Rob Halford de Judas Priest: quand le métal brise les tabous
Berlin - Est-ce qu'un chanteur de heavy métal risque davantage d'être ostracisé parce qu'il est gai qu'un joueur de hockey? C'est la question qui nous vient à l'esprit en découvrant The Ballad of Judas Priest, documentaire du Canadien Sam Dunn et de Tom Morello présenté à la Berlinale.
Ce film réjouissant sur l'un des groupes-phares du métal des années 1980 se penche sur l'homosexualité du chanteur Rob Halford, gardée secrète pendant près de 30 ans, et l'impact de son coming out sur l'image du heavy métal et de ses adeptes.
Un coming out qui change tout... ou rien
"Il s'est produit quelque chose de très spécial lorsque Rob a fait son coming out: rien! Rob a changé le monde en étant Rob", croit Billy Corgan des Smashing Pumpkins. Cette réflexion résume bien l'esprit du documentaire, où témoignent des musiciens comme Jack Black, Kirk Hammett de Metallica, Dave Grohl des Foo Fighters et le regretté Ozzy Osbourne.
"Black Sabbath a créé le heavy métal musicalement, mais la culture du métal, sa communauté, existe grâce à Judas Priest", rappelle Tom Morello. Le guitariste souligne comment le groupe a fait tomber des barrières, accueillant couples gais et immigrants latino-américains dans ses spectacles.
Du Black Country au Temple de la renommée
Le film retrace le parcours de plus de 50 ans du groupe, des petites salles de Birmingham jusqu'au Temple de la renommée du rock and roll en 2022. "Je suis le gars gai dans le band!", avait déclaré Rob Halford, sourire en coin, lors de la cérémonie d'intronisation.
Cette franchise contraste avec les décennies de silence imposé. Pour ne pas nuire à l'image de Judas Priest dans l'univers hyper macho du métal des années 1980, Halford a tu cette part importante de son identité, s'affichant même avec des femmes court-vêtues sur les photos promotionnelles.
Les conséquences du secret
Ce silence forcé l'a rendu anxieux, solitaire et l'a poussé à la dépression et à l'alcoolisme. "Plus je vieillis et plus je suis en colère lorsque je constate que des gens comme moi sont victimes de discrimination partout dans le monde", déclare aujourd'hui le chanteur de 72 ans.
Le documentaire évoque aussi la "panique satanique" des années 1980, dont le point culminant fut un procès pour incitation au suicide intenté contre Judas Priest. "Imaginez quel aurait été l'impact sur la liberté d'expression si le groupe avait été condamné", souligne Scott Ian d'Anthrax.
Un message d'espoir et de résistance
Interrogé sur la dimension politique de cette Berlinale, Tom Morello, diplômé en sciences politiques de Harvard et auteur de Killing in the Name, répond avec enthousiasme: "Quelle époque pour être en vie! On peut faire un film sur un groupe qu'on adore et combattre le fascisme en même temps!"
Cette réflexion résonne particulièrement dans notre contexte québécois, où la défense des droits des minorités et la lutte contre les discriminations demeurent des enjeux cruciaux. L'histoire de Rob Halford nous rappelle que l'authenticité et le courage peuvent transformer les mentalités, même dans les milieux les plus conservateurs.