université Georgetown, interrogée par l'AFP. « Cela implique davantage de force et des calculs plus complexes. La fusée doit effectuer différentes manœuvres lorsqu'elle est soumise à différents niveaux de gravité » afin d'atteindre la hauteur et la vitesse nécessaires.
28 000 km/h pour rejoindre l'orbite
SpaceX vise une orbite circulaire à environ 275 km au-dessus de la surface terrestre, ce qui impose à Starship d'atteindre une vitesse d'environ 28 000 km/h. S'il y parvient, le vaisseau pourra tenter de déployer des satellites destinés à enrichir la constellation d'internet satellitaire déjà gigantesque de l'entreprise.
Si tout se passe comme prévu, l'étage supérieur finira sa course dans le Pacifique après avoir fait six fois le tour de la Terre. Quant à l'étage inférieur, chargé de propulser l'ensemble, il retombera peu après le décollage dans les eaux du Golfe du Mexique, SpaceX n'ayant pas prévu de le rattraper cette fois-ci grâce à ses immenses bras mécaniques.
Des attentes élevées du public et des investisseurs
D'un point de vue d'ingénierie, un décollage sans encombre constituerait déjà « une réussite », souligne la chercheuse. Mais pour le public et les nouveaux investisseurs de SpaceX, les attentes sont toutes autres. « Ils doivent désormais effectuer des essais spectaculaires », car le contraire serait « perçu comme un échec par le grand public », relève Mme Curlee.
Le développement de Starship, dont une version modifiée doit servir au programme lunaire de la Nasa, a accumulé les retards. Une entreprise chinoise a d'ailleurs récemment réalisé des progrès dans le domaine des fusées réutilisables, ajoutant une pression supplémentaire sur les épaules de l'entreprise d'Elon Musk.
SpaceX continue de dominer le marché
Reste que SpaceX, qui a fait de la prise de risque son mantra, continue de dominer largement le marché mondial des lancements spatiaux grâce à ses fusées Falcon en partie réutilisables. Qu'il soit couronné ou non de succès, ce quatorzième vol test sera suivi la même semaine par trois autres lancements de fusées de SpaceX, dont un qui transportera un équipage d'astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS).
Ce nouveau chapitre de la conquête spatiale privée soulève des questions importantes pour l'avenir de l'exploration spatiale. Alors que les projets se multiplient et que les acteurs se diversifient, la course aux étoiles s'accélère, et le Québec, avec son expertise en aérospatiale, suit ces développements de près.