Climat: la photo qui nous force à sortir la tête du sable
Alors que des incendies records ravagent l'Europe, une image virale prise par le photographe français Maximilien Lamy interpelle le monde. On y voit des vacanciers insouciants sur une plage, face à un paysage apocalyptique. Cette photo, qualifiée d'instantané de l'apocalypse par le quotidien suisse Tages-Anzeiger, pose une question troublante: le monde est-il en train de disparaître pendant que les gens regardent tranquillement comme s'ils regardaient Netflix?
Un symbole fort de notre époque
Le cliché, qui a fait le tour de la planète, montre des baigneurs sous leur parasol, indifférents à l'immense panache de fumée qui les surplombe. On peut lui faire raconter clairement quelque chose de l'époque. Du vertige de l'époque. Et de cette inertie face au désastre qui arrive, a confié Maximilien Lamy.
Karel Mayrand, président-directeur général de la Fondation familiale Trottier, a commenté une autre photo du même photographe sur LinkedIn: Une splendide illustration de notre époque, un pied dans l'effondrement, l'autre s'accrochant à un monde qui disparaît sous nos yeux. Au téléphone, il ajoute: Notre vie commence à peine à être impactée par les changements climatiques, mais ça se rapproche de nous. La qualité de l'air, les inondations, les tempêtes, les incendies... Maintenant, c'est chaque année. Ce ne sont plus des situations exceptionnelles.
Nos dirigeants font-ils l'autruche?
Le photographe précise qu'il ne juge pas les vacanciers, qui sont peut-être sidérés comme bien d'autres. Mais ce qui est incontestable, c'est que nos dirigeants font encore preuve d'une trop grande insouciance face à l'urgence climatique. Aux États-Unis, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a provoqué une marche arrière enthousiaste. Et ici, au Canada, on observe la fascinante métamorphose de Mark Carney depuis qu'il est premier ministre. Faire l'autruche est une activité qui gagne en popularité, constate l'auteur.
Karel Mayrand, qui a dirigé la Fondation David Suzuki au Québec pendant douze ans, s'indigne: Il y a encore des gens aujourd'hui pour nous qualifier d'alarmistes! Ça me met très en colère. Pas contre les gens ordinaires. Parce qu'ils sont prêts à faire des changements s'il y a du leadership pour leur expliquer. Je suis en colère surtout contre des gens qui sont en position de décision - en finances, en politique, en économie et ailleurs - et qui continuent d'aller de l'avant comme si de rien n'était.
Les photos peuvent-elles changer les choses?
Certaines images ont un impact réel. En 2015, celle du jeune migrant de 3 ans retrouvé mort sur une plage de Turquie avait influencé la politique canadienne envers les réfugiés syriens. Jessica Auchter, titulaire de la Chaire de recherche sur la culture visuelle en études internationales à l'Université Laval, est plus sceptique: J'ai beaucoup de scepticisme quant à l'impact que les photographies peuvent avoir pour un changement de politique immédiat. Je pense plutôt qu'elles ont un pouvoir plus silencieux pour façonner ce que nous considérons comme la réalité.
Elle cite l'exemple des représentations visuelles du trou dans la couche d'ozone, qui ont contribué à conscientiser les gens et à justifier l'interdiction des chlorofluorocarbures. La professeure estime que la photo virale de Maximilien Lamy pourrait être l'occasion de penser différemment à quoi ressemble réellement le problème des changements climatiques.
FAQ: Ce qu'il faut retenir
Qui a pris la photo virale?
Le photographe français Maximilien Lamy, qui a immortalisé des vacanciers insouciants face à un incendie en Europe.
Pourquoi cette image fait-elle réfléchir?
Elle symbolise l'inertie de nos sociétés face à l'urgence climatique, comme si on regardait un désastre sans réagir.
Quel est l'impact potentiel de telles photos?
Selon des experts, elles peuvent façonner notre perception de la réalité à long terme, mais leur effet sur les politiques immédiates reste limité.