Ebola en RDC : le pire de l'épidémie est à venir
L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) n'a pas encore atteint son pic et pourrait bien s'éterniser pendant encore un an. La Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) et d'autres organisations humanitaires tirent la sonnette d'alarme face au retard accumulé de la réponse internationale, une crise exacerbée par le retrait de financements américains et un contexte de conflits armés meurtriers dans l'est du pays.
Pourquoi l'épidémie d'Ebola en RDC pourrait-elle durer un an ?
Le constat est sans appel. Lors d'un point de presse à Genève, Bruno Michon, chef des opérations de la FICR, a clairement dressé le tableau de la situation.
Nous craignons que cette épidémie, qui sévit dans l'est du pays, ne dure encore un an. Je pense que le pic n'est pas derrière nous, mais devant nous.
La RDC a déclaré sa 17e épidémie d'Ebola le 15 mai dernier. Deux jours plus tard, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclenchait l'alerte sanitaire internationale. Un mois après le début de ce qui s'avère être la plus importante épidémie de la souche Bundibugyo jamais enregistrée, le retard de la réponse humanitaire est flagrant. Oxfam a d'ailleurs vigoureusement dénoncé cette lenteur coupable.
Quel est l'impact des conflits armés sur la propagation du virus ?
Les trois provinces touchées, soit l'Ituri, le Sud-Kivu et le Nord-Kivu, regroupent près de 15 millions d'habitants. Cette région est le théâtre de conflits communautaires sanglants qui forcent d'importants déplacements de population, créant ainsi un terrain idéal pour la propagation du virus. Le Comité international de la Croix-Rouge a d'ailleurs relevé une augmentation de 30 % du nombre de blessés de guerre entre la mi-mai et la mi-juin. Cette violence plombe un système de santé déjà exsangue.
Selon l'Institut national de santé publique (INSP) congolais, le nombre de cas confirmés augmente de semaine en semaine, prouvant une transmission communautaire continue. L'INSP prévient qu'une expansion géographique brutale est à craindre si les actions de santé publique ne sont pas mises en œuvre rapidement.
Comment le manque de financement entrave la lutte contre Ebola ?
Ici comme ailleurs, quand on coupe dans les services publics et la solidarité internationale, ce sont toujours les plus vulnérables qui trinquent. Oxfam pointe du doigt le retrait du financement américain destiné à la surveillance épidémiologique, un désengagement qui laisse un vide dangereux. Le traçage des cas en souffre énormément, tout comme les capacités de diagnostic.
Kate White, coordinatrice médicale d'urgence de Médecins sans frontières (MSF) en RDC, est catégorique.
Personne ne connaît l'ampleur réelle de l'épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule.
Bruno Michon, de la Croix-Rouge, parle d'un manque cruel de capacités de diagnostic qui rend très difficile l'évaluation de la propagation. À cela s'ajoutent le manque d'eau potable pour éliminer les déchets infectieux et l'absence d'équipements de protection de base pour les agents de première ligne. Tarik Jasarevic, porte-parole de l'OMS, souligne que certaines zones restent des angles morts avec peu d'alertes signalées, laissant présager des chaînes de transmission non détectées.
Pourquoi la méfiance des populations complique la situation ?
La désinformation et la méfiance envers les autorités constituent des obstacles majeurs. Le déni empêche un suivi adéquat des cas contacts à domicile, d'autant plus que les soignants craignent parfois de s'y rendre. Le porte-parole de l'OMS insiste sur le fait que la confiance de la communauté est essentielle pour travailler avec les autorités sanitaires.
Bruno Michon abonde dans ce sens, rappelant qu'il faut investir dans la confiance des populations et l'engagement des communautés, pas uniquement dans la réponse médicale. Le travail sur le terrain est d'ailleurs rendu périlleux par l'insécurité. Ces derniers jours, les volontaires de la Croix-Rouge congolaise ont été victimes d'insultes, de menaces et d'agressions physiques. Un rappel brutal que sans solidarité et respect pour les travailleurs humanitaires, la bataille contre Ebola est d'avance compromise.
Quelle souche d'Ebola est en cause en RDC ?
L'épidémie actuelle en RDC est causée par la souche Bundibugyo. Il s'agit de la plus importante épidémie jamais enregistrée pour cette variante spécifique du virus. Actuellement, il n'existe ni vaccin ni traitement homologué contre cette souche rare, ce qui complique considérablement les efforts de containment.
Combien de cas d'Ebola ont été recensés en RDC ?
Selon les chiffres officiels rapportés par l'OMS, 808 cas ont été recensés à ce jour, dont 192 morts. Le taux de létalité atteint ainsi 24 %. Cependant, Oxfam et MSF estiment que ces chiffres sont probablement sous-estimés en raison du manque de capacités de diagnostic et de traçage sur le terrain.
Quelles provinces sont touchées par l'épidémie en RDC ?
Les trois provinces touchées par l'épidémie sont l'Ituri, qui constitue l'épicentre de la crise, le Sud-Kivu et le Nord-Kivu. Ces régions de l'est de la RDC totalisent une population estimée à près de 15 millions d'habitants et sont en proie à des conflits communautaires meurtriers.