Rob Halford de Judas Priest: quand le métal brise les tabous
À la 76e Berlinale, le documentaire The Ballad of Judas Priest nous rappelle que la diversité peut triompher même dans les univers les plus machistes. Cette œuvre du Canadien Sam Dunn et de Tom Morello rend un hommage vibrant au groupe britannique et surtout à son chanteur Rob Halford, dont le coming out a révolutionné notre perception du heavy métal.
Pendant près de 30 ans, Rob Halford a gardé secret son homosexualité dans un milieu réputé ultra-conservateur. Quand il a finalement fait son coming out en 1998 lors d'une entrevue à MTV, quelque chose d'extraordinaire s'est produit: absolument rien n'a changé pour ses fans.
Une révolution silencieuse
"Il s'est produit quelque chose de très spécial lorsque Rob a fait son coming out: rien! Rob a changé le monde en étant Rob", témoigne Billy Corgan des Smashing Pumpkins. Cette réaction, ou plutôt cette absence de réaction négative, démontre que les communautés artistiques peuvent être plus ouvertes qu'on ne le croit.
Le documentaire réunit des témoignages émouvants de Jack Black, Kirk Hammett de Metallica, Dave Grohl des Foo Fighters et même du regretté Ozzy Osbourne. Tous saluent l'impact révolutionnaire de Judas Priest sur la culture métal.
Briser les stéréotypes
"Black Sabbath a créé le heavy métal musicalement, mais la culture du métal, sa communauté, existe grâce à Judas Priest", explique Tom Morello. Le guitariste, qui était souvent le seul Noir dans les concerts de métal de sa jeunesse, souligne combien le groupe a fait tomber les barrières.
Cette diversité se reflète aujourd'hui dans les spectacles de Judas Priest, où se côtoient couples gais et immigrants latino-américains, preuve que la musique transcende les préjugés.
Le prix du silence
Pendant des décennies, Rob Halford a dissimulé son identité pour préserver l'image du groupe. Cette dissimulation l'a mené à l'anxiété, la solitude, la dépression et l'alcoolisme. Il s'affichait sur les photos promotionnelles avec des femmes dans des poses suggestives, trahissant sa véritable nature.
Ironiquement, certaines chansons comme "Raw Deal" (1977) étaient pourtant explicitement gaies. "The true free expression I demand is human rights, right?", chantait-il déjà à l'époque.
Un combat toujours d'actualité
À 72 ans, Rob Halford reste combatif: "Plus je vieillis et plus je suis en colère lorsque je constate que des gens comme moi sont victimes de discrimination partout dans le monde, en Arabie saoudite et ailleurs."
Le documentaire rappelle aussi la "panique satanique" des années 1980, culminant avec un procès absurde contre Judas Priest pour incitation au suicide. Cette chasse aux sorcières aurait pu détruire la liberté d'expression artistique.
Comme le souligne Tom Morello avec son humour habituel: "Quelle époque pour être en vie! On peut faire un film sur un groupe qu'on adore et combattre le fascisme en même temps!" Une leçon qui résonne particulièrement fort dans notre contexte québécois de défense des minorités et des droits humains.