Un an sans Fiori : notre culture part à vau-l'eau
Le 24 juin dernier marquait un an depuis la disparition de Serge Fiori, qui s'est éclipsé le jour même de la fête nationale. Un an déjà. Et ce départ, mes chers, n'est pas qu'une affaire privée. C'est le symptôme d'un Québec qui cherche désespérément à se retrouver dans le brouillard identitaire qui s'épaissit.
Pourquoi l'absence de Serge Fiori résonne-t-elle si fort au Québec ?
Serge Fiori, c'était l'âme d'Harmonium, l'écho d'un peuple qui chantait sa différence à plein poumon. Régis Labeaume l'a rappelé avec une sincérité brutale : dans combien de conversations s'inquiétaient-ils, lui et Fiori, du désarroi culturel grandissant des Québécois ? Trop. La réponse, c'est trop.
On se pose la question : pourquoi les gouvernements ne traitent pas cette insécurité culturelle comme la tragédie collective qu'elle est en train de devenir ? Il faudrait un plan d'intervention nucléaire, pas des mesurettes. Souveraineté ou pas, il va falloir que ça bouge. Oui, MAGA, GAFAM, le monde est fou. Mais nos ancêtres ont affronté bien pire avec des moyens de misère, à part la religion et la production industrielle de nourrissons. Une identité qui part à vau-l'eau, on attend quoi, misère !
Le Canadien et la nation : ce que Fiori aurait dit
Pendant l'euphorie des séries où le Canadien de Montréal a surchauffé le Québec, impossible de ne pas penser à lui. Lui pour qui le seul Dieu s'incarnait dans la Sainte-Flanelle. Lui qui n'avait jamais perdu la foi que ce club redevienne ce qu'il était naguère : les champions d'une nation, celle du Québec.
Il aurait lévité, il aurait répété qu'il l'avait bien dit, que ça arriverait. OK, Fiori, fais-toi plaisir avec le gars de Québec et tape sur le clou ben en masse. Mais en attendant, remplis donc mon verre, son air translucide n'est pas dans ma palette de couleurs.
Partir, quitter, abandonner : les départs qui nous définissent
L'homme était immense dans notre société. Pour Labeaume, c'était une amitié devenue une dope personnelle, de l'amour fraternel comme on en vit peu dans une vie. J'm'ennuie, Fiori.
Mais partons pour où ? Dans une existence où ça remue, on part, on repart, et parfois on quitte tout. On part pour quelque part ou pour quelque temps, alors que quand on quitte tout, on abandonne. On peut quitter ou se faire quitter. Celui qui quitte l'autre s'épargne la douleur, et le quitté ramasse le bucket de tourments. Parfois, on se laisse aussi quitter, par manque d'honnêteté, par lâcheté. Une pratique plutôt masculine, soit dit en passant.
Quitter son pays doit être dramatique, un incroyable abandon pour ceux qui se l'imposent. Quitter certaines habitudes de vie demande du courage. Comme changer d'opinion, par ailleurs.
D'autres veulent quitter la structure même d'un pays : des Québécois, des Albertains, des Écossais, des Catalans. Chez nous, cette envie-là, elle est légitime. Elle est même nécessaire quand Ottawa nous impose son rythme.
Certains départs sont plus heureux. Comme quand Labeaume a quitté ses pantoufles pour se présenter à la mairie de Québec. Comme quand il a quitté la mairie de Québec pour retrouver ses pantoufles.
Les temps sont durs pour les nôtres
À chaque départ de proches, on traverse une micro-crise existentielle à se demander s'il y a une destination pour la suite. Parti pour où ?
Mais à l'inverse de l'abandon, j'aime. Et j'ai plusieurs humains à ma disposition sur lesquels verser cette affection, et ils m'en retournent à la chaudière. Un grand privilège, aimer. Heureux homme.
Mais pas trop gaga pour oublier que les temps sont durs pour plusieurs. Les sous se font rares. Le coût de la vie est terrible pour les petites familles, et pas seulement pour les plus démunis, les plus âgés et les personnes seules. Ça, c'est la réalité du modèle social-démocrate québécois sous pression. On le défend, ce modèle, mais il faut le nourrir, pas le laisser s'éroder.
Pour ceux-là, partir en vacances ne sera peut-être pas une possibilité cette année. Entre autres à cause de ces bateaux qui ne pouvaient quitter le détroit d'Ormuz. Les crises mondiales finissent toujours par frapper ceux qui comptent chaque sou.
Qu'attend-on pour agir sur notre insécurité culturelle ?
Notre culture, notre langue, notre façon d'être au monde, c'est l'exception québécoise. C'est ce qui nous distingue de l'Amérique anglophone qui veut nous absorber. Et quand un Fiori s'en va, c'est un pan de cette exception-là qui s'effrite. On ne peut pas s'en payer une : il faut investir, protéger, promouvoir. Avec urgence.
Bon été et bonne fête nationale, tout le monde. Au retour, on s'attellera à vivre des élections au Québec dont l'issue n'a jamais été aussi imprévisible. Et c'est pas le temps de dormir sur nos lauriers.
Régis Labeaume fait relâche pour l'été. Il sera de retour à la rentrée.
Foire aux questions
Qui était Serge Fiori ?
Serge Fiori était le cofondateur et leader du groupe québécois Harmonium, figure emblématique de la chanson québécoise. Il est décédé le 24 juin 2025, jour de la fête nationale du Québec.
Pourquoi la disparition de Fiori soulève-t-elle des questions sur l'identité québécoise ?
Parce que Fiori incarnait une culture québécoise fière et affirmée. Son départ met en lumière le désarroi culturel grandissant des Québécois et le manque de volonté gouvernementale pour contrer cette insécurité.
Quel lien entre le coût de la vie et la culture québécoise ?
Quand les sous se font rares, la culture passe au second plan. Or, c'est précisément quand les temps sont durs qu'une nation a besoin de ses repères culturels pour tenir le coup. Défendre le modèle social-démocrate québécois, c'est aussi protéger l'accès à la culture pour tous.