Les débats thématiques: la démocratie en action, loin des chefs
La saison des débats des chefs est lancée, avec sa première déclinaison sous forme de longues entrevues successives des leaders des partis, telles que les a présentées Radio-Canada mercredi soir. Toujours instructif, à en oublier que dans notre système parlementaire, on ne vote pas directement pour un chef, mais pour des candidats locaux.
C'est pourquoi je me plais aussi à suivre ce que ceux-ci ont à dire. Peut-on les connaître autrement qu'en les voyant plantés aux côtés de leur chef, restreints aux sourires et aux hochements de tête approbateurs? À quoi bon recruter des gens de qualité, bien plus nombreux que les candidats aux propos controversés, si c'est pour les cantonner au rôle de figurants?
Mais même en ces temps de communication à outrance, il n'est pas simple de sortir de l'ombre des chefs. Dans les médias, quelques candidats arrivent à avoir des entrevues ou à participer à des débats au minutage bien serré. Très souvent, j'en prendrais davantage. J'aime découvrir ces néophytes en politique, mais qui ont tout un bagage professionnel, et redécouvrir des élus moins aveuglément partisans que ce que la joute parlementaire laisse voir.
Pourquoi les débats thématiques sont-ils si précieux?
C'est pourquoi j'apprécie tant les débats électoraux thématiques, que les journalistes couvrent à mon avis trop peu.
Au fil des ans, j'en ai moi-même animé. Ce fut à nouveau le cas la semaine dernière, pour un débat portant sur le développement du logement abordable. Il a réuni la ministre sortante de l'Habitation, Karine Boivin Roy, les députés solidaire Andrés Fontecilla et péquiste Catherine Gentilcore, porte-parole du dossier pour leur parti, et le candidat libéral Félix Rhéaume. Une discussion riche, parce que débattre d'un seul enjeu pendant une heure trente avec des candidats allumés permet de dépasser les lieux communs et de vraiment mesurer la connaissance que chacun a du dossier. À des années-lumière de la période de questions à l'Assemblée nationale!
J'ai été tout aussi accrochée mercredi après-midi, en suivant en direct, par la grâce de l'internet, le débat sur la culture qui se tenait à HEC. Il y avait de la passion dans l'air chez les quatre candidats présents! (Le Parti conservateur a décliné l'invitation, comme il le fait pour presque tous les débats thématiques.)
Les candidats Benoit Clermont du PLQ et Christine Maestracci de la CAQ, tout comme (de nouveau!) la députée Catherine Gentilcore du PQ, proviennent du milieu culturel; Sol Zanetti, élu de Québec solidaire, le côtoie de près. Ils ont donc cet enjeu à cœur.
Leur propos engagé dépassait le strict énoncé de lignes de campagne, même si la stratégie électorale imposait à certains de ne pas devancer les engagements à venir de leur chef.
Quelle place pour les enjeux de fond dans la campagne?
Quelle futilité, pour moi qui n'ai rien d'une tacticienne! Le mot « culture » (ou logement abordable) sera-t-il même prononcé dans les débats des chefs à venir? En tout cas, il ne l'a pas été lors des entrevues radio-canadiennes de mercredi. Pourquoi alors ne pas laisser les candidats qui connaissent leur affaire évoquer librement ce que leur parti entend faire quand ils ont la tribune pour s'exprimer?
D'autant que ces débats se tiennent devant un public issu des milieux concernés, donc en mesure de répercuter les messages entendus bien davantage que les annonces officielles faites par les chefs et vite noyées par l'actualité du jour, que celle-ci ait pour nom Donald Trump, un sondage ou une déclaration inopinée. Plein de bonnes idées circulent pendant ces débats, qui tiennent d'ailleurs surtout de la discussion, car on est loin de s'y écharper! Si j'étais cheffe de parti, je les mettrais moi-même en valeur, en soulignant la qualité des membres de mon équipe qui y participent.
C'est pourquoi je suis à l'écoute de tout débat thématique qui peut se suivre à distance. Il y en aura d'ailleurs un sur le travail et l'emploi, un peu plus tard en septembre. Il m'intéresse fort, précisément parce que c'est un autre sujet qui touche directement les électeurs, mais que les chefs ne font que survoler, si même ils en parlent.
Ils préfèrent perdre du temps à s'engager à diminuer la taille de l'État, promesse trop générique pour arriver à se concrétiser. Je préfère le concret.
Les débats thématiques peuvent-ils réconcilier avec la démocratie?
Les débats thématiques, en fait, me réconcilient avec la démocratie. Ils permettent justement de rester sur le terrain, en parlant de sujets qui comptent vraiment pour les citoyens: le logement en est un bon exemple, tout comme la culture, indissociable de notre survie en Amérique.
J'attends par ailleurs avec curiosité le débat électoral du 17 septembre organisé par la coalition Vire au vert, parce qu'il portera sur l'environnement. Les candidats discuteront-ils enfin des changements climatiques, sujet devenu quasiment tabou? C'est pourtant sur cet écueil que tous les beaux discours et les plus fortes promesses risquent de s'échouer. D'ailleurs, les chefs oseront-ils sortir de leur aveuglement lors de leurs propres débats?